Les pacers font-ils la différence lors des records en ultra-trail ?

Interdits en Europe sur les courses d'ultra-trail, les pacers (ou meneurs d'allure en français) sont très souvent utilisés dans les tentatives de records, comme dernièrement lors de celui sur le GR20 en Corse par Anne-Lise Rousset. Mais font-ils vraiment la différence ?

À la voir, on pourrait penser qu'elle revient d'une petite balade en forêt. Si ce n'est la fatigue de 35h50 d'effort qui se lit sur son visage, on s'y méprendrait presque : Anne-Lise Rousset est arrivée au terme de sa traversée du GR20, en Corse (170 km et 13 000 m de dénivelé positif) en t-shirt et en baskets.

Bien sûr, la jeune femme a eu besoin de plusieurs litres d'eau et de milliers de calories pour réaliser son record, explosant de plus de cinq heures le chrono précédent, elle ne les a juste pas portées. « C'était la première de mes missions lorsque j'ai accompagné Xavier Thévenard sur les 10 premières heures de sa tentative de record sur le GR20, en juin 2020, avec plusieurs autres coureurs, dont Lambert Santelli, l'actuel recordman, explique Baptiste Chassagne, athlète et ami du triple vainqueur de l'UTMB. Je lui portais ses affaires pour lui faire économiser un peu d'énergie. L'autre mission qui m'était confiée consistait à l'observer. Je le connais bien, en un regard je comprenais ce dont il avait besoin. »

Kilian Jornet

« Le rôle premier du pacer est d'assurer la sécurité du coureur »

Une expérience qui amène à se poser une question centrale : quel était le rôle originel des pacers, ces « meneurs d'allure » ? « La notion de pacer vient de la pratique de la montagne, explique Kilian Jornet, le roi actuel du trail. Pour beaucoup, on ne va pas seul en montagne, pour des questions de sécurité. Sur une tentative de FKT (Fastest known time, temps le plus rapide connu), qui se passe hors d'un événement avec des équipes médicales gérées par les courses, le rôle premier du pacer est d'assurer la sécurité du coureur. De l'accompagner s'il a un problème de santé ou si ça ne va pas et qu'il ne se retrouve pas tout seul au milieu de la montagne ».

La légende espagnole a déjà eu recours à des pacers, mais pas systématiquement. « Ceci étant dit, se faire accompagner de pacers est aussi une histoire de « style » dans la tentative, poursuit le triple vainqueur de l'UTMB, qui a remporté pour la 10e fois Zegama en mai dernier. De ce que l'on va y chercher lorsque l'on monte le projet. Est-ce qu'il fait plus sens de courir en autonomie totale ? En semi-autonomie ou accompagné ? C'est à chacun de se demander comment il souhaite/peut vivre son expérience. Il n'y a pas de vérité sur ce point ».

Les pacers, gain de temps

Malgré tout, dans cette réflexion, tout n'est pas qu'une question « d'éthique ». Autrement dit, il ne s'agit pas uniquement de déterminer de quelle assistance le coureur accepte de profiter pour réussir son défi. François D'haene, titulaire de plusieurs FKT, dont le GR20 pendant de nombreuses années, a son opinion.

« À mon sens, il faut arrêter de sans cesse envisager l'ultra-trail sous le seul prisme de la performance, pointe l'homme aux quatre succès à l'UTMB. L'ultra, ce n'est pas le vélo où l'aspiration fait une grande différence. Si c'est vrai que des pacers peuvent te faire gagner du temps, la machine doit d'abord être bien rodée. Mais ça ne marche pas à tous les coups : la machine peut aussi se gripper, un faux rythme par exemple, trop rapide, et derrière, ça se paye. Pour moi, faire le choix de courir avec des pacers, c'est surtout une question d'envie, celle de partager une aventure avec quelqu'un. C'est cette dimension humaine qui prévaut sur tout le reste. C'est une des choses qui rend les courses aux États-Unis si spéciales. »

Et François D'haene sait de quoi il parle : lors de sa victoire en 2021 sur la Hardrock 100 dans le Colorado, il était notamment accompagné par Jim Walmsley, un Américain faisant partie des meilleurs traileurs du monde. Car c'est une particularité des courses américaines : contrairement à la majorité des courses européennes qui se déroulent en semi-autonomie, n'autorisant l'assistance que dans un certain cadre autour des ravitaillements en général, elles permettent d'être accompagnées par un pacer tout le long du parcours.

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« Ce n'est pas forcément un modèle à copier, que chaque région ait ses particularités me paraît intéressant », précise le Français. Mais c'est vrai que cela permet des moments de partage qui ont beaucoup de valeur à mes yeux. »

Même raisonnement pour Baptiste Chassagne : « Ce que je retiens de mon expérience de pacer, c'est le plaisir d'avoir fait cela aux côtés de Xavier. Ce n'est pas l'assistance, c'est le partage. Il est un homme de peu de mots mais qui est juste lorsqu'il parle, aussi dans ses actions. C'était fort de partager cette tentative avec lui et de voir à quel point il est un athlète hors du commun. Après, si on l'a aidé comme on a pu, on n'a pas couru à sa place », conclut le coureur avec un brin d'ironie.

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