Real Madrid, la transformation de Mateo Kovacic

Mateo Kovacic sera de retour à l'entraînement la semaine prochaine, après une absence de 50 jours.

Il avait disparu sous les radars pendant plusieurs mois. Enseveli sous le talent de coéquipiers plus illustres et davantage au service du collectif. Quelques bouts de matches en Liga, un sauvetage face au Legia Varsovie en Ligue des champions. Pas plus, rien d'extraordinaire malgré ses 60 dribbles réussis sur la saison dernière, plus que tout autre joueur du Real.



Non, la saison 2016-2017 n'était pas celle de Kovacic. C'était plutôt celle d'Isco. 2017-2018, en revanche, s'annonce sous les meilleurs auspices pour le Croate, qui, en Supercoupe d'Espagne, a été aligné dans un rôle qui n'est pourtant pas le sien par Zidane. Et, là, ce fut une révélation. D'énième habile manieur de ballon, Kovacic est devenu un 6 complet, bon relanceur, excellent dans les petits espaces, superbe lecteur du jeu, il a fait souffrir Busquets et Messi. L'Europe du football avait découvert un nouveau joueur.

Un joueur dont l'arrivée avait été teintée de scepticisme, mâtiné d'indifférence. Encore un milieu offensif au Real... "Mateo Kovacic ? C'est un bon gars, je lui souhaite bonne chance. C'est un très bon joueur, mais il a le même profil que Isco, James, Modric... Madrid a beaucoup de bons joueurs. Ce qui est difficile c'est de les faire jouer ensemble, le travail collectif. Voilà le problème. Florentino Pérez achète trop de joueurs similaires". Des propos forts, signés Arrigo Sacchi dans AS, et ce, juste après l'arrivée du Croate au Real. Zinedine Zidane a depuis démontré qu'il pouvait faire jouer ses joueurs ensemble, quitte à effectuer quelques modifications dans leurs rôles respectifs.

Plus à l'aise dans le rôle de milieu reculé

Le résultat a parlé de lui-même. Non seulement sa technique a brillé face au Barça, mais ce fut aussi le cas par sa maturité au niveau des choix ludiques. Sa prise de décision en temps réel, instinctive, qui lui dictait quand accélérer et casser les lignes (sa spécialité) ou quand jouer la passe sûre. Son secret ? Son réservoir technique hors-norme. Sa vocation offensive de formation lui permet non seulement d'avoir une bonne lecture des attaques (et donc de bien anticiper le jeu adverse) et d'avoir une technicité qui lui permet de relancer sous pression, ou de conserver le ballon jusqu'à provoquer une faute adverse ou trouver une meilleure solution.

Kovacic en milieu reculé dégage une impression de sérénité. De félinité. L'impression qu'on pouvait lui donner la balle sous n'importe quel angle, il parviendrait toujours à retomber sur ses pieds. Arracher, distribuer, magnétiser, harmoniser... Kovacic, milieu défensif reculé d'un soir, avait donné l'impression d'avoir fait ça toute sa vie. Un talent sans doute inné. Car pour être un meneur reculé, il faut savoir cultiver les paradoxes ou être soi-même un paradoxe. Entre folie et organisation, rationalité et inspiration, attaque et défense. Difficile d'obtenir un tel alliage.

Le jeune croate n'a qu'un seul défaut, il joue au Real Madrid, sans doute le seul club de la planète qui peut, au regard de son effectif pléthorique, le mettre dans la catégorie des remplaçants.  

Pourtant, Kovacic, arrivé en 2015 dans la capitale, a mis du temps à devenir un joueur crédible aux yeux de Zidane. Un Zidane qui s'est battu bec et ongles pour garder le joueur de 23 ans malgré son temps de jeu réduit, faisant tout pour le convaincre de rester cet été malgré une approche très généreuse de la Juve (la presse italienne parle de 70M€), et une autre de Liverpool, plus ou moins crédible, puisqu'elle émane de médias catalans et peut s'apparenter à de la bonne vieille déstabilisation à l'orée d'un nouvel exercice qui s'annonce plus compliqué que d'habitude pour le Barça.

Kovacic, c'est l'autre coup de Zidane, qui après avoir rapproché Cristiano Ronaldo du but adverse, faisant de lui un efficace tueur des surfaces davantage qu'un attaquant d'espaces pour un rôle en adéquation avec son lent, mais néanmoins inévitable déclin physique, a cloné Luka Modric avec les cellules de son jeune compatriote de 23 ans pour un résultat qui dépasse toutes les espérances. "Pour entraîner le Real, il faut être un caméléon", disait Sacchi dans son interview à AS. Le Real de Zidane ne passe peut-être pas inaperçu pour se fondre dans le décor, mais le coach tricolore sait certainement fondre les talents à sa disposition dans son collectif. Et Madrid n'a pas fini de gober des titres.

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