La première session à Belharra, il y a 20 ans, racontée par Peyo Lizarazu et Greg Rabejac

La première session à Belharra immortalisée depuis un hélicoptère. (Greg Rabejac)

Il y a 20 ans tout juste, le vendredi 22 novembre 2002, six surfeurs ont défié pour la première fois la vague de Belharra, au large de Saint-Jean-de-Luz. Récit de cette session aussi intime qu'historique racontée par le surfeur Peyo Lizarazu et le photographe Greg Rabejac.

Ce mardi soir, une poignée de surfeurs intrépides et quelque peu avant-gardistes vont s'attabler dans un bon restaurant du Pays basque afin de célébrer les 20 ans de la première session à Belharra. Au large du port d'Hendaye et de Saint-Jean-de-Luz, à plus de 2 km du rivage, le fameux spot. Le 22 novembre 2002, six gladiateurs basques ont ouvert le bal d'une aventure spectaculaire sur une vague hors norme qui était jusque-là inconnue.

Au départ, personne n'y croyaitSi cette zone de déferlement était identifiée sur les cartes marines et connue par les pêcheurs du coin, la vague a, elle, était découverte par un certain Peyo Lizarazu, waterman invétéré. « J'habitais en face et j'ai ouvert la porte, assure le frère cadet du champion du monde de foot. Dans ma jeunesse, je voyais cette vague au large. Je me disais : "Mais c'est quoi ça ?" Ce n'est qu'à la fin des années 90, quand j'ai commencé à faire du tracté avec Max Larretche et que je me suis retrouvé à habiter dans la maison de mon frère Bixente, qui faisait face à Belharra, que j'ai compris qu'il y avait là quelque chose de spécial. »

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Au départ, toutefois, on ne l'a pas pris au sérieux. Et pour une raison simple : Hendaye et Saint-Jean-de-Luz sont connues pour être là où les vagues sont les plus petites au Pays basque. « J'ai quand même fini par les convaincre. En février 2002, j'ai vu un matin que ça allait casser. Mais je devais partir en déplacement. Max et Fred (Basse) sont venus, eux, et ils ont vu la vague par la route de la Corniche. Ils ont halluciné. » Neuf mois plus tard, le 22 novembre 2002, la première session a enfin eu lieu.

Si cet instant magique a pu être immortalisé, c'est grâce à quatre personnes dans les airs : le photographe Greg Rabejac, sa femme, le vidéaste Nicolas Dazet et le pilote... de l'hélicoptère. « Avant Belharra, j'ai travaillé avec des surfeurs de gros en France, en Espagne, au Portugal, en Irlande et en Écosse, raconte Rabejac. Je savais que ce type de vagues étaient assez complexes à shooter. Belharra étant éloignée du bord et voyant les travaux de Sylvain Cazenave à Jaws avec Laird Hamilton, j'avais décidé de miser sur un hélicoptère. Cela représentait un investissement assez considérable à l'époque mais j'étais convaincu qu'il s'agissait de l'option la plus intéressante. J'ai proposé à "Daz", qui était alors vidéaste, de m'accompagner. Il a ensuite fallu trouver l'hélico et le pilote, et lui expliquer ce que nous voulions. J'ai également "embauché" ma femme pour être mon assistante, elle avait pour mission de me changer les bobines. »

À l'eau, six surfeurs répartis en trois équipages : Max Larretche - Peyo Lizarazu, Michel Larronde - Vincent Lartizien et le duo Yann Benetrix - Fred Basse. Compte tenu de son statut de découvreur du spot, Peyo Lizarazu avait la priorité pour prendre cette historique première vague. Mais un petit problème mécanique sur son jet-ski a retardé son premier drop. « Notre mécanicien est venu en express et nous sommes repartis au large 40 minutes plus tard, nous a confié Lizarazu. Pendant ce temps, Michel et Vincent avaient déjà pris des vagues. » La première a été prise par Vincent Lartizien. « On est restés deux heures au large. Nous étions très méthodiques, nous prenions des vagues chacun notre tour. Et nous faisions très attention au niveau de la sécurité, on avait du petit matériel. »

Pendant deux heures, les six riders sont comme dans une time capsule, hors du temps. « On était sur une autre planète, assure Peyo Lizarazu. Ce n'était pas un énorme Belharra mais cette vague, quand elle casse, c'est toujours très gros. » Ce 22 novembre 2002, la vague se dresse à 6-7 mètres. Elle est balayée par un vent qui forme un petit clapot. Les rides sont extrêmes. « Ce qui m'a marqué, c'est la vitesse et la violence des chocs, se souvient Lizarazu. C'était comme si nous faisions du ski sur une piste bien glacée avec des bosses. C'est du surf de vitesse, tu fais un saut quasiment tous les mètres. Tu voles autant que tu touches l'eau. »

Greg Rabejac et son équipe sont restés deux heures à voler au-dessus du spot en furie et de ces montagnes majestueuses. « C'était complètement dingue, irréel, pétille Rabejac. J'avais l'impression de rêver. On avait en plus cette vision d'être en France, avec nos Pyrénées, la Rhune, le mont Jaizkibel... Quand tu es en hélico, tu as l'impression d'être comme un oiseau. Et on avait la chance d'avoir un pilote chevronné qui maîtrisait bien son engin. On volait bas mais pas trop non plus car on ne voulait pas être un parasite pour les surfeurs, qui se devaient d'être bien concentrés. La vague devenait comme une pépite qui s'ouvrait devant nos yeux. Le spectacle était très impressionnant. C'était un moment inoubliable, puissant et unique. Quand on a atterri, avec Nico (Dazet) on avait perdu la voix, on avait du mal à parler. » Le début d'une histoire mythique qui dure depuis 20 ans. Et qui ne s'arrêtera plus.