Un « plan national » interministériel pour développer l'esport

Les ministres Jean-Noël Barrot et Amélie Oudéa-Castéra, à Paris, lundi. (Ministère des Sports)

De nombreux acteurs majeurs de l'esport français étaient réunis ce lundi, à Paris, autour de plusieurs ministres dont Amélie Oudéa-Castéra (ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques), afin de présenter une stratégie nationale pour le développement et la structuration de la pratique.

« Un point d'accélération ». Voilà comment Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, a décrit la réunion, ce lundi matin à Paris, de nombreux acteurs de l'esport mais aussi du sport français (CNOSF, CIO) et de plusieurs représentants politiques de différents horizons, dont trois ministères. Une matinée d'échanges pour résumer et présenter le plan national pour le développement et la structuration de la discipline, dans le cadre de la « stratégie esport 2020-2025 » initiée il y a près de trois ans, mais assez figée depuis.

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Ces dernières semaines, plusieurs groupes d'échanges ont été organisés avec des représentants du milieu autour d'un certain nombre d'objectifs (structurer l'écosystème, l'accompagnement des pratiques amateurs, lever les freins au développement de la pratique, l'accueil des grands événements, l'Olympic Esports Week) pour définir les contours d'une feuille de route. Parfois un peu précipités selon certains participants, ils symbolisent toutefois la volonté d'action du gouvernement dans la foulée des annonces d'Emmanuel Macron en juin dernier lors de la réception pour l'esport à l'Élysée. À la suite des derniers échanges lundi, le plan présenté s'articulera autour de quatre points clés.

La question des visas bientôt réglée ?D'abord, la création à moyen terme d'une structure nationale, dont la forme juridique doit être définie, qui pilotera cette stratégie nationale (développement, encadrement, formation...) en intégrant tous les acteurs du milieu. Si l'association France Esports a endossé un rôle comparable depuis sa mise en place en 2016, elle s'est souvent heurtée à des freins multiples : la difficulté à fédérer, à naviguer avec des moyens restreints, à faire valoir une légitimité... Très investie dans les échanges, elle devrait avoir une place dans cette nouvelle structure qui se veut plus globale.

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Favoriser le développement de la pratique dans les territoires, notamment au niveau amateur pour éduquer à une pratique responsable de la discipline, sera un autre focus. Tout comme le renforcement de l'attractivité et du dynamisme de la France dans le secteur, ce qui inclut l'accueil de grands événements comme le prochain Major de Counter-Strike en mai prochain. La publication « d'une instruction interministérielle permettant le recours au passeport talent pour les esportifs de haut niveau » a d'ailleurs été annoncée. De quoi faciliter l'obtention de visas pour certains joueurs étrangers, une avancée concrète attendue depuis des années par les clubs professionnels français dont la Karmine Corp, Vitality ou LDLC OL, tous représentés lundi.

Enfin la France veut accueillir et participer à la réussite de l'Olympic Esports Week, rendez-vous organisé par le Comité International Olympique dont la première édition se tiendra à Singapour en juin 2023. L'événement regroupera compétitions de « sports virtuels » (cyclisme, voile, sports mécaniques...) et exhibition de jeux qui trouvent, au-delà des pratiquants, un public de spectateurs plus important au sein du sport électronique - Rocket League ou Super Smash Bros Ultimate ont été évoqués.

En 2024, après les Jeux Olympiques et Paralympiques à Paris, il devrait donc se tenir dans la capitale en fin d'année et marquer une évolution post-2023 avec une plus grande place offerte à l'esport « populaire ». Matthieu Péché, manager de l'équipe Vitality sur Counter-Strike, et médaillé de bronze à Rio en 2016 en canoë C2, sera impliqué dans la coordination du projet.

Une suite très attendueL'accompagnement des talents vers le professionnalisme, la sensibilisation aux bonnes pratiques pour éviter les dérives (manque de pratique sportive, déscolarisation), l'acceptation de l'esport comme vocation, sa considération, la création d'un contrat de joueur pro, la facilitation du processus d'obtention d'un visa... Ces thèmes reviennent comme des boomerangs à intervalles réguliers ces dernières années dans les discussions entre les acteurs du milieu et les représentants successifs des différents pouvoirs publics en place. Pourtant, les choses bougent lentement.

Alors qu'est-ce qui va changer cette fois ? Le dossier semble être pris au sérieux par les différents ministères concernés - Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de la Transition numérique et des Télécommunications, étaient présents lundi, Rima Abdul Malak, ministre de la Culture, est, elle aussi, engagée dans les échanges -, et leur coordination offre plus du poids à ce pas vers l'avant. L'impulsion semble nouvelle également et ainsi plus stimulante pour certains. Une enveloppe budgétaire sera également, pour la première fois, dédiée au secteur.

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Reste que l'implication des éditeurs de jeux, malgré la présence du SELL (Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs), essentielle, paraît encore distante. On regrettera aussi l'absence quasi-totale de joueurs. Mais la France semble prendre la mesure du travail à abattre dans le domaine pour porter le changement, jusqu'au niveau européen. Ce rendez-vous de lundi, assurément positif, est donc un point d'accélération. La suite est attendue.