Politisation du sport : Emmanuel Macron régulièrement pris en flagrant délit

Gianni Infantino, Vladimir Poutine, Emmanuel Macron et Kolinda Grabar-Kitarovic lors de la finale de la Coupe du monde 2018. (P. Lahalle/L'Équipe)

La petite phrase d'Emmanuel Macron demandant à ne pas politiser le sport, alors que la Coupe du monde au Qatar débute dimanche sous le feu des critiques, a créé un bad buzz tant les contre-exemples sont nombreux.

« Il ne faut pas politiser le sport, ces questions-là il faut se les poser quand on attribue les événements. Que la question soit climatique ou sur les droits de l'homme, il ne faut pas se les poser au moment où l'événement est là », a expliqué le chef de l'État en visite à Bangkok (Thaïlande), jeudi.

Des propos repris par tous les médias et extrêmement commentés sur les réseaux sociaux. Non pas sur la logique de s'interroger dès le départ sur la pertinence d'attribuer ou non une Coupe du monde au Qatar ou bien des Jeux Olympiques et Paralympiques à la Chine. Mais sur l'injonction de ne pas politiser le sport alors que les liens entre le sport et la politique sont multiples et que le chef de l'État, grand fan de l'OM, s'en sert régulièrement comme outil politique ou diplomatique.

Supporter des BleusMalgré la polémique, le président de la République, opposé au boycott des événements sportifs, a annoncé qu'il se rendrait au Qatar si les Bleus atteignaient les demi-finales de la compétition. Quatre ans plus tôt, sa présence à Moscou, pour la finale de la précédente Coupe du monde, n'avait pas été critiquée, même si le régime russe ne brillait déjà pas à l'époque pour ses vertus démocratiques. On se souvient ainsi de sa photo dans la tribune officielle du stade Loujniki, debout, le poing levé lors de l'ouverture du score pour les Bleus face à la Croatie (4-2).

Emmanuel Macron était entouré du président de la FIFA Gianni Infantino, du président russe Vladimir Poutine et de la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic qu'il a retrouvée sur la pelouse à la fin de la rencontre.

Proche de Kylian MbappéPremier supporter des Bleus, quoi de plus légitime finalement pour le président de la République. Mais Emmanuel Macron a largement dépassé ce cadre quand, au printemps dernier, il est intervenu pour conseiller à Kylian Mbappé de prolonger son bail au PSG. « Je ne veux pas que tu partes maintenant, tu es tellement important pour le pays. Tout le monde va être content si tu restes, tout le monde t'aime ici et tu as le temps avant de partir », avait expliqué Macron à l'attaquant avec qui il échange régulièrement. Un avis qui avait forcément compté dans la décision de l'international. « Je vous rassure, je n'interviens dans aucun transfert ! Je suis comme chaque citoyen quand il s'agit de sport, avec une volonté de voir du beau jeu et de soutenir une équipe, en l'espèce l'Olympique de Marseille », avait précisé le chef de l'Etat dans un entretien avec la presse régionale dans lequel il reconnaissait avoir passé ce coup de fil.

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Le président de la République entretient sa proximité avec Mbappé (et vice-versa?) au point de l'avoir appelé en direct pour impressionner les youtubeurs Mcfly et Carlito dans une vidéo devenue virale et savamment mise en scène.

Diplomate du sportAu-delà du cadre national, le sport est également un enjeu diplomatique pour le président de la République qui n'a cessé de le démontrer depuis sa venue au Burkina Faso en novembre 2017. Dans son discours de Ouagadougou devant les jeunes du pays, il avait ainsi rappelé que le sport était un « puissant vecteur de développement et de croissance des économies africaines » ; mieux, « un ciment » de l'aventure entre l'Europe et l'Afrique.

L'année suivante, Emmanuel Macron s'était rendu au Nigeria pour lancer un programme de promotion du basket, deuxième sport le plus pratiqué sur le continent africain, avec la NBA et l'Agence française de développement (AFD), bras armé de l'aide au développement. En octobre dernier, le sport et les sportifs avaient bénéficié d'une grande exposition au sommet Afrique-France à Montpellier.

À fond derrière Paris 2024L'engagement du président en faveur des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ne s'est jamais démenti depuis qu'il a reçu les membres de la commission d'évaluation du CIO au surlendemain de son installation à l'Élysée en mai 2017, alors que la France était en campagne. Il avait pesé de tout son poids pour la candidature en venant la défendre à Lausanne le 13 juillet 2017 lors de la présentation devant les membres du CIO.

Le 26 juillet dernier, à l'issue du cinquième comité olympique et paralympique, Emmanuel Macron a reçu à l'Élysée Thomas Bach, président du CIO. Il fait régulièrement le point avec Tony Estanguet, patron de Paris 2024, sur tous les dossiers, dont celui de la cérémonie d'ouverture sur la Seine qui n'aurait pu se faire sans son feu vert et dont il a confié la sécurité au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

En campagnes sportivesLors de ses campagnes présidentielles, le chef de l'État a beaucoup fréquenté les terrains de sport et travaillé ses nombreux relais. Au lendemain de son débat avec Marine Le Pen, le 20 avril dernier, il a écrit au mouvement sportif pour rappeler les réformes engagées lors de son premier quinquennat et détailler sa feuille de route, confiée à Amélie Oudéa-Castéra, madame sport de la campagne devenue depuis ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques. Le président rappelait sa volonté d'« amplifier les efforts engagés et faire du sport un pilier pour le bien-être de notre jeunesse ». En campagne pour les législatives en juin dernier, il avait ainsi inauguré un dojo solidaire à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qui fait partie de son plan des 5 000 équipements sportifs de proximité, en compagnie de Teddy Riner et de nombreux sportifs.