La revanche de Yannick Bestaven, marin audacieux et ingénieux

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Le navigateur Français Yannick Bestaven a remporté, jeudi, le Vendée Globe en participant notamment au sauvetage de Kevin Escoffier. Portrait d'un skipper ingénieux et pugnace qui a réalisé son rêve.

Yannick Bestaven, cheveux châtains et regard clair, a été désigné vainqueur du Vendée Globe après un périple de 80 jours en mer, où il a vécu toutes les émotions. L’homme de terroir, accro aux sports et fidèle supporteur de club de rugby de La Rochelle, a réalisé son rêve en gagnant une course contre la mer et les éléments.

Ce rêve vire au cauchemar en 2008. Au lendemain du départ, il avait démâté dans le golfe de Gascogne et avait dû abandonner après trente heures de course. Un triste record. Douze ans plus tard, il revient pour remporter la plus mythique course autour du monde en solitaire. "Un retour après 12 ans, c'est très, très long, c'est beaucoup d'attente et d'envie", raconte le skipper de 48 ans, qui a "rongé son frein".

Il a su se relever en se lançant dans un autre projet. En 2008, il avait décidé d'équiper son voilier d'un système de sa création, un appareil produisant l'électricité nécessaire au bon fonctionnement du bateau. Cet hydrogénérateur équipe depuis tous les bateaux de la flotte du Vendée Globe.

"Il y a eu beaucoup de boulot "

"J'ai été de l'autre côté de la barrière. Je me vois encore à régler l'hydrogénérateur de François Gabart sur son bateau l'année où il gagne le Vendée Globe (2012-2013). Il fallait mettre son ego dans la poche et attendre mon moment", avoue-t-il.

Bestaven s'est alors offert quelques belles années en class40 (petit monocoque) pour monter de gamme progressivement.

En 2018, c'est la rencontre sur les pontons avec le DG de "Maître Coq", Christophe Guyony. "Ça ne m'est pas tombé tout cuit dans la bouche, il y a eu beaucoup de boulot, d'attente, il fallait prouver que je savais faire du bateau quand j'étais sur la ligne de départ. Il a fallu que j'aie 46 ans pour trouver un vrai sponsor à la hauteur de mes ambitions. C'est chose faite, je vais en profiter".

Installé à La Rochelle, il se prépare sans compter pour ne pas se louper. "Yannick connaît parfaitement son bateau. Il a travaillé avec les personnes qui font l'électronique, les pilotes, il a regardé chacun de ses bouts, chacune de ses voiles, il est monté autant de fois au mât que nécessaire pour se mettre en situation, il a tout bossé de manière absolument exceptionnelle", souligne auprès de l'AFP Éric Blondeau, spécialisé dans la prise de décision à forts enjeux et qui travaille depuis des mois avec Bestaven.

Un grand marin et ingénieur structuré

"Il a cette capacité d'improviser dans l'inconnu, l'incertain, l'irrationnel et le complexe, ce qui fait de lui un grand marin. Il a un esprit de synthèse absolument incroyable, il va très vite, c'est un ingénieur, il est très méthodique, très structuré, extrêmement ordonné dans sa tête dans les priorités", poursuit-il.

En tête durant presque un mois, il a été le premier à passer le cap Horn. Mais la fête aura été de courte durée, englué dans une zone sans vent, il a vu ses rivaux fondre sur lui et le dépasser. Découragé, presque désemparé, il a donné l'impression de baisser les bras.

Au lieu de ça, il s'est relancé dans la course. Sa sœur unique, Emma, n'a pas été étonnée par le grand frère qu'elle admire depuis toujours et qu'elle décrit comme un homme "audacieux, malin et épicurien".

Pudique, Bestaven, papa de deux enfants, "aime les moments festifs, être entouré de ses amis, de sa famille, c'est un bon vivant", glisse la petite sœur, devenue kiné et qui espère lui prodiguer pour la première fois son premier massage à terre, avant d'envisager une de ces "petites soirées qui finissent en chantant fort !"

Son ami depuis trente ans et responsable technique du projet "Maître Coq", Jean-Marie Dauris, attend lui aussi de le retrouver. "Ce n'est pas du tout un solitaire dans l'âme dans la vie de tous les jours. Bien au contraire, c'est un bon vivant, il aime bien faire la fête, enfin vivre !"

Avec AFP