Petrucci se prépare : "En 2020 chaque course sera comme une finale"

Léna Buffa
motorsport.com

Depuis quelques jours, a pu reprendre le guidon et un entraînement déconfiné, une première étape attendue avec une impatience frénétique même s'il doit pour le moment se contenter de motocross pour appréhender à nouveau les sensations du pilotage. À moins de deux mois du début de saison que tous espèrent vivre à Jerez, si l'Espagne donne son accord au MotoGP, le pilote Ducati a fait le point avec Motorsport.com et notamment évoqué ce qu'il attend d'un championnat aussi perturbé.

On parle beaucoup d'un calendrier qui prévoirait autant que possible de disputer deux courses sur une même piste, à une semaine d'intervalle. Est-ce que cela peut selon toi engendrer un "effet Qatar", là où les écarts sont toujours très faibles en course dans la foulée des tests de pré-saison ?

Je pense que oui. La course du Qatar est toujours très fascinante, parce qu'on sort tous des tests effectués la semaine précédente et on est prêts. C'est une course que l'on a souvent faite en groupe. Je n'ai pas trop réfléchi au fait de disputer deux courses sur une même piste, si ça peut être un mal ou un bien. En ce moment, je crois que le plus important c'est de résoudre cette situation et de pouvoir courir. Ce qui compte c'est qu'il y ait des circuits disposés à nous accueillir.

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Nous avons été durement touchés par l'urgence du COVID-19 et il est difficile de savoir comment nous allons reprendre, d'autant que cela ne dépend pas de nous. Nous, on est à la fenêtre et on attend. Mais il est clair que pour nous qui le vivons de l'intérieur, avoir deux courses sur le même circuit nous donnera plus de temps pour nous mettre au point en vue de la seconde course. Et puis je pense que ce sera bien pour le spectacle, parce que cela permettra de nous voir courir avec peu d'écarts. Et à cela s'ajoute le fait que l'on a déjà vu un équilibre important pendant les essais hivernaux cette année.

Danilo Petrucci, Ducati Team

Danilo Petrucci, Ducati Team <span class="copyright">Ducati Corse</span>
Danilo Petrucci, Ducati Team Ducati Corse

Ducati Corse

Penses-tu que le nouveau dispositif holeshot permettant de varier la hauteur de l'arrière même pendant la course pourrait t'aider à atteindre cet objectif ?

Cela a été une grande intuition de Gigi [Dall'Igna], qui a toujours un temps d'avance. Mais en général, ces dernières années, on a vu que Ducati était toujours à l'avant-garde dans la recherche de solutions inédites et innovantes pour le MotoGP. Je pense aux ailerons, au spoon et aux divers déflecteurs. Maintenant, il y a le holeshot device. Mais en MotoGP, il faut vraiment tout parce qu'après 120 km de course, le résultat se joue parfois dans le dernier virage et une différence même minime peut donc faire gagner une place. Je pense à de nombreuses fois où j'étais en bagarre pour le podium et entre faire troisième et quatrième il y a une sacrée différence : si tu es quatrième, tu as fait une belle course, mais tu ne ramènes même pas une coupe. Ce sont des situations dans lesquelles on peut alors penser qu'il nous a manqué un millième au tour ou à peine plus, et chaque petite aide est donc utile. Après, il est clair que ça ne suffit pas, parce que les autres aussi avancent dans le développement, et on doit se battre avec les plus grandes marques au monde, qui disposent sûrement de plus de personnel que nous.

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Pendant l'hiver on a vu que Ducati avait retrouvé sa supériorité en termes de moteur et de vitesse de pointe…

On a gagné quelque chose, mais je ne sais pas si les autres ont travaillé sur d'autres aspects. L'année dernière, la Honda était forte en ligne droite, mais cette année on semblait être les plus rapides, même si avec deux tests on a du mal à comprendre ces choses-là parce qu'on n'a pas la référence d'une véritable bagarre. Mais en regardant les données des tests, il semble en effet qu'on arrivait à être plus rapides de quelques km/h. Mais le fait est qu'en plus des lignes droites, il y a aussi beaucoup de virages ! [rires]

Par contre, la GP20 semble plus en difficulté avec le nouveau pneu arrière. Y a-t-il encore beaucoup à faire pour être au point dans ce domaine ?

Il restait clairement du travail lorsque nous avons terminé les tests. À Sepang, on était un peu en difficulté, parce que ce pneu nous avait été apporté lors des tests de la fin de l'année dernière, à Valence et Jerez, qui avaient été perturbés par le mauvais temps [le pneu avait en fait été évalué lors de différents tests au cours de l'année, ndlr], si bien que nous ne nous étions pas réellement rendu compte du changement. Au Qatar, cela a été un peu mieux, parce qu'entre les deux tests on a eu le temps de tout analyser. Losail est une piste qui, en soi, est déjà un peu plus favorable à notre moto et on s'est adapté, alors je pense qu'on avait pris le bon chemin − même si entre prendre le bon chemin et le parcourir intégralement, il y a une différence, qui correspond à ce que l'on n'a pas pu faire.

Au Qatar, tu avais d'ailleurs été le seul à réaliser une simulation de course complète…

Oui, je tenais particulièrement à faire une simulation de course. Au Qatar, en gros, j'ai fait le time attack tout seul le premier jour, puis le deuxième et le troisième jours je me suis concentré sur la mise au point dans l'optique de la course. J'ai effectivement fait 22 tours complets et ça ne s'était pas mal passé, d'autant que j'avais utilisé le pneu soft à l'arrière. J'avais un doute quant au fait de l'utiliser ou pas, mais j'avais déjà réussi à m'éclaircir les idées en vue de la course. Quartararo était plus rapide que moi, mais en termes de rythme de course j'étais le meilleur derrière lui.

Propos recueillis par Matteo Nugnes

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