Peyo Lizarazu : « le foil, l'arme ultime pour prendre des belles vagues à Belharra »

Peyo Lizarazu. (R. Perrocheau/L'Équipe)

À l'occasion de la sortie de son livre « Vies de surf » (Éditions de La Martinière), Peyo Lizarazu, pionnier de la mythique vague de Belharra surfée pour la première fois il y a 20 ans, revient sur sa vie de waterman et sa vision du surf.

« Pourquoi ce livre maintenant, un clin d'oeil aux 20 ans de Belharra (Peyo Lizarazu a été le premier à surfer la mythique vague basque le 22 novembre 2002) ?
Oui, c'est un prétexte. Il y a une partie du livre dédiée à Belharra. On raconte des choses qu'on n'a jamais racontées. Le groupe de pionniers que nous étions, globalement, on était restés assez discrets. Mais ce livre veut surtout être un tour du monde des endroits et des gens que j'ai eu le plaisir de rencontrer dans mes différentes vies de surfeur, pour raconter leurs propres vies.

Le titre est "Vies de surf", au pluriel. Vous avez l'impression d'avoir vécu plusieurs vies en tant que surfeur et waterman ?
Oui j'ai eu plusieurs vies. J'ai par exemple failli arrêter le surf très tôt dans ma vie, pour faire du rugby, avant d'y revenir. Mais dans ce livre, je voulais surtout évoquer la vie des autres, des gens connus, moins connus, que j'ai eu le plaisir de croiser ou rencontrer. Comme Buffalo Keaulana, Rell Sunn (des pionniers hawaïens du surf), Ibon Amatriain, seul Européen à avoir participé à l'Eddie Aikau, la compétition référence pour le monde des grosses vagues. C'est un peu toutes ces vies que j'ai essayé de raconter, avec l'accord des concernés.

Avec l'envie d'évoquer plein de facettes du surf...
Il y a souvent une tendance à vouloir réduire le surf à la seule pratique qu'on retrouve aujourd'hui aux Jeux Olympiques : le shortboard. Mais le surf, c'est glisser dans les vagues. Ça peut se faire sans aucune planche, avec une pirogue, des planches de toutes formes... C'est ce que j'avais à coeur de montrer. Je voulais aussi rendre honneur au windsurf. Je suis sensible à l'histoire et je sais très bien que pour ce qui concerne le surf tracté, le windsurf a eu une influence importante.

Quel est votre plus beau moment de surf ?
Il y a Belharra, forcément. Mais j'hésite entre Belharra et Teahupoo. (il marque une pause) C'est plutôt des moments de grosses vagues, car c'est quelque chose qui m'a toujours attiré. J'ai eu la chance de me trouver au bon endroit, au bon moment pour surfer Belharra. Tout comme à Teahupoo. Une vague exceptionnelle. J'ai eu de la chance un jour de juillet 2011 de prendre une très belle grosse vague avec l'aide de Raimana Van Bastolaer. Ça reste un souvenir indélébile.

Aujourd'hui, quelle est votre pratique du surf ?
Toujours très variée. Du stand up (paddle), du shortboard, des gros bodyboards avec ma fille. Mais c'est vrai qu'une grosse partie de ma pratique se fait aujourd'hui sur le foil, depuis deux-trois ans. C'est une manière incroyable de profiter de l'énergie des vagues et du vent. Et dès qu'il y a des grosses vagues, on a toujours les grosses planches prêtes à sortir. Dès que Belharra est là, on arrive toujours à être prêt. Avec le foil aussi d'ailleurs.

Vous êtes investi à Belharra au niveau de la sécurité et de la pédagogie.
Oui, c'est un sujet pour le groupe de pionniers que nous étions. Au début, nous étions six, avec trois jet-skis, donc trois équipages. La session la plus fréquentée jusqu'ici, c'était en octobre 2020 et il y avait une bonne vingtaine d'équipages et plus de vingt bateaux observateurs. Certains ont pris des risques inconsidérés. On est en train de discuter pour continuer à profiter de Belharra, en revenir en bonne santé, et ça passe par des rappels sur les enjeux de sécurité. Pour sensibiliser tout le monde à une pratique durable et saine du surf là-bas. Il y a eu des petits incidents, rien de fatal pour le moment, mais ça pourrait arriver. C'est un endroit particulier par le simple fait que c'est éloigné du bord, à 2 500 mètres, avec des sessions plus rares qu'à Nazaré (autre spot de surf de gros emblématique, au Portugal). Peut-être aussi que la routine a du mal à se mettre en place car les sessions sont rares, en moyenne deux ou trois sessions par hiver.


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Vous surfez encore à Belharra ?
Bien sûr ! On fait ce qu'il faut pour y aller encore : la préparation, l'entraînement. Maintenant, c'est un lieu rare. S'entraîner pour Belharra, parfois tu te dis "à quoi bon ?" quand en moyenne, tu sais que c'est deux sessions par an. Mais avec le foil, les possibilités de prendre du plaisir à Belharra sont peut-être plus fréquentes.

Vous prenez toujours autant de plaisir là-bas, même 20 ans après ?
(Sans hésitation) Oui ! Peut-être même plus. Car on progresse, les technologies différentes arrivent. Les gilets gonflables apportent plus de sécurité. Et le foil est pour moi l'arme ultime pour prendre des belles vagues à Belharra. »