Pilotes d'essais et wild-cards dans le flou pour 2020

Léna Buffa
motorsport.com

Avec la sortie de la phase de confinement la plus stricte d'un pays à l'autre, les usines MotoGP vont progressivement reprendre leur activité normale, et ainsi poursuivre le travail qui leur sera permis, dans les limites des nouvelles règles qui gèlent le développement des moteurs et des packs aéro pour de longs mois. Dans le cas de Suzuki, dont le quartier général est situé au Japon, dans une zone épargnée par les plus fortes restrictions, les ateliers n'ont pas fermé durant les deux derniers mois, mais un ralentissement des opérations avait tout de même été mis en place.

Avec le retour à une activité plus classique, il sera possible de continuer à travailler sur les pièces dont l'évolution est libre et éventuellement de commencer doucement à préparer le second pack aéro qu'il sera permis d'introduire pendant la saison 2021. Le moteur, quant à lui, restera identique pour le constructeur d'Hamamatsu pendant cette saison et la suivante, seules les deux marques bénéficiant des concessions (KTM et Aprilia) étant autorisées à faire évoluer leur bloc lorsque débutera la saison 2021.

Pour les plus gros travaux, Suzuki et les trois autres constructeurs de pointe doivent donc changer leurs plans à moyen terme et s'orienter vers 2022. Cela ne signifie pas toutefois que le travail est totalement à l'arrêt. "Nous commençons déjà un peu à travailler au ralenti, petit à petit, en pensant à 2022", explique Davide Brivio. "Ceci dit, il est difficile de travailler pour le moment, car nous n'avons pas encore eu d'informations quant à ce qui ne fonctionne pas sur notre moto et sur quoi travailler. Mais c'est la même chose pour tout le monde et il faut l'accepter pour cette année."

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En l'état actuel des choses, le MotoGP envisage de débuter sa saison au mois de juillet, avec un premier Grand Prix qui serait précédé durant la même semaine par une journée de test à Jerez afin que les pilotes se remettent en jambe et que certaines pièces libres soient évaluées, à l'image du holeshot device pour Suzuki. L'entrée dans la compétition se fera dans la foulée, avec du matériel qui a été scellé sans avoir encore pu montrer son potentiel dans un contexte de course. "Disons qu'il est encore plus important de bien gérer le package dont on dispose, d'essayer de bien utiliser tout ce que l'on a actuellement, de bien mettre au point la moto, de bien faire travailler les pneus, car il ne sera pas possible d'apporter des améliorations. Le gros problème sera d'éventuellement découvrir un problème au bout de trois, quatre ou cinq courses, sans pouvoir y remédier", prévient le directeur de l'équipe Suzuki.

Pas d'essais privés en vue

Ce qui limite également la préparation des équipes, c'est le manque d'essais privés : toutes les séances programmées ont en effet été annulées depuis plus de deux mois, sans qu'il soit possible pour le moment de planifier une reprise. "En ce moment, le test team est à l'arrêt, car nous ne faisons d'essais nulle part. Nous avions prévu un test à Jerez, en mars, que nous avons bien sûr annulé. Nous avions aussi un test de prévu début juillet et nous devons l'annuler car la date est désormais trop proche de la course et le règlement dispose que l'on ne peut pas faire d'essais 14 jours avant un Grand Prix. Et même au Japon, il ne se passe rien. Pour le moment, le test team est donc à l'arrêt", explique Davide Brivio.

Autre problème, Suzuki fait partie des constructeurs habitués à inscrire son pilote d'essais (Sylvain Guintoli) pour trois wild-cards par an, autant d'opportunités d'éprouver dans le cadre de la compétition d'importantes évolutions nécessitant un test grandeur nature. Cette année, les plans en ce sens restent très flous, notamment du fait des restrictions qui s'appliqueront lorsque la reprise pourra s'effectuer, celle-ci étant rendue possible par le respect d'un protocole sanitaire strict.

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"Des discussions sont en cours concernant les wild-cards, pour savoir s'il est nécessaire d'en avoir cette année ou pas. Compte tenu de l'intention de réduire le nombre de personnes dans le paddock, cela aurait du sens de ne pas avoir de wild-cards, car cela augmente le nombre de personnes", souligne Davide Brivio. Dans le cas de Suzuki, chaque wild-card implique la présence de dix personnes supplémentaires, un luxe qui parait en effet pour le moment incompatible avec les strictes limitations qui n'autoriseront pas plus de 40 personnes pour une équipe factory en MotoGP.

"Avec Sylvain, nous voulions faire une wild-card au Grand Prix du Japon, mais il faut voir car nous ne savons pas si nous aurons une course à Motegi", précise par ailleurs le directeur de l'équipe. Et Suzuki n'était pas la seule équipe à avoir de tels plans, la wild-card la plus attendue n'étant autre que celle de , qui avait annoncé sa participation au Grand Prix de Catalogne, reporté depuis à une date inconnue.

"La Dorna en discute et ils prendront bientôt une décision à ce sujet", ajoute Davide Brivio. "Ce que nous espérons c'est que si la saison MotoGP reprend en juillet, l'activité du test team pourra elle aussi reprendre. Tout est prêt à repartir, mais nous ne faisons rien pour le moment."

Propos recueillis par Matteo Nugnes

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