De héros à paria : itinéraire d’Adil, joueur salarié de la start-up OM Nation

13 aout 2019, Adil Rami n’est officiellement plus un joueur de l’Olympique de Marseille. Son nouveau club ? Aucun. En effet, après une procédure de plusieurs semaines, le champion du monde a tout bonnement été licencié. Une pratique très douteuse pour un joueur dont le parcours à l’OM n’aura laissé personne insensible. Une tragédie 3.0 entre football, jet-set et méthodes managériales sooooooo start-up.

Acte 1 : du doute à la gloire

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À l’été 2017, quand Rudi Garcia décide de rappeler un de ses poulains légendaires en la personne d’Adil Rami, les doutes sont permis. Le joueur reste sur de solides saisons à Séville mais à 31 ans il semble en perte de vitesse. L’OM a besoin d’expérience et fait donc appel à celui qui en a à revendre.

En quelques semaines, l’ancien défenseur de l’AC Milan met tout le monde d’accord : les supporters, la presse et ses coéquipiers. Très solide, pilier d’un OM dont la saison dépassera les attentes, jamais avare d’efforts, il va même disputer l’intégralité de la saison avec une blessure au pectoral qu’il préférera soigner par cette déclaration mythique « la science on la nique ». La direction de l’OM se félicite alors de ce recrutement réussi et utilise Rami comme figure de proue d’un projet qui part sur de très belles bases.

Après une finale perdue contre l’Atlético de Madrid et une 4ème place douloureuse, Rami s’envole pour la Russie. Comme pour l’Euro 2016, Didier Deschamps veut récompenser à la fois le combattant mais aussi l’homme qui illumine un vestiaire. Le 15 juillet 2018, Adil change de monde et de statut. Pour l’éternité.


Acte 2 : du déclin sportif aux strass et paillettes

L’après Coupe du monde est souvent difficile. Il l’est encore plus lorsqu’au bout il y a le titre suprême, le graal, le rêve de tous les joueurs. Et quand on s’appelle Adil Rami et qu’on n’était clairement pas destiné à cela, on peut rapidement exploser en plein vol.

Quand il revient de Russie, Rami a déjà enchaîné de nombreux plateaux de télévision et est devenu la coqueluche des Français hilares à l’entendre raconter tous les secrets du vestiaire des Bleus. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce rôle plait énormément à Rami. Côté terrain, la médaille n’est pas aussi dorée. Alors qu’il ne se sent pas en mesure de jouer, Rudi Garcia l’aligne quand même et forcément, cela ne fonctionne pas. À peine un mois après la finale, il va disputer un match très compliqué à Nîmes où l’OM prend l’eau. La suite ne sera qu’un copié/collé de ce début de saison.

Quand il joue, il est moyen. Quand il ne joue pas, c’est qu’il est blessé. Quand il est blessé, il fait tout sauf ce qui tourne autour du football. En interne, on commence à en avoir marre et petit à petit, les beaux jours deviennent gris. Garcia et Eyraud changent de position sur le joueur et n’hésitent pas à lui rentrer dedans en le critiquant ouvertement. Sa saison ressemble au parcours d’un artiste en promo : plateaux TV, émissions avec Cyril Hanouna, Danse avec les Stars, clichés avec des chanteurs ou acteurs, etc... Et en toile de fond, une relation avec la légende Pamela Anderson qui fait grand bruit.


Acte 3 : le début des ennuis

Et si le début de la fin de l’aventure marseillaise était à mettre au crédit de Pamela Anderson ? Avril 2019, l’OM organise un gala pour « l’OM Fondation » et un épisode va attirer tous les regards. Ce soir-là, 100.000€ sont récoltés pour rebâtir Notre-Dame, cela ne va pas plaire à la compagne de Rami qui décide, avec son chéri, de quitter le gala. À ce moment, le propriétaire du club Frank McCourt aurait signifié à JHE que ce geste signait la fin de Rami à l’OM. Le lendemain, Pamela se fendra d’un tweet qui mettra le feu aux poudres :

Quelques jours plus tard, la réponse du club verra une attaque frontale envers Pamela Anderson : « L'Olympique de Marseille remercie profondément tous les généreux donateurs - dont Madame Pamela Anderson ne faisait pas partie (...) ». Ambiance.

