Open d'Australie - Federer face à ses limites

Dominé et logiquement éliminé par Andy Murray vendredi, Roger Federer échoue aux portes de la finale. Comme souvent en Grand Chelem depuis trois ans.

En immense champion qu’il est, Roger Federer a lutté. Jusqu’au bout. L’extraordinaire impression de facilité dégagée par le Suisse, comme sa faible expressivité sur le court, tendent à occulter à quel point il est un sacré combattant. A l’image d’un boxeur se sachant dominé par son adversaire, il a tout essayé pour éviter l’inéluctable face à Andy Murray. Il s’est beaucoup accroché, il a fait parler son expérience, souvent, et sa classe, aussi, en deux-trois occasions. Suffisant pour entretenir l’illusion d’une possible victoire, notamment dans cette fin de quatrième set ébouriffante. Mais aussi durable fût-elle, elle n’a jamais été davantage qu’une illusion.

D’une remarquable lucidité sur les débats en dépit du manque de recul, Federer en a d’ailleurs parfaitement convenu dès sa conférence de presse d’après-match. "Globalement, Andy était un peu meilleur que moi ce soir, a-t-il concédé. Il s’est créé un peu plus de chances que moi. J’ai eu beaucoup de mal à avoir des opportunités sur son service, beaucoup plus que d’habitude quand nous nous rencontrons. Il a été plus agressif et il a eu plus d’occasions que moi de breaker. Forcément, quand vous perdez en cinq sets, il y a toujours de la déception. Mais il m’a battu logiquement je crois."

Le miroir du quart contre Tsonga

Cette demi-finale, ce fut un peu le miroir du quart de finale contre Jo-Wilfried Tsonga pour Federer. Face au Français, il avait constamment effectué la course en tête. Sa formidable gestion des tie-breaks, dans le premier et le troisième sets, lui avaient permis de garder le contrôle. Cette fois, il a toujours été derrière. Et s’il a encore admirablement négocié les deux jeux décisifs de la partie (décidément une très bonne habitude chez lui), ce ne fut, pour le coup, qu’un moyen de ne pas décrocher complètement. Dans cette configuration, le chasseur finit souvent par s'épuiser. "C’était une course-poursuite pour moi, constate le numéro deux mondial. Depuis le début. J’ai réussi à revenir par deux fois, mais j’ai mal négocié le début du cinquième set." Une fois, deux fois, il a effectivement recollé. Mais il n'y a pas de vie après le cinquième set et son break concédé d'entrée l'a condamné. "Je ne sais pas si on peut parler de tournant, parce que dans un match en cinq sets, il y en a beaucoup. Mais comme je l'ai dit, il s'est créé plus d'occasions que moi et ça a fini par payer."

Pour la troisième année consécutive, Federer quitte donc Melbourne aux portes de la finale. Après Djokovic en 2011, Nadal en 2012, Murray aura été son bourreau cette année. C'est un cap de plus en plus difficile pour le Suisse. De l'ouverture de son palmarès à Wimbledon en 2003 à son titre en Australie en 2010, il a disputé vingt-cinq demi-finales en Grand Chelem. Il n'en a perdues que trois. Depuis trois ans, le ratio s'est dramatiquement inversé: huit demies, et six défaites pour seulement deux victoires. Voilà pourquoi il n'a joué que deux finales sur les douze derniers majeurs, alors qu'il n'en avait raté qu'une sur les dix-neuf précédentes. Malgré l'indéniable embellie de l'an dernier, il se confirme bien que l'Open d'Australie 2010 demeure une césure dans sa carrière.

"Je repars d'ici avec un bon feeling"

Pour autant, ne comptez pas sur lui pour céder à la déprime. Vendredi, il a tenu sensiblement les mêmes propos qu'après son échec face à Nadal. "Je repars d'ici avec un bon feeling pour la saison. Je n'avais pas joué un seul tournoi en arrivant à Melbourne. Maintenant, je sais où se situe mon niveau. Je sais aussi que j'ai du temps devant moi pour travailler. Sur mon jeu, sur ma condition physique. Je suis très excité par tout ça." Déçu, mais pas abattu, donc. On ne peut pas assimiler son discours optimiste à la méthode Coué. L'an passé, malgré sa défaite en demi-finale, il était déjà convaincu d'être sur la bonne voie. La suite lui avait donné raison puisqu'il avait repris la première place mondiale en renouant avec la victoire en Grand Chelem. Il est toujours un sérieux client, toujours un prétendant au titre, et ce, dans tous les tournois majeurs.

Il n'en reste pas moins que Federer peine à se montrer constant sur la durée d'une quinzaine. C'est souvent son problème depuis trois ans. Sa victoire à Wimbledon l'an passé fait davantage figure d'exception que de règle à cet égard. Royal pendant quatre tours à Melbourne, il a baissé de pied face à Tsonga et Murray. Face au Français, le coup était passé près. Contre le Britannique, ça ne pardonne plus. Federer possède toujours une marge importante sur l'immense majorité des joueurs du circuit, d'où sa régularité exceptionnelle en quarts et même dans le dernier carré. Mais pour aller au-delà, il doit désormais être à 100% de son expression tennistique et de son potentiel physique. Ce n'était pas le cas vendredi.

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