Pierre-Edouard Bellemare : « Si j'ai eu des possibilités, c'est grâce à l'équipe de France »

Pierre-Edouard Bellemare est arrivé la saison dernière à Tampa Bay. Il joue en NHL depuis huit ans et est passé par Philadelphie, Las Vegas et Colorado. (G. Fischer/USA Today Sports/Presse Sports)

De passage à Paris, fin août, Pierre-Edouard Bellemare, le joueur français du Tampa Bay Lightning, est revenu sur la dernière saison nord-américaine, qui l'a vu disputer (et perdre) la finale de la Coupe Stanley. Il a également évoqué l'équipe de France, pour laquelle, à 37 ans, il entend toujours jouer.

« Deux mois, après l'avoir disputée, quels souvenirs gardez-vous de la finale NHL, face à Colorado ?
J'ai vraiment été accro aux play-offs. C'était un autre niveau que la saison régulière. Le corps, le cerveau, les performances qu'on arrive à créer, c'était incroyable. Ça a été une belle saison. Le seul point négatif, c'est qu'on ne l'a pas gagnée. Il y a beaucoup d'équipes qui avaient misé contre nous. Et la finale s'est jouée sur plein de choses, pas seulement les équipes et les joueurs. Il y a eu la chance, le timing - des joueurs qui se blessent avant, des transferts. Dans la Conférence Est (celle de Tampa Bay), il y a eu huit équipes à plus de 100 points. Ça a été plus que dans l'autre Conférence. La finale, c'est une des meilleures séries de play-offs que j'ai jouées. Et ça a été une des finales les plus serrées. Mais Colorado était plus frais que nous. C'est la meilleure équipe qui a gagné.

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Vous avez joué la finale en souffrant d'un genou. Est-ce que ça a été rageant ?
Non. On ne gagne pas sans avoir de blessure. Au Lightning, il y avait 13 joueurs blessés. Pour certains d'entre eux, c'était pire que pour moi. Colorado avait également des blessés. Pour une grande victoire, il y a toujours des sacrifices : le corps, le mental, la famille... En Suède, j'ai joué en étant blessé, à Rouen aussi. Mais ça ne me dérange pas. Je n'ai pas peur de prendre des coups.

Vous avez été opéré à ce genou, cet été. Comment s'est déroulée l'intervention ?
Avant que les play-offs ne commencent, j'avais plus ou moins prévu de la faire. Ça s'est plutôt bien passé. On a compris pourquoi j'avais des douleurs et comment je pourrai réussir à jouer la saison prochaine. Mais la rééducation est difficile. D'habitude, ça revient vite. Mais là, il y a un plan à suivre. Cela prend du temps et je suis un peu impatient.

« Une envie de répondre présent pour tout le monde »

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Vous aviez joué une première finale NHL en 2018 avec Las Vegas. Quelle différence y a-t-il eu avec la finale disputée cette année ?
Avec Las Vegas, jusqu'à la fin, on a eu beaucoup de chance. Par exemple, contre Winnipeg (en finale de Conférence), on ne méritait pas de se qualifier. Et nous n'étions pas humbles et matures pour comprendre pourquoi on n'aurait pas dû gagner. Puis en finale, on n'a pas pu rivaliser, car Washington avait trouvé le code (sic). À Tampa, on comprend ce qu'on fait de bien et ce qu'on fait de mal. On a réussi à pousser Colorado à jouer six matches en finale. Cela montre la maturité de notre équipe. Il y avait également une envie de répondre présent pour tout le monde, alors qu'à Las Vegas, on pensait seulement à faire le travail.

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Quel bilan tirez-vous de votre première saison à Tampa ?
C'est plutôt positif. J'ai mis du temps à m'en rendre compte, parce qu'il a fallu avaler la pilule de la défaite en finale. D'un point de vue sportif, j'ai été dans une zone de confiance. J'ai travaillé sur la troisième ou quatrième ligne. L'entraîneur a pu dire : « Je peux mettre (ces gars-là) sur la glace ». J'ai eu du temps de jeu. Quand tu es en quatrième ligne, tu n'as pas l'habitude de jouer. Maintenant j'aimerais être plus disponible en attaque pour l'équipe. Mais je dois m'améliorer pour permettre à des joueurs, qui entrent en jeu, d'être plus frais et de marquer plus de points. Sinon, en dehors du hockey, la vie a été beaucoup plus positive. À Tampa, il y a le soleil, il fait toujours chaud. Quand je vais à l'entraînement, je roule à côté de l'eau. Je vois la mer en permanence. Je peux voir mes enfants évoluer dans un tel cadre, aller à la plage lors des journées de repos, profiter de ma vie de famille.

Avez-vous fait votre meilleure saison NHL, cette année ?
C'est celle où j'ai pris le plus de plaisir, en tout cas. Avec la première saison passée à Colorado. Il y a eu le plaisir de jouer avec des gars qui remplissaient plus que leur rôle. À Tampa, le système était aussi plus facile. J'avais moins de responsabilité, car il y avait plus d'automatismes. Donc c'était davantage plaisant.

« Certains pensent plus à leur bien-être qu'aux matches »

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Cette saison, vous avez également retrouvé l'équipe de France, lors du TQO en décembre, après plusieurs années d'absence.
Ça a été génial de revoir tout le monde. L'équipe de France a toujours été une famille. L'effectif a changé, c'était intéressant de voir où on en était. Mais cela a également été une déception, parce que nous n'avons pas réussi à nous qualifier pour les Jeux Olympiques (de Pékin, en février). On a quand même fait douter la Lettonie, qui possédait des joueurs d'un niveau plus élevé que le nôtre. Donc ça reste intéressant. Puis j'ai vu l'équipe se maintenir au Championnat du monde (auquel il n'a pas participé, étant retenu en NHL). Mais j'ai eu un retour négatif sur des comportements.

C'est-à-dire ?
À une époque, l'équipe de France passait beaucoup de temps dans le groupe B, à galérer. Donc, le groupe A, une fois retrouvé, ça se respectait. Aujourd'hui, la mentalité des plus jeunes, c'est de se dire que c'est normal d'être dans l'élite. Certains pensent plus à leur bien-être perso entre les matches qu'aux matches eux-mêmes. Et, aujourd'hui, les cadres ne venant plus tous les ans en équipe de France, c'est compliqué d'expliquer ce problème aux jeunes.

La saison prochaine, ce sera votre dernière année de contrat avec Tampa Bay. Vous êtes-vous déjà projeté au-delà ?
Non. Le succès de ma carrière est d'avoir vécu au jour le jour. Il y a peu de gens qui passent la quarantaine en hockey. Si je peux jouer encore quelques années, je vais essayer. Tant que mon corps le peut, que j'ai l'amour de ma discipline et la volonté d'être meilleur pour mon équipe. Et c'est pareil pour l'équipe de France. L'un ne va pas sans l'autre. Il y en a un, c'est le travail. L'autre, c'est la famille. Si j'ai eu des possibilités dans ma carrière, c'est grâce à l'équipe de France. »

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