Quartararo : Plus de changements en 2 jours qu'en un an, en vain

Léna Buffa
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En décrochant la 11e place sur la grille de départ du Grand Prix de Valence, a obtenu sa plus faible qualification en MotoGP, bien loin des dix pole positions et 22 premières lignes qu'il a décrochées en 31 Grand Prix à ce stade. Sorti de la Q1 avec le deuxième temps, le pilote Petronas s'est trouvé à court de pneu neuf pour la suite et n'a donc réalisé qu'un seul run en Q2, mais son bilan global l'inquiète bien plus que son incapacité, dans ces circonstances, à réagir aux attaques de fin de séance qui l'ont fait rétrograder au classement.

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Le Français, qui pourrait voir le titre lui échapper dimanche si Joan Mir conserve une avance suffisante au championnat après cette avant-dernière course de la saison, assure ne pas se laisser perturber par cet enjeu. Il se montre en réalité pleinement concentré sur sa quête de réponses face à une machine que son équipe technique chamboule et qui pourtant ne semble pas transmettre au pilote le moindre signal pouvant ouvrir une voie pour des progrès futurs.

Le bilan qu'il a dressé en fin de journée face à la presse était par conséquent toujours empreint de frustration, même si le Niçois tente de garder espoir et prévoit déjà un autre gros changement qui sera expérimenté dimanche matin au warm-up.

Comment s'est passée ta journée ?

Mal, je dirais. Je pense qu'on a fait ce week-end beaucoup plus de changements que pendant toute la saison l'année dernière. On a fait de grosses modifications, parce qu'on pensait vraiment que ça allait fonctionner, mais à chaque fois on a toujours le même problème. J'ai beau pousser et essayer de m'adapter à la moto, le problème reste le même. Et puis, normalement, quand ça va mal comme ce week-end, on met un pneu neuf et c'est OK, car j'ai du grip arrière et les choses fonctionnent. Mais à l'heure actuelle, mis à part Franco [Morbidelli] qui a une moto différente de la nôtre, on roule tous mal.

Même si ta position n'est pas très bonne au final, tu as quand même été rapide en qualifs. Comment l'expliques-tu ?

Je suis à sept dixièmes de Franco, alors que les qualifs sont normalement mon principal point fort : on met un pneu neuf et je vais direct à la limite. Maintenant, cette limite se trouve en 1'30"8 et ça nous met sept dixièmes derrière. Malheureusement, j'ai manqué de pneu pour la Q2, mais même sans ça je n'aurais pas gagné sept dixièmes, j'aurais peut-être roulé entre 1'30"5 et 1'30"8. Le problème est que je suis beaucoup plus à la limite. Normalement, j'ai une bonne fluidité pour enchaîner les choses. Cette année, je suis globalement très rigide sur la moto et je n'ai pas cette fluidité pour tout faire en une fois, entre le freinage et la corde.

Avec tous ces changements, on dirait que ton équipe et toi êtes dans une démarche désespérée. Quelle aide reçois-tu de la part de Yamaha ?

On ne travaille pas là-dessus avec Yamaha, c'est plus l'équipe. J'ai l'ingénieur Yamaha [dans le stand], qui nous aide beaucoup. Je l'aime beaucoup, car il nous donne des idées. C'est super d'avoir un ingénieur japonais, il pose beaucoup de questions et c'est toujours bien. Mais on a essayé beaucoup de choses parce qu'on pensait qu'elles valaient vraiment la peine d'être tentées. Je pense, ceci dit, que cette période difficile que l'on connait actuellement est aussi une expérience. Malheureusement, on vit un moment difficile, mais c'est très bénéfique pour les quelques années à venir. Par contre, on ne comprend pas que tous les changements que l'on réalise ne se traduisent pas par du mieux ou du moins bon.

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As-tu une stratégie pour la course ? Si tu veux conserver une chance de titre, tu dois au moins finir devant Joan.

Franchement, je ne pense pas à Joan. Je pense à obtenir la plus grosse progression possible au warm-up, avec un changement encore plus grand qu'aujourd'hui. Quand on en a parlé au stand, j'étais même perdu avant qu'on ait testé la moto avec tous ces changements que l'on va appliquer ! Mais je crois dans ce changement, l'équipe semble confiante. Ça n'est pas vraiment une stratégie, ceci dit. La stratégie sera d'essayer de m'amuser et de finir aussi haut que possible. Franchement, pour le moment je n'ai pas la tête à Joan, j'ai la tête à l'idée de beaucoup progresser demain matin, et si on obtient ça alors j'y penserai, mais pas pour le moment.

Concrètement, qu'est-ce qui te gène sur la moto ?

Ce sur quoi on essaye de travailler, c'est vraiment de faire la vitesse de passage. C'est notre problème, et c'est ça que l'on n'arrive pas à changer. Normalement, c'est un de mes points forts, or là on y perd énormément. Ce n'est même pas qu'une question de feeling, car plusieurs fois je rentre [dans le virage] en me disant "On verra ce qui se passe", c'est-à-dire sans aucun feeling, et la moto ne tourne pas. Tout simplement, ça ne tourne pas.

Aujourd'hui on a fait tellement de changements sur la moto que je me dis que c'est bizarre, je devrais au moins ressentir quelque chose de négatif, mais malheureusement je ne sens rien. Or, ça aussi c'était un de mes points forts l'année dernière, j'arrivais à sentir chaque petit changement. Là, on a fait en deux jours plus de changements que toute la saison et je n'ai rien senti de différent. C'est ça qui est frustrant, on voit qu'il n'y a rien qui marche.

L'année dernière, tu es finalement tout le temps resté sur la même base ?

On a fait un clic, deux clics, un ressort… C'était vraiment minime. On avait une base impressionnante, qui me permettait de me battre pour le podium à toutes les courses à la fin de la saison. Cette année, on n'a aucune base. Malheureusement, quand la moto ne va pas, cette base ne va pas du tout et c'est ça qui est frustrant et [qui me fait dire] qu'il faut faire des changements. Même si cette moto, avec cette base, a été très rapide à Jerez, au Mans et à Barcelone, ici ça ne va pas du tout, donc c'est quelque chose qu'on doit changer.