Redcar : « Je me suis découvert athlétique avec les tournées »

Redcar organise toute sa vie autour d'une hygiène de vie marquée. (DR)

Redcar, auteur, compositeur et interprète de 34 ans, raconte dans la rubrique « Fenêtre sur corps » du magazine L'Équipe comment ses prestations sur scène l'ont incité à une activité physique quotidienne.

« Mes premiers souvenirs de danse, c'est moi en tutu. J'ai commencé par la danse classique et depuis, je ne me suis jamais vraiment arrêté de danser. Pour autant, je ne me définissais pas comme athlétique. J'avais des prédispositions mais je me suis découvert plus physique avec les tournées. J'ai commencé à l'être avec la scène, je voyais que je tenais bien et ça m'a donné envie de m'entretenir.

Aujourd'hui, toute ma vie est organisée autour d'une hygiène de vie marquée. Je fais attention, je mange sain, je fais du sport tous les jours. Le fait d'avoir un corps en bonne santé, actif, sportif, ça me fait du bien. Mais je ne sais pas si on peut avoir un rapport apaisé à son corps. Avec le mien, j'ai eu une longue conversation récemment, plutôt tendre.

Avant, il n'existait que sur scène, maintenant, je le fais descendre un peu dans ma vie. Il me permet d'être incarné. Je n'ai pas forcément envie de l'altérer, j'ai d'abord envie d'en avoir la pleine possession, ce que je n'ai jamais eu à cause de la dysphorie (inadéquation entre le sexe assigné à la naissance et l'identité de genre).

Il y a sûrement une question de génétique mais j'ai un corps qui muscle facilement. Plus jeune, j'aimais les meufs musclées comme Madonna, un corps de femme androgyne, puissant dans des proportions agressives. J'ai aussi fait une fixette sur Lisa Lyon (Américaine, l'une des pionnières du bodybuilding).

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Maintenant, je comprends que c'était une façon d'exprimer mon masculin dans mon corps. Je suis né avec un corps de femme et ma transidentité ne change pas la réalité de mon corps de femme dans une société patriarcale. La question du corps s'est toujours posée à moi.

Au début de ma carrière, en choisissant le port du costume, j'ai voulu le soustraire au regard des autres et cela a été une des périodes où j'ai été le plus sexualisé par mes interlocuteurs. J'avais l'impression qu'ils étaient tous obsédés par le fait de me dénuder. Au fil de mes projets, je vais vers davantage de nudité mais je préfère que ce soit mon choix.

Être sur scène, c'est un état de transe où le monde prend une autre dimension. C'est un espace de vérité, donc j'aime aller y tester ma vie entière. C'est très addictif comme expérience parce qu'elle procure des sensations que tu ne trouves nulle part ailleurs. En septembre, lors du tout dernier filage de mon spectacle, je me suis fait une luxation d'un genou.

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Je n'ai pas fait un mouvement très impressionnant pour me blesser mais je me souviens d'avoir vu ma jambe devenir une baïonnette. Je me suis tout de suite dit que c'était mon corps qui m'imposait une contrainte. Je l'ai encaissée et j'ai décidé de garder l'attelle pour les spectacles. Je me suis dit : "OK, Redcar boite." Ça ne m'intéressait pas de le cacher. Je n'ai plus envie d'être dans le décoratif ou dans le charmant. Un performer doit être dans un engagement total de sa corporéité. »