Nicolas Ferrand de la Solideo : « En 2023, on livre » les équipements pour les JO de Paris 2024

Nicolas Ferrand, directeur général de la Solideo, sur le village des athlètes (avec Marion Le Paul, directrice de la communication de l'établissement public). (B. Papon/L'Équipe)

Nicolas Ferrand, directeur général de la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), a présenté, mardi, l'état d'avancement des chantiers et se dit toujours « dans les temps et dans les coûts ».

Après une année 2022 de la « démesure », avec 46 chantiers en simultané, des tensions sur les marchés et une forte inflation, 2023 est celle de la livraison pour la Société des ouvrages olympiques (Solideo). « En 2023, on livre, on livre, on livre » a annoncé Nicolas Ferrand, directeur général de la Solideo, mardi lors d'un point presse sous une yourte sur le chantier du village des athlètes. Il a précisé que 89 % des ouvrages seraient livrés à la fin de l'année. « Nous sommes absolument dans les temps, dans les coûts et dans les ambitions des ouvrages olympiques » a insisté le haut fonctionnaire pour qui la phrase fait figure de mantra.

Une nouvelle école a déjà ouvert ses portes au Bourget, ville qui accueillera les épreuves d'escalade, et le premier habitant du futur village des athlètes, le gardien de l'école d'ingénieurs Supmeca, s'installera en février au rez-de-chaussée de la nouvelle résidence de l'école. On se souvient que les dirigeants et professeurs de l'établissement n'avaient pas hésité à engager un bras de fer avec la Solideo au début des travaux en 2019. C'est en décembre 2023 que l'ensemble des bâtiments du village olympique sera réceptionné et le COJO prendra les clés en mars après deux mois de réserve. La Solideo achèvera ensuite les espaces verts, dont la place olympique parsemée d'arbres qui accueillera les délégations.

Le plus gros retard concerne l'Arena Porte de la ChapelleLa livraison des équipements et aménagement des sites est elle aussi planifiée et plusieurs test events d'ores et déjà prévus : le 23 juillet pour la voile à la Marina de Marseille, le 24 septembre pour le VTT sur la colline d'Elancourt ou encore du 5 au 8 octobre pour le canoé et l'aviron à Vaires-sur-Marne. Le plus gros retard avéré concerne l'Arena Porte de la Chapelle à Paris, qui accueillera la gymnastique rythmique et le badminton. « C'est le seul ouvrage qui ait subi les conséquences de la guerre en Ukraine avec la charpente reçue en décembre 2022 au lieu d'août », a expliqué Ferrand. Il mise sur une finition fin 2023. « C'est serré mais tenable », estime-t-il.

Côté finances, la Solideo a procédé comme Paris 2024 à une révision budgétaire en décembre dernier. À une première indexation prévue dès la signature du protocole financier en 2018 pour passer des euros 2016 aux euros 2024 est venue s'ajouter la flambée des prix sur l'énergie et les matières premières qui a fait s'envoler les indices de la construction. Ferrand annonce ainsi un budget global de 4,49 Mds € dont 1,711 Mds € de subventions publiques provenant de l'État et des collectivités locales, les financeurs et investisseurs privés apportant quant à eux 1,832 Mds €. Le directeur général se dit « serein » pour rester dans les clous budgétaires dans les derniers mois : « J'avais isolé une enveloppe de 100 M€ (pour les aléas), il en reste 40 M€ ».

Parmi les raisons de son optimisme, le fait qu'il « reste une trentaine de marchés à passer » et l'absence de « vague de modifications de programme » de la part du comité Paris 2024. « À Londres, il y a eu 6 000 changements de programme (avant les Jeux) et nous, on s'attendait à 3 000 modifications. En décembre, on en a eu 205, la vague n'a pas eu lieu car le COJO est extrêmement sobre et raisonnable », explique le directeur général. Il s'est quand fait peur quand Paris 2024 a changé à plusieurs reprises ses plans en Seine-Saint-Denis. « On ne prend en compte désormais que les modifications qui ont un sens pour l'héritage », a indiqué Ferrand en citant l'installation d'un système de radio pour les secours et la police à l'Arena porte de la Chapelle qui a coûté 400 000 € à la Solideo.

Plusieurs sportifs s'inquiètent déjà de la chaleur à l'été 2024 et en particulier dans leur chambreLe directeur général insiste sur les objectifs fixés à l'établissement public dès le début de sa mission, à commencer par les 10 % d'heures travaillées consacrées à l'insertion. La barre du million et demi, sur un objectif de 2,4 millions, a été franchie l'année dernière, soit un pas vers l'emploi pour 2 222 personnes dont un millier habitant en Seine-Saint-Denis. 536 M€ de marchés ont été scellés avec des petites et moyennes entreprises, dont celles travaillant dans le domaine de l'économie sociale et solidaire. « On a renforcé notre dispositif de lutte contre le travail illégal », a expliqué Ferrand après que plusieurs travailleurs clandestins ont été découverts sur les chantiers. Il déplore par ailleurs 106 accidents du travail dont 13 graves. Le dirigeant a insisté sur « la neutralité carbone des bâtiments » avec le recours massif au bois, notamment au village des athlètes.

Reste que plusieurs sportifs s'inquiètent déjà de la chaleur à l'été 2024 et en particulier dans leur chambre. « La température dans les chambres sera de moins 6 degrés par rapport à la température extérieure », a rappelé Ferrand en rappelant que c'est l'engagement pris avec Paris 2024 en 2019. Les craintes se portent aussi sur le restaurant où la chaleur pourrait vite grimper. « Le COJO travaille sur le sujet. La solution c'est la climatisation et on sait faire un trou rond dans les fenêtres » a poursuivi Nicolas Ferrand en renvoyant la balle dans le camp de Paris 2024. Car si c'est le choix de la climatisation qui est fait, le bilan carbone des Jeux sera forcément plombé.