Le procès des sept mis en examen à la suite de France-Maroc à nouveau reporté

Des fans sur les Champs-Élysées à l'occasion de France-Maroc. (Victor Joly/L'Equipe)

La justice qui soupçonne le militant d'ultra-droite Marc de Cacqueray et ses camarades d'avoir voulu perturber l'après-match de la demi-finale de la Coupe du monde entre la France et le Maroc sur les Champs-Élysées, a repoussé le procès en septembre.

La France avait fini par battre le Maroc, 2-0, sans prolongation, pour une place en finale de Coupe du monde. Le 14 décembre s'étirait en joie collective, sans vrais battus... Il faudra attendre au moins le 8 septembre prochain pour, peut-être, savoir ce qu'envisageaient Marc De Cacqueray Valmenier, et quelques camarades de virée, dans leur désir d'après-match parisien.

Ils avaient été interpellés en plein Paris. « Ils avaient bu un coup ensemble, ils rentraient chez eux », suggère un avocat. Ce n'est pas forcément l'avis de la justice qui les poursuit, tous pour « participation à un groupement en vue de la préparation de violence volontaire à personne et destruction et dégradation de biens », certains pour « détention sans autorisation d'une ou plusieurs armes blanches ou incapacitantes » et/ou « refus de donner le code de téléphonie. »

Un premier renvoi le 17 décembreLa première audience le 17 décembre avait conclu au bout d'un long samedi, où défilèrent d'abord une cohorte de « cocaïnés et de paumés », à leur libération, et au renvoi, à ce vendredi 13 janvier. La très expressive présidente, Marie-Laure Mabille, étonnée qu'on puisse placer un procès nécessitant « au moins cinq heures », promettant « des débats et des questions riches », en plein coeur d'une ribambelle de comparutions immédiates, l'a d'emblée renvoyé à encore plus loin, le 8 septembre. « C'est le bout du monde » a ironisé le pénaliste Clément Diakonoff, un des deux défenseurs de Marc Cacqueray.

La Police a-t-elle décidé de faire du préventif ?À l'origine, ils étaient 38, interpellés dans la nuit naissante. Le ministère de l'Intérieur exige une soirée calme. Marc de Cacqueray est particulièrement surveillé. Il est l'ancien leader des Zouaves groupe d'extrême-droite dissous en janvier 2022, un temps acoquiné avec quelques ultras du PSG. Il a été vu dans des manifs de gilets jaunes ou d'antivax, dans un affrontement avec SOS Racisme lors d'un meeting houleux de Zemmour. Il a été condamné (mais il a fait appel) à un an ferme pour l'attaque du Saint-Sauveur, un bar anti-facho, a été incarcéré quelques semaines pour un non-respect du contrôle judiciaire (qu'il conteste). Son CV illustré le montre aussi au Haut-Karabakh, en treillis, kalach en main, tatouages ambigus écrits en allemand, désireux de lever une légion de volontaires étrangers pour contrer l'offensive anti-chrétienne. Il se serait aussi brièvement approché, en Ukraine, du commando Azov, très marqué extrême-droite.

Marc De Cacqueray et ses camarades - pas référencés ultras -, comptaient-ils se joindre au désordre ? La Police, au vu de son CV, a-t-elle décidé de faire du préventif pour une nuit plus douce ?

« C'est Minority Report, entonna, mi-décembre, Antoine Varoudakis, défenseur de deux des prévenus, des Rouennais montés à Paris, c'est de la prospective, qu'est-ce qui permet de dire qu'ils allaient passer à l'acte ? » Le dossier fait état de captures d'écran tirées des messageries discrètes où il est question « de défendre le drapeau » et exhibe un sac où auraient été retrouvés cinq matraques, cinq fumigènes, cinq gazeuses. « On a voulu nous faire croire que la peste brune était de retour, dans une ambiance quasiment nuit de cristal » a déclaré un avocat avec emphase.

Ils avaient été 38 à être interpellés dans ce bar excentré, à une grosse demi-heure des Champs. Mi-décembre ils n'étaient plus que sept, serrés dans le box, cheveux ras, polis, blancs, la vingtaine pas toujours avancée, déclinant leur CV et leurs lettres de moralité, l'un affirmant son désir de devenir préfet, l'autre hésitant entre « boucher » et « soin animalier », l'autre encore dépliant son diplôme de l'Essec. Ils avaient tous été remis en liberté, De Cacqueray, le plus exposé, justifiant d'un boulot prochain « à 5200 euros bruts » chez la financière Wagram. Ils ne s'étaient déplacés qu'à deux aujourd'hui, l'issue étant écrite.

Un allégement du contrôle judiciaire des prévenusIl faudra donc aller jusqu'aux prolongations des prolongations, le 8 septembre, pour peut-être, dessiner ce qu'aurait pu être cette longue nuit. Les auditions des 31 interpellés qui n'ont pas été mis en examen, vont être portées au dossier, ce qui va forcément aider.

En attendant, les sept prévenus, ont obtenu un allégement de leur contrôle judiciaire. Ils peuvent à nouveau aller où iront leurs envies. Marc de Cacqueray était embêté de ne pouvoir se rendre deux fois par semaine dans sa paroisse. Ils n'ont juste pas le droit se voir. Ils ne pourraient même pas regarder un match dans un bar.