Pierre Fillon, président de l'Automobile club de l'Ouest : « On pourrait avoir entre 10 et 15 Hypercar au départ en 2023 »

Pierre Fillon prépare avec l'ACO de nombreux événements pour célébrer l'édition du centenaire. (Joao Filipe/Dppi via afp)

Pierre Fillon, le président de l'ACO (Automobile club de l'Ouest), se réjouit de l'arrivée de nombreux constructeurs dans la catégorie reine de l'endurance, l'Hypercar, en 2023, pour l'édition du centenaire des 24 Heures du Mans.

« En Hypercar, c'est encore une année de transition avant 2023. Est-ce que vous regrettez, notamment, que Peugeot n'ait pas "osé" venir ?
Nous aurions aimé que Peugeot soit là, évidemment, mais je comprends tout à fait qu'ils aient préféré ne pas hâter leur homologation, car ensuite les voitures sont figées jusqu'en 2025. Nous aurons tout de même une belle course, car rien n'est jamais gagné au Mans. Il peut se passer tellement de choses. On va voir, je l'espère, un très beau duel entre Alpine, Glickenhaus et Toyota, qui a montré qu'il était faillible. En LMP2, le plateau est magnifique (27 équipages) avec des écuries de très haut niveau, dont certaines travaillent pour rejoindre la catégorie supérieure. C'est la dernière année des GTE Pro, donc Porsche, Corvette et Ferrari auront à coeur de gagner. En GTE Am, le plateau est également très riche, avec Aston Martin qui nous a rejoints.

lire aussi

24 Heures du Mans : comment regarder la course en direct ?

Que savez-vous du futur plateau de 2023 ?
Impossible de dire avec certitude qui sera là ou pas car le comité de sélection doit tout d'abord se prononcer (sourire). Si on se réfère aux intentions publiques affichées par les constructeurs, on sait qu'on aura Peugeot, Porsche, Ferrari et Cadillac, voire peut-être d'autres. Cela pourrait faire entre 10 et 15 voitures sur la grille. On aura sans doute un peu moins de LMP2, mais toutes les catégories sont importantes au Mans, donc on va les préserver. L'idée n'est pas de faire toute la place aux Hypercar au détriment des autres.

Pierre Fillon

« La BoP a été mise en place pour éviter l'escalade des coûts et donner à tout le monde les mêmes chances de gagner »

Est-ce que vous craignez que certains constructeurs viennent pour le défi et quittent le Championnat assez vite si les résultats ne suivent pas ?
On le sait, les constructeurs, ils vont, ils viennent. Ils ont des programmes sportifs sur un certain nombre d'années, qui peuvent être raccourcis pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le sport automobile. Ce sont toujours des cycles. Ce règlement a été rédigé pour cinq ans jusqu'en 2025. On sait qu'il y aura aussi des voitures clientes donc on peut s'attendre à de belles années devant nous. Je pense que ce règlement est attractif, il a permis une réduction des coûts très importante. Et on a une BoP (Balance of Performance), qui a été mise en place justement pour éviter l'escalade des coûts et qui donne à tout le monde les mêmes chances de gagner.

Cette BoP peut aussi faire naître désaccord, rancoeur, polémiques. Vous vous y êtes préparés ?
En Hypercar, les voitures sont assez similaires, même s'il y aura deux catégories, les LMH (Le Mans Hypercar) et les LMdH (Le Mans Daytona Hypercar) : elles ont le même poids, la même puissance et les mêmes contraintes aérodynamiques. Donc ça va être beaucoup plus facile à équilibrer que les GT. Nous avons des outils sur ses voitures, comme le couplemètre, qui permet de mesurer la puissance réelle à la roue. Nous aurons de quoi gérer cette BoP.

lire aussi

Les 24 Heures du Mans en chiffres

Comment appréhendez-vous cette édition du centenaire ?
Avec beaucoup d'émotions et de fierté. Nous travaillons beaucoup sur cet événement et avons oeuvré avec la FIA et l'IMSA. Et si les constructeurs reviennent, c'est grâce à ce travail. Avoir pour le centenaire au moins six constructeurs, c'est une grande satisfaction, et ça montre la bonne santé de l'endurance et des 24 Heures du Mans.

Qu'est-ce que l'ACO réserve au public pour l'édition du centenaire ?
Tout commencera à Pebble Beach cette année au mois d'août (un concours d'élégance organisé en Californie) avec la présentation officielle du trophée, qui sera unique pour la course du centenaire. Le dessin sera très différent. Dans le cadre du concours, il y aura un plateau spécial Le Mans. Ensuite, on ira au Festival de Goodwood, puis au concours d'élégance de Chantilly. Notre trophée sera présenté lors de toutes les courses du WEC jusqu'au Mans l'an prochain, un peu comme la flamme olympique. Un événement sera organisé lors du salon Rétromobile de l'an prochain et aussi à Paris, au mois de mai, afin de toucher un public qui n'est pas forcément friand de course automobile. Le film du centenaire y sera diffusé à ce moment-là. Pour les 24 Heures, nous essayons de réunir toutes les voitures qui se sont imposées lors de la course. C'est un pari compliqué, mais on espère avoir au moins les deux tiers des voitures.

La F1 marche très bien en ce moment. Existe-t-il une concurrence avec l'endurance ?
Quand la F1 se porte bien, le sport automobile se porte bien. Je ne pense pas qu'il existe une concurrence entre nous. La F1 a produit une très belle série (Drive to Survive, sur Netflix), ça a été très positif pour eux. Nous travaillons sur un projet similaire et je pense qu'il y a de la place les différentes catégories.

Pierre Fillon

« Jim Glickenhaus représente l'esprit du Mans, c'est David contre Goliath »

Néanmoins, cette semaine vous vous retrouvez avec un doublon malheureux (le GP d'Azerbaïdjan a lieu dimanche)...
Il n'y a que 52 semaines dans une année, et si vous enlevez toutes celles de l'hiver... Il y a de plus en plus de Grands Prix, il y a la Formule E, donc c'est très compliqué. On travaille pour protéger la date du centenaire l'an prochain.

Quel est votre avis sur Jim Glickenhaus, qui est un peu un ovni dans le paddock ?
J'adore, il représente l'esprit du Mans. C'est David contre Goliath. Quand vous le voyez venir défier Toyota, un géant de l'automobile, c'est génial. L'histoire de cette course est remplie de gens comme lui, et on a besoin de projets de ce genre pour faire perdurer Le Mans. En plus, il a une personnalité particulière, il est très suivi sur les réseaux sociaux. C'est bien pour nous.

Peugeot qui arrive pour défier Porsche, Ferrari et Toyota, c'est David contre Goliath aussi ?
Stellantis est un grand groupe. Peugeot a démontré dans le passé qu'ils savaient faire des voitures et quand ils viennent ici, c'est pour gagner. Ils auront les armes pour se battre.

L'audce de la 9X8, vous en pensez quoi ?
C'est la force du règlement Hypercar. On a donné une fenêtre de performances à atteindre et on a laissé les constructeurs libres de comment y parvenir. Cela a permis aux designers de pouvoir créer librement. Les voitures sont très différentes, contrairement aux LMP1, et Peugeot a réussi un très bel exercice de style, osé. Ils ont bien interprété le règlement. Et la 9X8 est un très bel exemple de ce qu'on attendait en Hypercar. »

lire aussi

Toute l'actu des 24 Heures du Mans

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles