Le problème de Morbidelli ? Une Yamaha qui perd ses forces dans le trafic

Léna Buffa
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Vainqueur éclatant du Grand Prix de Teruel, dans ce qui a été l'une des plus belles prestations de sa carrière et, aux dires de certains de ses adversaires, de l'ensemble de cette saison, n'était plus que l'ombre de lui-même à la course suivante, dimanche dernier à Valence. Pour son team manager, cette contre-performance est emblématique de la facilité avec laquelle la Yamaha, pourtant la machine la plus victorieuse cette saison, perd le bénéfice de ses qualités dans certaines circonstances.

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Morbidelli ralenti par un problème de pression sur le pneu avant

"Il est évident que suivre d'autres pilotes n'est pas la même chose qu'être seul devant. Nous n'avons gagné de courses que lorsque nous avons été devant", souligne Wilco Zeelenberg auprès du site officiel du MotoGP. Morbidelli s'est en effet imposé par deux fois cette année en ayant dominé la course de bout en bout. Avant lui, n'avait pas non plus eu à doubler pour gagner le GP d'Émilie-Romagne lorsque Pecco Bagnaia lui a cédé le leadership en tombant.

Cette fois, la cause de la dégringolade de Morbidelli ne laisse aucun doute : devancé par des Ducati dès l'extinction des feux et durant de longs tours, il a vu la pression de son pneu avant grimper et ses performances s'effriter, jusqu'à rallier l'arrivée 11e à 17 secondes du vainqueur. "La course s'est mal passée simplement à cause de la hausse de la pression du pneu avant", résume Zeelenberg, qui observe : "Quand on est seul devant, la pression du pneu reste très faible et, en étant dans une très bonne fenêtre [d'exploitation] pour nous, nous pouvons être performants. Mais dès que nous avons trois ou quatre pilotes devant et que cela nous sort de notre fenêtre, nous ne profitons plus des points forts de la Yamaha, c'est à dire freiner tard et être rapide en courbe, et c'est là que nous perdons tout."

Pas de polémique vaine, donc, pour pointer une hypothétique anomalie du pneu utilisé par le pilote Petronas. Pour Michelin, ce sont en effet simplement les circonstances de course qui ont défavorisé le pilote italien en faisant grimper la pression de son pneu. "C'est quelque chose qui peut arriver quand on est dans le trafic et que le pneu ne 'respire' pas, qu'il n'a donc pas de possibilité de se refroidir. Il surchauffe alors et inévitablement la pression augmente", explique Piero Taramasso, responsable deux roues chez Michelin Motorsport, à Motorsport.com.

Est-ce pour autant un problème qui toucherait particulièrement les M1 ? "Je ne sais pas si ce problème est arrivé aussi aux autres pilotes Yamaha, mais ça nous est arrivé à Fabio et moi", observe Morbidelli. "Et pas seulement à Aragón 1 et Valence 1, c'est aussi arrivé d'autres fois, même si c'était d'une manière peut-être moins grave et à moindre ampleur."

"Il peut aussi y avoir des motos ou des pilotes qui sont plus sensibles de ce point de vue", reprend Taramasso. "Il est certain que la pression de départ à froid joue en partie, mais ensuite cela dépend aussi de beaucoup d'autres choses : de la répartition du poids sur l'avant, de la manière dont le pilote freine et du temps qu'il passe dans le sillage de la moto qui le devance. Les couvertures des pneus peuvent aussi être un paramètre, car d'une part elles maintiennent la température du système de frein, mais de l'autre elles peuvent transmettre encore plus de chaleur à la gomme."

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Yamaha reste la marque qui s'est le plus souvent imposée cette saison, cependant force est de constater que ses pilotes n'échappent pas au retour de bâton lors des courses qui font suite à leur succès, à la seule exception du doublé remporté par Quartararo en ouverture de championnat à Jerez. Les causes ont toutefois été diverses et la pression du pneu avant n'a été directement évoquée qu'à deux occasions.

On retiendra ainsi que Morbidelli, déjà vainqueur lors du premier round de Misano, a vécu un calvaire à la seconde en étant malade et victime d'un contact. Puis c'est un Viñales perdu à Barcelone qui s'est fait déborder au départ, et est ensuite resté englué dans le trafic sans pouvoir dépasser, alors qu'il venait de s'imposer en Émilie-Romagne.

Quant à Quartararo, il a avoué avoir vécu la course la plus difficile de sa carrière à la manche de Brno, dans la foulée de l'Andalousie, se sentant en difficulté avec son pneu arrière et impuissant face à ses concurrents dans le peloton. Plus tard, il a vu son GP de France gâché par la pluie une semaine après sa victoire catalane mais retenait son bon potentiel sur le sec. C'est à la manche suivante, la première disputée en Aragón, que la pression du pneu avant du Français avait été mise en cause pour expliquer qu'il se soit effondré et qu'il ait fini hors des points.

Avec Vincent Lalanne-Sicaud