Pourquoi l'équipe de France va être encore plus forte sans Omeyer et Narcisse

HANDBALL – L’Euro en Croatie, qui débute vendredi 12 janvier, sera la première grande compétition disputée par l’équipe de France sans Thierry Omeyer, ni Daniel Narcisse depuis 1999. Si la retraite de ces deux monuments laisse un grand vide, voici trois raisons de penser que cela ne va pas affaiblir les Bleus pour autant.

Avec Kentin Mahé et Nikola Karabatic, les Bleus font toujours peur

A eux deux, ils pèsent près de 700 sélections en équipe de France (669 exactement) et incarnent surtout l’incroyable ère de succès que traverse le handball français depuis le début des années 2000. Le 7 mai 2017, le gardien Thierry Omeyer (41 ans) et l’arrière gauche ou demi-centre Daniel Narcisse (38 ans) ont mis un terme à leur carrière internationale ensemble, sur une dernière victoire contre la Norvège (28-24, 8 buts de Narcisse, 20 arrêts d’Omeyer) décisive dans la qualification pour l’Euro 2018 en Croatie.

L’équipe de France (qui dispute son premier match ce vendredi à Poreč, à nouveau face à la Norvège) s’apprête donc à disputer sa première grande compétition sans Omeyer, ni Narcisse au XXIe siècle. Depuis le premier grand tournoi des deux compères (l’Euro 2000 en Croatie), les Bleus, qui ne comptaient qu’un titre majeur à l’époque (Mondial 1995), en ont amassé 10 de plus (2 tournois Olympiques, 5 Mondiaux, 3 Euros).


S’ils ne les ont bien sûr pas gagnés tout seuls, “Titi” et “Air France” ont joué un rôle déterminant dans la conquête de ces trophées, participant activement à toutes les campagnes ou presque (Narcisse a seulement manqué le Mondial 2011), à tel point qu’on pourrait s’inquiéter de voir la France perdre son rang de superpuissance du handball mondial après la retraite bien méritée de ces deux monstres sacrés. Et on aurait bien tort…

Parce qu’il y a toujours deux gardiens extraordinaires en équipe de France

Il suffit de prononcer devant un Croate les mots “Thierry Omeyer” pour mesurer à quel point le portier alsacien a marqué de son empreinte le handball des 15 dernières années. Cauchemar absolu de la toujours redoutable sélection au damier et de ses supporters, comme de tant d’autres nations majeures de la planète handball, “Titi” a été le socle sur lequel ont reposé quasiment tous les triomphes des Bleus depuis 2001. Quasiment, car pour ce qui est du dernier en date (le Mondial 2017 en France), ce sont davantage les arrêts incroyables de Vincent Gérard, remplaçant attitré d’Omeyer depuis 2013, qui ont propulsé les Bleus vers la victoire (il a d’ailleurs été élu meilleur gardien du Mondial).


Dans l’ombre d’Omeyer chez les Bleus, le gardien de Montpellier est depuis des années une référence à son poste dans le championnat de France. Il a su attendre son heure et apparaît désormais comme un numéro 1 plus que crédible. Et en cas de baisse de régime, un autre portier d’élite est prêt à prendre le poste : Cyril Dumoulin, monstrueux depuis son arrivée à Nantes en 2016, notamment en Ligue des champions.

Parce qu’il y a toujours autant d’options sur la base arrière

Le départ de Narcisse pose logiquement plus de problèmes tactiques au sélectionneur Didier Dinart que celui d’Omeyer. D’autant plus que le Réunionnais pouvait jouer à deux postes (voire trois, puisqu’il lui est arrivé de dépanner en arrière droit) et qu’il était d’une importance cruciale dans les rotations offensives et défensives dans les fins de matchs au couteau. Si son temps de jeu s’est réduit avec les années, Narcisse est resté une pièce essentielle du dispositif bleu, particulièrement en attaque. Chercher à le remplacer à tout prix serait assurément une stratégie hasardeuse, et le staff des Bleus, confronté en plus à une cascade de blessures au poste d’arrière gauche (Nyokas, Accambray, Grébille), ne s’y est pas risqué.

L’excellent Nicolas Claire, un nouvel atout pour les Bleus

A la place, Dinart et ses adjoints ont choisi de miser sur une palette plus variée, avec l’ajout d’un meneur de jeu pur, Nicolas Claire, un profil qui n’existait pas vraiment chez les Bleus dans le groupe de 2017. Si le Nantais va disputer à 30 ans sa première grande compétition, il a participé à la plupart des stages de préparation ces dernières années en tant que membre du groupe élargi et ne part donc pas du tout dans l’inconnu.

Son apport au poste de demi-centre devrait en plus permettre à Nikola Karabatic de se décaler plus souvent au poste d’arrière gauche, où ses qualités de buteur font merveille. D’une manière générale, la polyvalence de plusieurs joueurs majeurs (Karabatic donc, mais aussi Kentin Mahé ou Valentin Porte) permet à Dinart de conserver un impressionnant éventail d’options différentes sur la base arrière. Avec la retraite de Narcisse, les Bleus perdent en expérience, mais pas en potentiel de nuisance pour l’adversaire.

Parce que la relève arrive à maturité

Dans son histoire récente, l’équipe de France a toujours su se remettre du départ de joueurs emblématiques. Les retraites internationales d’Olivier Giraut et Joël Abati en 2008-2009, puis celles de Didier Dinart et des frères Gille en 2012-2013, n’ont pas empêché les Bleus de continuer à gagner. Notamment parce que la transition et la transmission ont toujours été dans l’ADN de cette équipe, ce qui devrait encore se vérifier avec le départ du duo Narcisse-Omeyer.

Valentin Porte a tout pour devenir un taulier des Bleus

Ainsi, après avoir progressivement changé de dimension au sein du groupe bleu au fil des années, des joueurs comme Kentin Mahé (26 ans) ou Valentin Porte (27 ans) sont désormais attendus au relais des Karabatic, Sorhaindo, Guigou ou Abalo, dans un rôle de leader qu’ils assument parfaitement en club, dans les deux championnats les plus relevés d’Europe (Allemagne et France).

Décisif dans le sacre des Bleus en janvier dernier, Kentin Mahé, fils de Pascal (champion du monde en 1995) ne cesse de progresser à Flensburg, sous les ordres du génial Ljubomir Vranjes (qu’il suivra l’été prochain à Veszprem). Son sang froid, sa maîtrise et son intelligence sont autant de qualités qui l’inscrivent naturellement dans la lignée des tauliers de l’équipe de France. De son côté, l’explosif Valentin Porte est tout simplement dans la forme de sa vie avec son club de Montpellier, au point d’avoir été élu deux fois de suite joueur du mois de la Lidl Starligue en novembre et en décembre. L’énorme début de saison du gaucher est d’ailleurs pour beaucoup dans la réussite actuelle du club héraultais, leader invaincu du championnat à mi-saison, tout comme les performances d’un certain Vincent Gérard dans le but.

Si l’on ajoute à tout cela le potentiel ahurissant de la jeune garde, incarnée par Nedim Remili (22 ans, élu meilleur arrière droit du Mondial 2017) et Dika Mem (20 ans, meilleur buteur du grand FC Barcelone cette saison en Ligue des champions), on se dit que les Bleus ne manquent pas d’arguments pour viser en Croatie un 4e sacre européen. Et dire que dans tout cela, on a à peine mentionné l’atout numéro 1 des Tricolores, le meilleur joueur du monde, l’inoxydable Nikola Karabatic…

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