Après cet épisode, rien ne va plus et clairement le temps est à l’orage entre le joueur, qui devient un vulgaire salarié, et le club. Rudi Garcia est évasif sur son joueur, JHE se montre plus virulent pendant que Rami profite encore et toujours de la vie d’artiste. Sur les réseaux sociaux, on le voit se remettre en forme en pratiquant le crossfit. À la TV, on le voit participer à Fort Boyard ou encore à un défilé pendant que son équipe joue. Ça ne passe pas chez les supporters, ça irrite carrément chez les dirigeants qui vont saisir ces 2 épisodes pour engager une bataille contre le joueur.


Acte 4 : la startup nation et le code du travail

Avec Jacques-Henri Eyraud, l’OM est entré dans une nouvelle dimension, non pas footballistique mais plutôt entrepreneuriale. Harvard, Disney, directeur de la communication, créateur de Sporever, directeur général de Turf Editions, l’homme est une pointure et maîtrise parfaitement le monde de l’entreprise qu’il tente d’adapter à un club de foot : communication pseudo maîtrisée, présentation PowerPoint maladroite, création de l’OM innovation Cup et surtout, une liberté avec le code du travail.

Il y a un an, Henri Bedimo était licencié pour avoir fondé, avec son ancien club Montpellier, une académie à but social et éducatif au Cameroun. L’OM lui reproche d’avoir monté ce projet avec un autre club... Aujourd’hui, on prend les mêmes et on recommence avec Rami. Le club lui reproche certes d’avoir participé à un défilé à Monaco, mais surtout sa participation à l’émission Fort Boyard alors qu’il devait rester à Marseille pour des soins.

Pourquoi ces 2 cas sont similaires et symptomatiques d’un OM qui ne tourne pas rond ? Parce que ce sont 2 joueurs à qui il restait des années de contrat, qui étaient très bien payés parce que la direction avait décidé de les surpayer et qui devenaient au fil du temps un poids pour les finances. Mais ça, ce n’était pas de leur faute et malheureusement pour eux ils ont payé l’incompétence d’une direction qui n’a pas trouvé mieux comme solution pour faire des économies que de pratiquer le licenciement.


Acte 5 : une histoire loin d’être terminée

Dans le football, les licenciements sont excessivement rares et quand ils se produisent, ils laissent des traces.

JHE ne sortira pas indemne de cet épisode, il est déjà très fragilisé par un club qui coule depuis plusieurs mois et ce n’est pas cette procédure de licenciement qui va arranger les choses. Chaque jour est une goutte d’eau qui fait déborder le vase, chaque jour devient une raison supplémentaire pour les supporters de crier « direction démission ». Alors qu’il était arrivé au club avec de belles paroles sympathiques où le respect et l’engagement éthique étaient de mise, le voici dans une position où le capitalisme est poussé dans ce qu’il dégage de plus moche.

Rami lui va surement se battre pour faire respecter ses droits, et quand on voit le dossier, on se dit que dans plusieurs mois lorsque cette histoire se réglera devant les prud’hommes, il est fort possible que l’OM n’en ressorte pas sans quelques blessures financières.

Dans tous les cas, cette fin d’aventure apparaît bien triste notamment lorsqu’on se souvient de la belle idylle que fut la première saison. Alors oui, le joueur a des torts, notamment d’avoir délaissé trop souvent le club et lui manquant quelque fois de respect. Dans une histoire d’amour, il faut parfois laisser une seconde chance après une erreur. Cette erreur fut la seconde saison d’Adil. Cette seconde chance, il n’aura jamais l’occasion de la découvrir.

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