Ronaldo Veitia, mort d'une légende du judo

Ronaldo Veitia lors de son intronisation au Hall of Fame en 2018 (IJF)

L'emblématique entraîneur du judo féminin cubain Ronaldo Veitia est décédé à La Havane, à 75 ans.

C'était un personnage incontournable du judo mondial. Ce lundi, Ronaldo Veitia est décédé à La Havane, à l'âge de 75 ans, des complications d'un diabète. « Que son école ne meure jamais » a salué Miguel Diaz-Canel, le président cubain, après avoir exprimé ses condoléances à la famille, aux amis et au mouvement sportif de son île.

Incontournable, Veitia l'était par son imposante corpulence mais aussi et surtout par le palmarès que les Cubaines se sont forgé sous ses ordres pendant près de trois décennies. À la dure, sa méthode relevant du marche ou crève.

lire aussi : Toute l'actualité du judo

Le 18 septembre 2018 dans le cadre des Mondiaux à Bakou (Azerbaïdjan), Veitia avait été intronisé au Hall of Fame de la Fédération internationale de judo. « Un prix que je dois à tous les élèves que j'ai eus, à ceux qui m'ont appris à aimer ce sport, à ma famille qui ont fait de grands sacrifices tout au long de la période où j'ai dirigé l'équipe nationale. Grâce à Cuba et au judo, je suis un homme plus heureux aujourd'hui » avait alors confié, Veitia, touché par tant de reconnaissance, lui qui a donné sa vie pour ce sport. Une pelletée de médailles aussi (quelque 300, Mondiaux, JO, tournois confondus) notamment lors des six JO auxquels Cuba a participé sous sa coupe, de 1992 à 2012 : cinq médailles d'or, neuf d'argent, et onze de bronze. Unique.

Une patte de ferAprès avoir arrêté sa carrière de judoka à 25 ans (en -93 kg), Ronaldo Veitia s'est tourné vers l'enseignement. Après un an avec la sélection féminine du Mexique, il rejoint celle de son pays, en 1986, dans la perspective de l'entrée du judo féminin au programme olympique, en 1992. À la formation technique dans les provinces cubaines, l'entraîneur ajoute sa patte de fer : les préparations physique et tactique, agrémentées d'une dimension patriotique exacerbée. En 1992 aux JO à Barcelone, Odalis Revé est championne olympique en -66 kg, Cuba troisième nation. Les Savon, Verdecia, Gonzalez n'ont pas fini de semer la terreur sur les tatamis du monde entier. Suivront les Beltran, Luna, Laborde, Carrion et tant d'autres, bousculées mais couvées aussi par Ronaldo, plus paternaliste qu'il ne voulait bien le laisser paraître.

Et qui a tout donné pour ses athlètes et son pays, dans un contexte économique cubain pourtant particulier. Il avait noué des amitiés de par le monde et notamment en France, à Toulouse, où ses « filles » étaient régulièrement invitées en stage. Il vouait une réelle admiration au judo français. Pour autant, cette forte tête n'avait jamais fait appel à appel à des techniciens étrangers. « Notre réussite est 100 % cubaine. La clé tient en quelques mots : la disponibilité et le désir absolu de vouloir devenir celui que tes capacités te permettent d'espérer être » avait-il déclaré à l'Esprit du judo. C'était dans la foulée de son retrait des bords de tatamis, le 6 décembre 2015 au terme du tournoi de Tokyo, au pays de Jigoro Kano, l'inventeur du judo. Tout un symbole.