Open de France : la belle journée de Paul Barjon

Installé aux États-Unis, où il a perdu sa carte du PGA Tour, le Français (65 jeudi), est de passage à l'Open de France avant de retourner au Texas.

Non, vous ne rêvez pas, trente-neuf ans et six mois séparent le doyen du contingent tricolore de cet Open de France, Thomas Levet (54 ans), vainqueur du tournoi en 2011 et invité ès qualités, de son benjamin, Hugo Le Goff (14 ans), champion de France amateurs 2021. C'est tout le charme (ou l'incongruité) du golf qui donne à cette 104e édition des airs de réunion de famille, où se retrouvent espoirs et anciens, leaders et soutiers, de toutes les divisions continentales.

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Dans un tournoi qui reste malgré tout propriété de l'European Tour, donc 100 % britannique jusqu'au bout des prises électriques installées en salle de presse, cette atmosphère très franco-française dit tout du confort, souvent décrié, de ce circuit. Entre Frenchies, on échange des conseils, on se congratule, on se tape sur l'épaule et on chambre gentiment dans la langue de Molière à la sortie du recording.

L'effet pschitt de la Ryder Cup 2018
Paul Barjon, 30 ans, découvre cet environnement douillet. Ce Néo-Calédonien installé aux États-Unis depuis qu'il a étudié à la Texas Christian University a fait ses classes dans la jungle du Korn Ferry Tour, la D2 américaine, d'où il s'est brillamment élancé pour gagner sa place sur le prestigieux PGA Tour cette année. Seul Bleu dans cet univers ultra-concurrentiel, il n'a pas réussi à conserver son droit de jeu pour la saison prochaine (15 cuts ratés sur 26 tournois lors des douze derniers mois), mais pas question de rentrer au bercail pour autant.

Sa vie est à Dallas et il y retournera dès la fin de cet Open de France qu'il dispute « sans beaucoup de pression par rapport à ceux qui doivent garder leur carte sur le Tour européen ». Sans aucun point en jeu, Barjon a pris momentanément la tête du tournoi, jeudi en début d'après-midi, à la faveur d'un solide 65 (-6), grâce à « une frappe de balle super et des coups de fer qui partent comme sur PlayStation ». S'il poursuit sur sa lancée, l'actuel 502e mondial pourrait bien changer de vie, une victoire dimanche lui ouvrant les portes du DP World Tour à temps plein, lui qui rêve un jour, « comme Rory McIlroy », de chevaucher tour à tour les circuits américain et européen. « Le tournoi est long, tempère-t-il. Une bonne journée, c'est bien beau, mais il faut en faire quatre pour lever le trophée. »

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Quoi qu'il arrive d'ici là sur ce coriace tracé de l'Albatros, qu'il n'avait plus emprunté « depuis les Championnats de France minimes », Barjon aura vécu une expérience quasi inédite. « Grâce aux encouragements français, quand les premiers birdies sont tombés, je me suis senti un peu à la place des Américains quand je joue sur le PGA Tour, s'amuse-t-il. J'ai ressenti l'effet très agréable de jouer à la maison. » Le jeune homme partait de bien loin car ce n'était pas vraiment la clameur de la Ryder Cup 2018, le maigre public présent jeudi dans les Yvelines soulignant, quatre ans après ce mémorable raout, son effet pschitt sur le pouvoir d'attraction du golf en France.