La piscine, reflet de la ségrégation raciale aux États-Unis

À Philadelphie, une exposition sur l'histoire sociale de la piscine braque une lumière crue sur les inégalités raciales d'hier et d'aujourd'hui aux États-Unis.

Les enfants et adolescents afro-américains ont six fois plus de risques de se noyer que leurs homologues caucasiens. Ces données, rapportées par les Centers for Disease Control and Prevention, principales agences de protection de la santé publique aux États-Unis, soulignent les inégalités face à l'apprentissage de la natation dans le pays. Et irriguent l'exposition permanente POOL : une histoire sociale de la ségrégation, hébergée au Fairmount Water Works de Philadelphie. Jeff Wiltse, professeur d'histoire à l'université du Montana, y évoque le rôle social des piscines publiques américaines, leur difficulté d'accès pour les Afro-Américains et les conséquences de cette discrimination sur la société américaine d'aujourd'hui.

Reprenons. Pendant la ségrégation (entre 1877 et 1964), de nombreux États américains imposent une séparation sur des critères raciaux dans les activités du quotidien, la vie professionnelle et l'exercice des droits civiques. Les lieux publics sont concernés, des trains aux écoles en passant par les piscines. Ces dernières cristallisent les tensions puisqu'elles sont « des lieux visuellement et socialement intimes », explique Jeff Wiltse dans le catalogue de l'exposition.

Deux cas de figure se présentent. Soit il n'y a pas de piscines pour les communautés afro-américaines, soit les bassins sont de taille ridicule. Dans les années 1960, le gouvernement construit en effet des piscines destinées aux personnes noires. Mais, loin des immenses et cossues étendues d'eau offertes aux Blancs, ces « mini-pools » ne peuvent « en aucun cas encourager la pratique de la natation », dénonce l'universitaire. Six mètres par douze pour moins d'un mètre de profondeur, le tout encerclé par des grillages et sans cabine pour se changer... Les enfants les surnomment alors « les urinoirs géants ».

Comme l'explique l'exposition, la fin de la ségrégation n'a pas sonné la fin des inégalités, loin de là. De nombreux bassins ont fermé, laissés à l'abandon ou désertés par les populations blanches. Il est alors devenu quasiment impossible d'apprendre à nager ou de susciter des vocations liées à la natation pour toute une frange de citoyens américains. Aujourd'hui, « près de 69 % des enfants afro-américains ne savent pas ou peu nager, contre 42 % pour les enfants de type caucasiens », se désole USA Swimming, la fédération américaine de natation. Avec l'aide de nageurs afro-américains, de coaches et d'universitaires, l'exposition POOL entend faire bouger les lignes.

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