Philippe Sinault (Alpine) : « On est très impatients, enchantés, surexcités »

L'écurie Alpine de Philippe Sinault a un coup à jouer face à Toyota à Bahreïn. (S. Boué/L'Équipe)

Alpine est en lice pour les titres mondiaux en WEC, samedi, lors des 8 Heures de Bahreïn. Son Team Principal, Philippe Sinault, attend avec envie cette dernière manche de la saison, qui sera aussi la dernière course de l'A480.

« Si on vous avait dit au début de la saison que vous seriez en mesure de remporter les deux titres avant la dernière manche, vous l'auriez cru ?
Non sans doute pas. Je n'y aurais pas cru, même si au fond de moi je l'espérais. On prend ça comme une chance incroyable et on espère que ce sera une vraie fête. Quand on a monté ce programme en Hypercar il y a deux ans, de façon assez alambiquée, penser arriver à la dernière course dans cette position, c'était assez inespéré. On est très impatients, enchantés, surexcités.

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Quel bilan tirez-vous de cette saison ?
Il est positif, même s'il n'y a pas le titre à la fin. On est conscient de la dimension de notre projet par rapport à Toyota, des moyens différents. On espérait pouvoir être le caillou dans leur chaussure, et on a réussi. On a deux victoires, on n'a manqué le podium qu'au Mans, donc oui nous sommes satisfaits.

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La BoP (Balance of Performance) a beaucoup animé la saison. Quel est votre point de vue ?
Sur le plan de l'éthique sportive, il est vrai que ça me perturbe, et nous ne sommes pas des grands fans, sur le papier, de la BoP. On a parfois l'impression qu'on s'éloigne du sport. Mais grâce elle, notre voiture a pu rouler dans la catégorie Hypercar, et beaucoup de constructeurs vont arriver. Donc on ne peut pas la décrier et dire qu'on est contre. Mais il faut arriver à bien la gérer. Et parfois, cette année, ça n'a pas été facile. Notre voiture est tellement différente d'une Toyota ou d'une Glickenhaus qu'on savait que ce serait très compliqué.

Avec la BoP, forcément tu mets de la pression dans le système. Et au Mans, tout le monde s'est pris les pieds dans le tapis. On a dû faire peur à certains, qui ont cru qu'on en avait beaucoup plus sous le pied qu'en réalité. On regrette ce réajustement avant la course. Mais sous la pression de l'enjeu, tout le monde s'est un peu affolé.

Ne craignez-vous pas qu'avec l'arrivée de nouveaux constructeurs en 2023 puis 2024, cela devienne encore plus compliqué à gérer et à expliquer ?
Non, je pense même que ce sera plus facile, parce que les différentes voitures en piste correspondront à un cahier des charges commun. Notre Alpine, dans l'absolu, n'aurait jamais dû venir affronter les Toyota. Mais il faudra être très vigilant évidemment. Parce que la pression que j'ai pu mettre, elle est sans doute infime par rapport à celle que mettront Porsche et Ferrari.

Avec le recul, engager une LMP1 dans la catégorie Hypercar, était-ce une bonne idée ?
Oui, et ça a été très bénéfique pour l'ensemble des acteurs. Pour nous, bien évidemment, parce que ça nous a permis de nous préparer pour 2024 et de convaincre Alpine qu'il fallait rester en endurance pendant plusieurs années. Concernant le public, les experts ont sans doute été perturbés par tout ça, mais le grand public a vu au-delà. Quand on voit les marques de sympathie et de soutien qu'on a reçus, je pense que le contrat a été rempli. Ils ont vu que de temps en temps, une Alpine s'est bagarrée avec les Toyota, et ça leur a fait plaisir. On s'est battus au début du projet pour dire "on a notre place". Et nos résultats ont montré qu'on l'avait. Il faut juste imaginer ces deux années sans l'Alpine...

Que fera votre équipe en 2023 ?
Nous serons alignés en LMP2. J'aurais préféré être en Hypercar, mais techniquement ce n'était pas possible d'être prêt dès l'an prochain. On avait besoin du soutien et des passerelles techniques avec l'équipe de F1, qui a été très sollicitée dernièrement sur le nouveau règlement. Pour 2023, il nous est apparu préférable de faire des courses plutôt qu'uniquement du développement. Ça reste la meilleure façon d'apprendre et de progresser. Il y a le centenaire du Mans qu'on ne voulait pas manquer. Concernant les pilotes, notre désir est de continuer avec les mêmes, mais il pourrait y avoir des ajustements. Certains vont être plus concentrés sur le développement de l'Hypercar, d'autres sur les courses. Ce sera sans doute l'occasion d'intégrer de nouvelles têtes dans le programme.

Concernant le projet Hypercar en 2024, à quel stade du développement en êtes-vous ?
Cela fait déjà six mois que notre collaboration avec les équipes de Viry a débuté. Il y a des rendez-vous quotidiens. Notre intervention concerne surtout la partie châssis, intégration du moteur et l'aéro. Alpine Racing et Oreca sont les deux maîtres d'oeuvre du projet, ils s'appuient sur notre expérience, on sert de lien pour définir plus précisément le package technique. Et de notre côté on prépare aussi tout le programme d'essais et de développement 2023. C'est là qu'on amènera la valeur ajoutée, de manière très empirique sur la piste. »