Nicolas Escudé, DTN de la Fédération : « Il fallait réamorcer la pompe »

Nicolas Escudé lors d'un match de la Billie Jean King Cup entre la France et la Russie en 2021. (N. Luttiau/L'Équipe)

Présent au tournoi des Petits As, le directeur technique national de la Fédération Nicolas Escudé a expliqué ce qu'il avait mis en place pour déclencher un rebond du tennis français et espère du temps pour développer sa vision.

« Où en est le chantier fédéral que vous avez lancé à votre arrivée il y a un an et demi à ce poste de DTN ?
Il est en place. Les bases sont posées à tous les étages. Il faut continuer à travailler. L'accent a forcément été mis au niveau des territoires pour réussir à densifier le nombre de joueurs et joueuses qu'on suit et, dans un deuxième temps, arriver à les faire mieux jouer, plus vite. C'est en place, ce qui ne veut pas dire que tout est parfait. On continue à progresser, à être ambitieux et à être dur même par moments. On aimerait que ça aille encore plus vite mais on sait que ça prend du temps. Je suis relativement satisfait.

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Quelles mesures concrètes avez-vous prises depuis votre prise de poste ?
Au niveau des filles, il y a eu l'ouverture du centre à Poitiers. Il n'y en avait pas au niveau féminin depuis quelques années et c'était un non-sens pour moi. Toujours chez les filles, l'an dernier on était à 280 filles suivies au niveau des Ligues, là on approche des 550 (en U7, U8, U9). Les choses se mettent en place. On est encore loin du compte mais on est là. On savait qu'il fallait réamorcer la pompe et remettre une dynamique en place, elle y est. Maintenant, il ne va pas falloir lâcher.

Un tournoi comme les Petits As à Tarbes, en quoi c'est important ?
L'élément majeur, c'est se situer par rapport à l'international. C'est d'autant plus important que j'ai réduit la voilure par rapport à ce qu'on faisait par le passé quand on poussait énormément les gamins à aller jouer à l'étranger avec une course aux points couplée à une course à l'argent. J'ai coupé tout ça parce qu'on était tombé dans une dérive. On se retrouvait avec des gamins qui allaient jouer à l'autre bout du monde jouer des tournois sans opposition mais ils prenaient des points. Sauf que ça ne reflétait pas la vérité du niveau de jeu. On a réduit la voilure.

C'était un profond changement de direction qu'il fallait ?
On a hérité d'une situation qui est catastrophique par rapport à certaines directives qui ont été prises. On a toujours sorti des joueurs, génération après génération. Mais là au plus haut niveau, on est plus qu'au creux de la vague. La génération passée a caché un petit peu la forêt, le néant. Tout comme une Caro Garcia (4e mondiale) le cache aujourd'hui chez les femmes. Si Alizé (Cornet, 34e) part à la retraite, on se retrouve avec une seule joueuse dans les 100. Il y a du boulot. Et il faut que tout le monde en prenne conscience. La Fédération mais pas seulement, tout l'écosystème du tennis en France.

Vous parlez de faire bouger les choses mais est-ce que c'est facile de le faire ? Est-ce que les gens vous suivent dans la direction choisie ?
Il suffit de regarder les résultats et les classements (pour comprendre qu'il y avait un problème). La prise de conscience est nationale, au niveau des territoires, des clubs, des comités départementaux. On comprend où se situe le tennis français et je ne pense pas que ce soit une source de satisfaction pour n'importe qui dans notre écosystème, du prof de club au DTN. Il y a une dynamique mais ça ne vient pas comme ça du jour au lendemain, ça prend du temps. Et il faut se donner du temps. Pas dans le sens ''on attend que ça se passe'' mais il faut avoir cette dynamique sur du temps.

Ce temps qu'il vous faut, comment il se compte ?
Former un gamin ou une gamine, ça demande entre dix et quinze ans. Si on regarde un peu autour avec l'exemple des Américains, combien de temps ça leur a pris ? Pratiquement 10 ans pour faire émerger la génération actuelle. En France, les Fédérations (hand, natation) qui ont fonctionné avec des résultats, c'est du huit ans, douze ans. Ce sont des cycles longs de politique sportive. »

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