Neymar, Gaules et la folie Furia : à Rio, la passion des Brésiliens pour l'esport et Counter-Strike

Les fans brésiliens du Major de Rio ont marqué l'esport ces deux dernières semaines. (Stephanie Lindgren/ESL)

Le Major de Rio de Janeiro s'est achevé dimanche soir par la victoire d'Outsiders devant Heroic. Mais le souvenir qui restera du rendez-vous sera celui de l'ambiance mise par les dizaines de milliers de Brésiliens passionnés par l'esport, Counter-Strike et leurs équipes.

Les mélodies des chants brésiliens vont longtemps résonner dans les têtes de quiconque a passé ne serait-ce que quelques minutes devant le Major de Rio. Au fil des deux semaines de compétition, jusqu'à plus de 15 000 supporters se sont massés dans la Jeunesse Arena. Ils étaient plusieurs milliers d'autres dans la fan-zone, installée à côté pour pouvoir répondre à la demande massive des fans locaux frustrés, il y a quelques mois, par la taille « trop petite » selon eux de l'enceinte, des centaines de milliers sur la chaîne Twitch d'Alexandre « Gaules » Borba, commentateur star en portugais depuis le lieu du tournoi. Et ils se font fait entendre.

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« Olé, olé olé ola, Furia, Furia... »Si l'on connaît le sport, on sait à quel point les Brésiliens peuvent être bruyants quand il s'agit de pousser derrière leurs athlètes. L'esport ne déroge pas à la règle : pendant toute la durée du premier Major - la catégorie de tournois la plus prestigieuse sur Counter-Strike - organisé sur leur sol, ils auront apporté un soutien indéfectible à leurs équipes. Stupéfiant ainsi joueurs et suiveurs de la discipline, piquant aussi la curiosité de beaucoup d'autres, scotchés aux exploits de Furia notamment, la meilleure d'entre elles.

Un moment résume plutôt bien cette folie ambiante : « Est-ce que vous pouviez entendre vos coéquipiers ? », demandait le présentateur américain Tres « Stunna » Saranthus à Andrei « arT » Piovezan, après la victoire de Furia contre NAVI en quarts. « Pouvez-vous répéter la question », lui répondait le capitaine brésilien, incapable de l'entendre dans un brouhaha qui aura souvent brouillé la communication en match. Les images des fans en transe, dans l'arène ou dehors, parfois sous une pluie battante, ont été visionnées des millions de fois. Jusqu'en demi-finales et une défaite étriquée face aux Danois d'Heroic, le public aura même joué un vrai rôle pour ses favoris : en apportant une force supplémentaire à Furia d'un côté et en mettant sous pression leurs adversaires de l'autre.

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« Les Brésiliens sont passionnés par le sport et tout particulièrement quand le Brésil ou ses représentants gagnent, explique Roque Marques, journaliste spécialiste de Counter-Strike chez Dust2 Brasil - branche locale du site HLTV - et ancien de Globo. Et ils ont une réelle passion pour CS, qui peut rappeler le football à certains : facile à comprendre et si complexe à la fois quand vous rentrez dans les détails tactiques ». Outre l'hymne national, entonné à de nombreuses reprises, les chants étaient d'ailleurs directement importés des tribunes des stades brésiliens et de très nombreux maillots de Flamengo, Botafogo, Grêmio ou l'équipe nationale ont fleuri au milieu de ceux des clubs d'esport.

« Vou torcer pra Furia ser campeão... »Cet engouement, qui a dépassé les attentes et permis d'inscrire ce Major comme l'un des plus grands moments de l'esport tout entier à certains égards, a des racines multiples : les bases ont été posées par la forte culture des cybercafés dans les années 2000, qui a amené de nombreux jeunes brésiliens à s'essayer à Counter-Strike, puis les bons résultats de clubs comme Mibr à l'international. « Mais la popularité a surtout explosé entre 2015 et 2016, avec la belle histoire de progression d'une équipe qui ira jusqu'à gagner deux Majors (celle de Gabriel « Fallen » Toledo ou Marcelo « coldzera » David, avec Luminosity puis SK Gaming), poursuit Roque Marques. Comme je le disais, les Brésiliens aiment les sports où ils gagnent... »

Ancien joueur puis coach, désormais le visage de Counter-Strike voire du streaming tout entier au Brésil, Gaules a également grandement participé à populariser le jeu sur sa chaîne Twitch. Très apprécié des siens, notamment pour son humour et ses commentaires chauvins, il a dépassé à plusieurs reprises le pic du demi-million de spectateurs. « Il a permis d'apporter beaucoup de visibilité au jeu ici », confirme Roque Marques. L'intérêt public et étalé pour l'esport et CS de la part de personnalités brésiliennes et notamment des joueurs de l'équipe nationale de football comme Casemiro, Gabriel Jesus, Lucas Paqueta mais surtout Neymar a probablement joué un petit rôle également dans l'ampleur de cette popularité. Le Parisien a d'ailleurs multiplié les messages de soutien à Furia sur tous ses réseaux sociaux ces derniers jours.

« Eu acredito ! »Après une phase de découverte lors des des tours préliminaire et principal du Major et un choc immédiat devant l'enthousiasme des fans locaux dans une enceinte de quelques milliers de places seulement, les pics de folie ont donc été atteints lors du quart et de la demi-finale de Furia dans la Jeunesse Arena (plus de 15 000 places). Mais les play-offs du tournoi ont aussi laissé entrevoir quelques failles et ouvert la porte à quelques critiques.

Impressionnants devant les leurs, les Brésiliens ne se sont pas déplacés en masse lorsque Furia ne jouait pas. La situation a fait grincer de nombreux fans du monde entier, déçus de voir une enceinte aux 2/3 pleine seulement pour la finale entre Outsiders et Heroic notamment et la « fête de Counter-Strike » que représente un Major un peu gâchée... alors que toutes les places étaient parties en moins d'une heure. La situation s'explique en partie par la fan-zone, qui a éparpillé les fans, et un manque d'engouement pour des affiches peu excitantes sur le papier après l'élimination précoce des meilleures équipes du monde.

Mais à Anvers aussi, lors du précédent Major, la salle n'était pas bien remplie au moment des quarts de finale et l'impression laissée à l'écran sur quelques rencontres ne doit pas éclipser le reste. La pression est désormais sur les épaules de la France, qui accueillera le prochain...