Quand les clubs de football se financent dans les paradis fiscaux

Dans Football Secret Trade, deux journalistes anglais révèlent comment plusieurs clubs de Liga et de Premier League ont reçu des prêts émanant de sociétés sises dans les Iles Vierges britanniques. Au centre de ce système de financement opaque se trouve un certain Michael Tabor, un ancien bookmaker anglais devenu un magnat des courses hippiques outre-Manche.

Michael Tabor (centre) a engrangé des dizaines de millions d’euros de bénéfices en finançant des clubs de football

 

Le nom de Michael Tabor ne vous dit probablement rien. Cet homme d’affaires, qui a fait fortune dans les paris avant de connaître un succès identique sur les champs de course, est pourtant l’un des plus gros argentiers du monde du football. C’est ce que révèlent deux journalistes de Bloomberg, Alex Duff et Tariq Panja, dans Football Secret Trade, un livre consacré aux secrets du foot business, et dans lequel le tycoon des haras tient une place centrale.

Tabor s’est intéressé au financement des clubs de football au tournant des années 2010, lorsque Investec Bank, l’une des grandes institutions financières britanniques du football, a décidé de se retirer. L’homme d’affaires s’est alors empressé de profiter de l’appel d’air et de s’imposer comme un acteur incontournable du secteur. La période était alors particulièrement propice à ce type d’opérations, notamment en Espagne. Au plus fort de la crise financière, le robinet du crédit bancaire était en effet verrouillé de l’autre côté des Pyrénées, et Tabor est très vite apparu comme un précieux recours pour certains clubs de Liga privés de liquidités. Dès 2011, l’Atlético, La Corogne et Getafe ont ainsi fait appel à ses services.

100 millions de livres de prêts annuels

Selon Duff et Panja, le magnat des courses de chevaux aurait également proposé ses bons offices au Real Madrid, pour boucler le financement du transfert de Gareth Bale en provenance de Tottenham en août 2013. Un deal record – 100 millions d’euros – auquel Florentino Pérez décidera finalement d’associer un quatuor de banques espagnoles (Santander, BBVA, Popular et Sabadell). Tabor s’est rapidement remis de cet accident de parcours, plusieurs clubs anglais (comme Everton, Fulham, Southampton ou encore Reading) cherchant également à se financer par son intermédiaire entre 2013 et 2016.

A l’arrivée, on estime que Michael Tabor a prêté environ 100 millions de livres par an à des clubs de football, entre 2011 et 2016. Pièces centrales de ce système de financement : la société londonienne JG Funding Limited, et le fonds d’investissement Vibrac Corporation, sis aux Iles Vierges britanniques, un paradis fiscal échappant aux concepts étriqués d’impôts sur les sociétés et de personne morale… En appliquant des taux d’intérêt de l’ordre de 10% sur ses prêts – par ailleurs gagés sur les droits TV des clubs créanciers – on estime que le roi des champs de course à engrangé la bagatelle de 60 millions de livres en l’espace de cinq ans. De quoi engendrer quelques belles lignées de pur-sangs…

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