Open d'Australie - Federer, la bête est toujours en lui

Pour confirmer son succès new-yorkais, Andy Murray passera, en demi-finale de Melbourne, au révélateur Roger Federer. Celui qui redevient peu à peu Chimère.

Roger Federer n'a pas fini de nous surprendre. De haut de ses 31 ans et de ses quinze années passées sur le circuit pro, le Suisse n'a toujours pas perdu cette passion qui l'anime. Certains joueurs de sa génération ont vu des blessures mettre fin à leur carrière. D'autres se sont cassé les dents sur la nouvelle vague du tennis mondial. Mais Federer, imperturbable, est toujours là. Et après cette quinzaine australienne, on dirait même que Roger Federer est en train de faire renaître de ses cendres cette "chimère", bête fabuleuse qu'il a tuée voilà cinq ans mais qui est finalement toujours en lui.

Petit flashback. En janvier 2008, Roger Federer est éliminé en demi-finales de l'Open d'Australie par le futur vainqueur, Novak Djokovic. Affaibli alors par un virus, diagnostiqué plus tard comme une mononucléose, le Suisse avait déclaré que ce "monstre" de performance, créé au fur et à mesure de ses belles années entre 2004 et 2007, était maintenant derrière lui. A l'époque, cela avait fait l'effet d'une bombe. Roger Federer restait sur dix finales de Grand Chelem disputées à la suite, lui qui avait empilé 42 de ses 76 titres sur une courte période. En cela, l'année 2008 marquait un tournant indéniable dans sa carrière en raison des avènements de Nadal et Djokovic. Cela ne l'a pas empêché pour autant de remporter par la suite des titres importants (cinq majeurs en sept finales et deux Masters Cup) et de repousser, entre autres, le record de longévité à la première place mondiale à 302 semaines. Oui, la bête est toujours en lui.

"Vous savez, une demi-finale, ce n'est pas mal du tout"

"Je sais que je dois toujours gagner, confessait-il en 2008 après sa défaite en trois sets face à Djokovic. Mais vous savez, une demi-finale, ce n'est pas mal du tout. En gagnant chaque semaine, les gens disent que je suis mauvais si je perds un set ! Donc, tout est de ma faute je suppose..." Depuis cinq ans, il a donc habitué les observateurs à moins de sensationnel sur le long terme, mais des fulgurances par accoups. Les saisons 2011-2012 ont marqué un nouveau tournant dans la carrière du Suisse. Plus à l'écoute de son corps et de sa nouvelle vie, Federer a su s'aménager du temps pour une récupération optimale au cours de la saison et profiter de son statut pour choisir les tournois qu'il disputera. Il ne cherche plus les records qui ont apaisé le joueur depuis qu'il les a décrochés, mais la performance. Et c'est là où la différence se fait et où la pression devient plus supportable.

Cela s'est vu notamment la saison dernière où il a réussi à glaner six titres ATP, soit son meilleur total depuis 2007. Aussi, il n'est pas si étonnant que cela de voir Roger Federer briller de mille feux à Melbourne. Alors qu'on lui prédisait l'enfer jusqu'en demi-finales, le Suisse a passé les quatre premiers tours sans broncher, balayant les jeunes pousses Raonic et Tomic en trois coups de cuillère à pot, avant de connaître sa première vraie tempête face à Jo-Wilfried Tsonga. Lui seul a réussi à ouvrir une faille dans la cuirasse de Roger Federer. Avant cela, le Suisse n'avait pas perdu sa mise en jeu une seule fois à l'étonnement quasi-général. Il est loin le temps où les observateurs traquaient la fin de son règne lorsqu'il perdait un set...

En sera-t-il de même face à Andy Murray qui a changé de dimension depuis sa victoire aux Jeux olympiques ? A bien regarder, le Suisse croisera le Britannique pour la première fois depuis sa métamorphose de joueur normal à membre en puissance du Big Four. Bien sûr, depuis les JO, ils se sont croisés à Shanghai et en Masters Cup, mais rien ne vaut une rencontre au meilleur des cinq manches pour se jauger réellement face aux juges de paix que sont les tournois du Grand Chelem. Là même où Murray a toujours échoué face au Suisse jusqu'ici. En route pour confirmer sa victoire à l'US Open, Murray peut s'enorgueillir d'être enfin sorti de sa chrysalide au moment où Federer réveille doucement cette Chimère qui est en lui. Mais imaginez un instant que la bête ne se réveille vraiment... vous aurez droit à l'une des plus belles demi-finales de Grand Chelem de l'histoire du jeu. En tout cas, pas d'inquiétude s'il perd en demi-finales, il n'en fera pas un drame.

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