PSG : Faut-il sauver le soldat Unai Emery ?

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Tout juste sacré champion pour la toute première fois de sa carrière, le coach du PSG reçoit enfin les soutiens qu’il n’a jamais eu dans la capitale.

Alors que la saison francilienne touche à sa fin, et que le Basque vient tout juste d’être sacré champion pour la toute première fois dans sa carrière d’entraîneur, sa situation interroge. Opportunisme ou sincérité, qu’importe : il fait presque du bien de voir enfin quelques voix s’élever pour demander à ce qu’Unai Emery soit respecté dans son statut d’entraîneur du Paris Saint-Germain, même si son départ semble déjà acté (merci Thomas Meunier).
Après la nouvelle démonstration de force du PSG sur son dauphin monégasque (7-1), les Parisiens ont semblé, pour la première fois, unanimes sur le cas Emery.

Entraîneur du Paris Saint-Germain pour la seconde année consécutive, le bilan restera mitigé pour le successeur de Laurent Blanc, limogé lui aussi après 3 années remuantes. Car depuis 7 ans déjà, et bien avant l’arrivée de l’ancien Sévillan, c’est bien la Ligue des champions qui cristallisait toutes les critiques du projet made in QSI.
Aujourd’hui, force est de constater que rien n’a vraiment changé dans la capitale, et qu’Emery n’a pas réussi là où tous les autres avaient échoué avant lui. Après avoir offert à Paris sa plus belle partition contre le Barça la saison passée, il avait échoué dans une traumatisante remontada. Cette saison, rebelote face aux monstres madrilènes. Problèmes de hiérarchie et d’autorité au sein du club, autogestion de certaines stars, manque d’émulation au sein des titulaires, et de motivation pour les remplaçants, arbitrage discutable et tirage compliqué : qu’importe les raisons, le résultat final amenant à une nouvelle désillusion du PSG face à un coriace adversaire, rodé à l’exercice européen.

« Tu ne peux pas donner toute la responsabilité au coach. Je crois que les joueurs ont beaucoup de responsabilités aussi, et qu’il faut les partager. Si on a été éliminés contre le Real Madrid, c’est la faute du coach, c’est ma faute, c’est la faute de tout le monde, mais le foot est comme ça, les gens cherchent un coupable », insistait d’ailleurs Thiago Silva après l’élimination parisienne.

Désormais la question n’est plus tant de déterminer si Emery a échoué en Ligue des champions, mais de savoir si ceux qui sont désignés comme ses potentiels successeurs auraient fait mieux que lui, face au Barça puis au Real ?

Longtemps, le patron des Parisiens a aussi été critiqué pour ne pas avoir su s’imposer au sein du club. Mais a-t-il vraiment eu l’espace pour le faire ? A-t-il vraiment eu les pleins pouvoirs, confisqués par Antero Henrique sur le plan sportif ? Avait-il une marge de manoeuvre dans ses choix aussi, quand le PSG a décidé de poser 400 millions d’euros sur la table sans compenser le départ de Matuidi ?

Il a aussi été difficile pour lui d’imposer son « style de jeu ». Preuve de lâcheté pour certains, et d’intelligence pour d’autres, Emery a en tout cas su abandonner son 4-2-3-1 fétiche pour s’adapter aux forces de son effectif pour revoir sa copie, insistant toutefois sur des tâches défensives longtemps délaissées dans le 4-3-3 bien rodé de Blanc.
Avec le groupe à sa disposition, force est de constater aussi qu’Emery a su gérer sa fameuse “concurrence”, permettant l’éclosion de Lo Celso, la confirmation de Kimpembe, la titularisation d’Areola ou encore le rappel à l’ordre de Kurzawa. Et ce, même si les traitements réservés à Meunier, Pastore, ou Ben Arfa, ont parfois laissé pantois.

Et le travail a payé. Car si la domination du PSG est logique et naturelle, le travail a été fait, et le coach a souvent su remobiliser son effectif là où il était attendu : ce record de buts inscrits en phase de groupe de Ligue des champions, ces scores fleuves contre le Celtic (7-1, 5-0) ou même le Bayern Munich (3-0), ces victoires déjà oubliées face à Lyon (3-0), le rival marseillais (3-0, 3-0) ou plus récemment Monaco (3-0, 7,1)… Sans oublier que le PSG version Emery, c’est 80% de victoire donc une suprématie absolue en Coupes, puisque 6 des 7 titres en jeu ont été remportés par le PSG dans l’Hexagone, en attendant la potentielle Coupe de France.

Face à la presse non plus, Emery n’a jamais été épargné. Interrogé sans relâche sur ses prétendues relations avec les stars, sur son influence dans le vestiaire et sa manière de gérer les conflits, critiqué lorsqu’il faisait preuve de frilosité dans sa composition, et attaqué lorsqu’il prenait des risques… Envoyé au bûché médiatique quand Neymar était blessé, lorsque le Barça attaquait le club ou que l’UEFA faisait peser le menace du fair-play financier… Emery n’a eu de cesse de subir les salves médiatiques, lui qui n’était pas franchement un maestro de la communication.

Alors comme pour boucler la boucle, c’est avec beaucoup de dignitié, avouant à demi-mot son départ, qu’Emery a pris la parole pour célébrer son titre de champion : « Cette saison, bien sûr, nous avons connu la déception d’une élimination en Ligue des champions mais face à une équipe qui venait de la gagner trois fois en quatre ans. Un moment, le club va casser la porte et ouvrira la possibilité de gagner […] Après la défaite face au Real, l’équipe aurait pu tomber. Mais ça n’a pas été le cas. Elle a su réagir et rester solidaire. Contre Saint-Etienne, la semaine dernière, nous avons fait la pire première période de la saison. Ensuite, à dix contre onze, nous avons réagi. C’est le signe d’une grande force collective. C’est pourquoi je crois en cette équipe, avec ou sans moi. Pour la suite, le logo du club et les supporteurs resteront. Tous les autres sont de passage…»

La question qui se pose désormais est bien de savoir si celui qui succèdera à Unai Emery aura davantage les épaules pour gérer la pression francilienne, contrôler ses stars et franchir la barrière européenne ? Car l’ancien entraîneur de Séville avait au moins réussi a inverser la tendance, et il semble trop tard pour que le club décide de faire machine arrière.

Ambre Godillon

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