Nienke Brinkman, la phénomène du trail running qui vise les JO de Paris 2024 en marathon

Nienke Brinkman, lors de la finale de la Golden Trail Series à Madère. (Jordi Saragossa/GTS)

Pour sa 2e année seulement sur le circuit, Nienke Brinkman a largement dominé la Golden Trail Series. La surprenante Néerlandaise de 29 ans, auteure d'un chrono de 2h22 pour son 2e marathon et médaillée de bronze européen cet été, rêve de Paris 2024. Elle a commencé à courir « sérieusement » il y a deux ans seulement.

Nienke Brinkman a vécu une folle semaine : elle a bouclé son doctorat en géophysique, fêté ses 29 ans et gagné la Golden Trail Series, un circuit mondial de trail running. Après avoir terminé deuxième l'an dernier à la surprise générale pour sa première saison sur les sentiers, celle que les médias spécialités surnomment « l'extraterrestre » ou « la Hollandaise volante » a dominé l'année sur ce circuit : trois victoires en autant de dossards, dont un record féminin dans la ferveur basque de Zegama, puis trois victoires sur cinq étapes (en cinq jours) lors de la finale sur l'île portugaise de Madère.

« La saison n'aurait pas pu mieux se dérouler », sourit-elle. Remporter ce général n'était même pas l'objectif principal de Brinkman, qui couve d'autres ambitions... sur route. En plus de ses succès sur les sentiers, la Néerlandaise a surpris une grande partie de la communauté running en s'offrant le bronze en marathon aux Championnats d'Europe à Munich en août dernier (en 2h28), pour sa première sélection sous le drapeau des Pays-Bas (son 3e marathon) et malgré des problèmes d'estomac.

Beaucoup de traileurs du circuit international pratiquent d'autres sports, comme le ski-alpinisme (à l'image du Suisse Rémi Bonnet, vainqueur de la GTS et en équipe nationale) mais sur route à ce niveau, en lice pour se qualifier aux Jeux Olympiques... C'est très rare. La Française Elise Poncet, 4e de la Golden Trail Series, parle d'elle comme d'« une mutante ».

Et si beaucoup pointent le « phénomène », c'est aussi que Brinkman n'avait pas de coach avant février 2021, qu'elle a commencé la course à pied il y a quatre ans seulement, et « plus sérieusement » il y a deux ans, pendant le confinement. Depuis son enfance, sa passion, c'est le hockey sur gazon. Quand elle débarque en Suisse pour ses études de sismologie à l'École polytechnique fédérale de Zurich après plusieurs saisons en deuxième division néerlandaise, fini la crosse. Elle commence à courir, « pour se vider la tête ».

Pendant la pandémie, elle avale encore plus les kilomètres, jusqu'à 100 par semaine. Avec des amis, elle se lance dans un marathon virtuel d'Amsterdam (sa première tentative sur cette distance), visant un temps légèrement sous les trois heures. Finalement, elle signe un « inattendu » 2h39 ! Un chrono « choc » qui l'incite à s'y mettre un peu plus.

Depuis, tout va très vite pour la Néerlandaise de 29 ans. Première course en montagne, sans préparation ? 6e du Marathon de Zermatt en 2019 puis victorieuse deux ans plus tard, avec le record féminin (et une 6e place au scratch, hommes et femmes confondus). Premier trail de niveau international en 2021 ? 2e de Sierre-Zinal, l'un des deux trails courts les plus réputés du monde. Tout premier marathon officiel ? 2h26 à Valence en 2021.


Avec NN Running Team, l'équipe d'Eliud Kipchoge

Alors forcément, les grandes marques accourent. Elle signe avec Salomon dans un premier temps, puis avec Nike, l'équipe NN Running Team, celle d'Eliud Kipchoge. Tous se demandent jusqu'où elle peut aller. Cette native d'Indonésie détient désormais le record des Pays-Bas en marathon (2h22 à Rotterdam, en avril dernier, pour son deuxième marathon officiel) et devrait se consacrer à 100 % à la course à pied l'année prochaine, avec l'objectif de Paris 2024.

« C'est bizarre, mais je pense que même si je fais de l'entraînement spécifique depuis peu (février 2021), toute ma vie, je m'y suis préparée intentionnellement, sourit-elle. Je fais du sport depuis toujours, j'ai construit mon niveau en course à pied avec différents sports finalement, mais je ne le savais juste pas. »

Courir a clairement changé sa vie. Quand elle raconte tout ce qui lui arrive depuis deux ans, elle répète juste que c'est « fou » humblement et ne semble pas tout réaliser. « Je comprends juste que je peux faire du sport à haut niveau, c'est quelque chose que je voulais faire depuis si longtemps donc j'en suis pleinement heureuse », répond simplement celle qui rêvait petite d'équipe nationale en hockey sur gazon comme son cousin.


Pas de choix entre route et trail

Aujourd'hui, pas question de choisir entre route et trail. « La combinaison est très bien pour moi, assure-t-elle. L'année prochaine, je vais sûrement plus m'entraîner sur route pour Paris, mais j'aime beaucoup les deux. Se concentrer sur une seule chose, ça peut être compliqué. Changer, c'est très bon pour le mental. »

Elle glisse même être intriguée par l'ultra, et notamment la mythique Western States aux États-Unis, en Californie (160 km et 5000 m de dénivelé positif), mais pas tout de suite. Une fois sa soutenance de doctorat validée en décembre, son objectif principal sera de décrocher sa qualification pour les JO de Paris 2024. « Le bronze (aux Championnats d'Europe) m'a vraiment motivé, je vais vraiment tout donner pour y aller. Mais pour l'instant, je n'arrive pas à m'imaginer aux Jeux Olympiques, ce serait fou. »