Patrice Lagisquet (entraîneur du Portugal) : « Le rugby portugais fait moins de complexes »

Patrice Lagisquet est satisfait des progrès réalisés par le rugby portugais. (F. Lancelot/L'Équipe)

Patrice Lagisquet, l'entraîneur de la sélection du Portugal et des Lusitanos, qui disputent ce samedi la finale de la Rugby Europe Super Cup contre les Géorgiens des Black Lions (16 heures), vante l'importance de cette nouvelle compétition et les progrès du rugby portugais.

La compétition est née cette saison et elle n'a pas été épargnée par les difficultés, avec la mise à l'écart, après le déclenchement de la guerre en Ukraine, des deux équipes russes qui la disputaient. Mais la Rugby Europe Super Cup, qui réunissait des franchises de sept pays (Russie, Israël, Portugal, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Géorgie), va connaître ce samedi à Lisbonne sa première finale (16 h). Elle va mettre aux prises les Lusitanos, entraînés par Patrice Lagisquet, l'ancien coach de Biarritz et adjoint de Philippe Saint-André en équipe de France, et les Black Lions, franchise géorgienne. Lagisquet est revenu pour nous sur ce duel et l'importance de cette nouvelle compétition.

« Retrouvez-vous les frissons de votre dernière finale en tant qu'entraîneur, celle de la Challenge Cup avec Biarritz, en 2012 ?
(sourire) Oh non, ça n'a rien à voir, ce n'est pas du tout les mêmes conditions ! Le Portugal, c'est encore du rugby amateur. Les joueurs sont contents de jouer cette finale, pour la première Super Cup, mais c'est une franchise qui vient d'être créée. Ça a été difficile de trouver de la continuité, les matches de poule se sont joués entre septembre en décembre, ça fait loin ! Là, entre notre demi-finale (mi-avril) et la finale, on a fait neuf changements. J'avais pas mal de joueurs qui avaient des bobos, qui n'étaient pas disponibles. On a désormais une équipe plus proche de notre équipe-type, avec pas mal de joueurs qui jouent en sélection, une ossature plus solide. Mais on n'est pas aussi solides que les Géorgiens des Blacks Lions, qui, eux, bossent comme des pros. C'est une équipe sympa ! Ils ont la ligne de trois-quarts de la Géorgie, ils ne leur manquent que les demis (de mêlée et d'ouverture) et l'arrière Niniashvili. Devant, ils ont récupéré quelques joueurs en France.

Les Géorgiens sont entraînés par Levan Maisashvili, qui est aussi le coach de la sélection. Vous aussi cumulez les deux rôles. C'est un plus ?
La difficulté, sinon, ça serait d'avoir des joueurs qui jouent d'une manière en club, d'une autre avec la franchise, et d'une troisième avec la sélection ! On ne peut pas, ça serait trop compliqué. Ça nous a aidés. Quand on a joué contre le Canada en novembre, on a gagné (20-17) avec 21 joueurs nés au Portugal. Et si on n'avait pas eu les Lusitanos pour se préparer, on n'en aurait pas été capables.

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Pourriez-vous comparer le niveau des Lusitanos à celui d'une division française ?
J'ai essayé, moi aussi, de me poser cette question, mais il n'y a pas vraiment de réponse ! C'est quasiment impossible. Le rugby portugais a des forces différentes et a une approche différente de ce qu'on retrouve en France. Le combat d'avant n'y est pas aussi prégnant, il est un peu occulté des fois. Ils ont des joueurs qui participent au jeu, avec un jeu très dynamique, sur la largeur du terrain. C'est très créatif et ça va vite. Il y a quand même du combat. On essaie de leur apporter, avec la sélection, cette culture sur le jeu d'avants, la mêlée, le maul, même la touche, qui ne font pas partie de leurs priorités. La ligne des trois-quarts pourrait tenir le choc en Pro D2, mais les avants auraient plus de mal. C'est un rugby différent, mais très intéressant pour préparer le niveau international, parce qu'il est orienté vitesse, jeu dynamique et répétition des tâches !

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Ce que vous décrivez du jeu d'avants, ça vous promet un défi contre des Géorgiens rodés dans ce secteur ?
C'est vrai qu'on a du mal sur les mauls adverses, quelques fois. On avait réussi à bloquer les Ibériens à ce niveau-là, à relever le défi sur la mêlée. On a un paquet assez complet cette fois, qui a l'expérience des joutes internationales. Alors, on a un jeune pilier droit, ce n'est pas encore homogène, mais c'est pas mal ! En conférence de presse, la veille du match, ils ont clairement dit qu'ils voudraient nous empêcher de jouer vite... Et nous, au contraire, il va falloir qu'on mette du volume pour essayer de les user et les empêcher d'imposer la force de leurs avants. Et comme il va faire 30 degrés, voire un peu plus...

Le match nul que la sélection portugaise a arraché à Tbilissi l'hiver dernier vous donne-t-il des motifs d'espoir ?
Non, le contexte est différent. Quand on les avait joués, ils n'avaient pas mis la meilleure équipe et ils avaient été surpris par notre organisation, on avait réussi à les contrer sur leurs points forts, comme la touche. Mais le rugby portugais fait moins de complexes qu'il y a quelques années par rapport aux Géorgiens, ça c'est clair.

Est-il important que cette nouvelle compétition européenne se perpétue ?
Oui, très important. Ça va être la base pour développer le rugby dans ces pays-là. Un peu comme ce qu'avaient fait les Argentins avec les Jaguares. Ça permet de regrouper les meilleurs joueurs dans un cadre pro, ou même semi-pro, d'être une base pour l'équipe nationale. »

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