Procès en destitution en Equateur: le président réitère son innocence

Des membres de l'opposition à l'Assemblée nationale crient des slogans à l'ouverture du procès en destitution contre le président équatorien Guillermo Lasso, à Quito, le 16 mai 2023
Des membres de l'opposition à l'Assemblée nationale crient des slogans à l'ouverture du procès en destitution contre le président équatorien Guillermo Lasso, à Quito, le 16 mai 2023

Le Parlement de l'Equateur a entamé mardi un procès en destitution contre l'impopulaire président conservateur Guillermo Lasso, qui a clamé sa "totale, évidente et incontestable innocence" face aux députés d'un pays miné par les querelles politiques et la violence.

En présence de 109 de ses 137 membres, le parlement monocaméral a ouvert sa session avec les premiers arguments en faveur de la mise en accusation du président pour détournement présumé de fonds.

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La gauche, majoritaire, voit dans cette procédure une occasion de se débarrasser du gouvernement de droite et de reprendre des forces après la chute de son leader, l'ex-président Rafael Correa (2007-2017), condamné à huit ans de prison par contumace pour corruption et en exil en Belgique.

M. Lasso, un ancien banquier de 67 ans au pouvoir depuis 2021, est accusé par ses détracteurs de malversations dans le cadre d'un contrat d'Etat portant sur le transport de pétrole brut.

"Il n'y a pas de preuves ou de témoignages pertinents. Au contraire, il n'y a que des informations qui prouvent ma totale, évidente et incontestable innocence", a-t-il dit devant les députés qui doivent réunir 92 voix (2/3 des 137 députés) pour pouvoir le chasser du pouvoir.

Il dispose de trois heures pour présenter sa défense dans l'hémicycle.

Les députés avaient déjà tenté de le destituer en juin 2022, alors que l'Equateur était en proie à de violentes manifestations contre la vie chère, mais s'étaient heurtés à leurs propres divisions.

- Spectre de l'instabilité -

Cette procédure réveille le spectre de l'instabilité politique vécue par le pays entre 1997 et 2005, période au cours de laquelle trois présidents ont été renversés par des révoltes populaires.

La différence, cette fois, est que M. Lasso serait déposé "selon les règles institutionnelles" et non par la force, souligne Esteban Nichols, politologue à l'Université andine Simon Bolivar de Quito.

Un seul procès en destitution a abouti dans l'histoire du pays: celui du président Juan de Dios Martinez, chassé du pouvoir en 1933.

S'il parvient à conserver son fauteuil, M. Lasso n'aura d'autre choix que "de continuer à assister à la descente aux enfers du pays", en gouvernant avec un Parlement où l'opposition est majoritaire et sans aucune perspective de dialogue, affirme le constitutionnaliste Rafael Oyarte à l'AFP.

Les partisans de M. Lasso et leurs alliés ne comptent que 25 députés, contre 49 pour le camp pro-Correa auxquels s'ajoutent les 25 du Pachakutik, puissant bras politique du mouvement indigène.

Plusieurs centaines de soutiens au gouvernement se sont rassemblés pacifiquement autour du Parlement, bouclé par la police, aux cris de "Vive la démocratie" et "Défendons la démocratie et la paix".

- "Stratagème" -

L'opposition "ne s'intéresse qu'à la déstabilisation, et non à la stabilité et au renforcement institutionnel dont le pays a tant besoin", a déploré auprès de la presse le ministre de l'Intérieur Henry Cucalon.

Guillermo Lasso garde par ailleurs un sérieux atout dans sa manche: le mécanisme constitutionnel dit de "mort croisée", qui lui permettrait de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections législatives anticipées tout en quittant le pouvoir.

"C'est là qu'il pourrait y avoir un problème social, une vraie instabilité", avertit le politologue Esteban Nichols.

Le tout dans un pays confronté depuis des mois à une vague de violence provoquée par une lutte de pouvoir entre gangs impliqués dans le trafic de drogue.

Le mécanisme de "mort croisée" a été inventé pendant l'ère Correa et n'a encore jamais été employé.

Pour M. Oyarte, déclencher ce mécanisme serait un signe d'"irresponsabilité politique" chez M. Lasso car il bénéficierait aux pro-Correa.

"Même s'il n'est pas sûr qu'ils obtiennent la présidence de la République, une chose est certaine: leurs députés, qui sont actuellement 49 sur 137, gagneront plus de sièges", soutient-il.

S'il est destitué, M. Lasso sera remplacé par son vice-président Alfredo Borrero qui terminera son mandat de quatre ans.

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