Rory McIlroy reprend la main à Dubaï

Fidèle à sa légende, Rory McIlroy a effacé deux premiers tours ordinaires pour revenir dans la lutte pour la gagne. (LPP)

Le tour de force du n°1 mondial (65, -7) combiné au ralentissement de Matthew Fitzpatrick (-2) a renversé le scénario des deux premiers tours et remis le maillot jaune virtuel du classement européen sur les épaules de Rory McIlroy. Avec Jon Rahm en position de leader du tournoi (-15 total), ce dimanche s'annonce royal.

Peut-on parler de canicule à Dubaï quand, à l'approche de l'hiver, le mercure flirte avec les 32 degrés, soit une quinzaine de moins qu'en plein été ? Oui, répondent les locaux peu habitués à ces températures trentenaires un bon mois avant Noël. « En général, à l'époque du DP World Tour Championship, on a coupé les clims dans les maisons et il fait autour de 24-25 », assure Guillaume Seillier, un résident français installé depuis quatre ans avec le statut d'expat. Cette chaleur écrasante, notamment à l'heure où le soleil est au zénith, en début d'après-midi, a pesé lourd dans les scores d'un moving day qui a complètement rebattu les cartes, tant pour la chasse à la victoire dimanche que pour le ranking final de la saison européenne.

Coleaders du tournoi après deux tours, Matt Fitzpatrick et Tyrrell Hatton ne sont pas parvenus à poursuivre sur leur tempo infernal des deux premiers tours (-7, puis -5). Mais si le barbu grognon a perdu le fil sur le retour (4 bogeys, un birdie pour finir), le vainqueur de l'US Open a limité les dégâts après un aller en demi-teinte (+1). « J'ai eu un peu de mal au début avec mes mises en jeu, expliquait-il, et sur ce parcours, cette année avec le rough, c'est difficile de s'en sortir. J'ai senti que je drivais mieux sur les neuf derniers trous, je me suis procuré plus d''occasion et j'ai rentré quelques putts aussi ce qui m'a bien aidé. »

Ses trois birdies sur le retour, son par au 18 malgré un deuxième coup dans l'eau sanctionné d'un drop (70, -14 total), le maintiennent toujours en position de terminer à la première place du classement européen. Mais le maillot jaune virtuel qu'il avait enfilé dès jeudi soir a de nouveau changé d'épaules.

Comme si l'envol de son état de grâce ne suffisait pas, l'Anglais a vu le sablier se renverser complètement, par la magie retrouvée de Rory McIlroy (65, -12 total). Il ne faut décidément jamais enterrer cet homme et l'on s'en veut d'avoir osé suggérer vendredi que son entame de tournoi très ordinaire avait hypothéqué une partie de ses chances de victoire.

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Après un premier tour sans éclat, bouclé à six coups de Fitzpatrick, le n°1 mondial avait grillé un joker. Vendredi soir, grâce à une charge héroïque dont lui seul a le secret (birdie, birdie, eagle sur les trois derniers trous), RMI avait évité la cata, ne cédant qu'un coup supplémentaire à son rival. Au matin du dernier tour du dernier tournoi de la saison, les deux hommes n'ont plus que deux coups d'écart, une paille sur 18 trous d'un grand tournoi. Pas de doute, le circuit européen, si fragile en ces temps d'instabilité chronique du golf mondial, ne pouvait rêver meilleur scénario final.

On ne se hasardera à aucun pronostic mais si McIlroy continue sa lancée, le doublé FexEx Cup - DP World Tour, réussi une seule fois à ce jour par Henrik Stenson en 2013, est à sa portée. Samedi, l'icône du golf mondial (en l'absence de Tiger Woods) a connu une drôle d'entame (bogey, eagle, bogey) avant de retrouver la vista qui aimante sa balle aux drapeaux comme sur les trous n°8 et 9, où il manqua deux nouveaux eagle d'un rien.

Avec sept birdies dans le sac, il fit chavirer le public en grande majorité massé sur sa partie en ce jour sold out. « Ça fait du bien, soufflait-il les joues rougies par l'effort. Je n'ai pas très bien démarré avec ce bogey au 1 mais j'ai enchaîné par deux coups de qualité pour faire eagle au 2 et rebondir. D'une manière générale, j'ai touché plus de fairways, ce qui a fait toute la différence. Je contrôlais mes coups d'approche, pour me rapprocher des drapeaux et me faciliter les birdies. Je n'ai plus qu'à faire plus ou moins pareil demain (dimanche). »

Fitzpatrick vise le pactoleFitzpatrick, lui, compte sur un dernier coup de rein pour espérer remporter un pactole qui s'élève à 5 millions de dollars (4 830 000 euros) s'il remporte le tournoi et termine n°1 de l'année au nez et à la barde de McIrlroy. « Ce serait énorme, dit-il. Je vais avoir besoin que beaucoup de choses se passent comme je le veux. J'ai l'impression que potentiellement, selon ce qui se passe demain, ça pourrait être ma troisième victoire ici, et si c'est le cas, également ma troisième victoire à la Race to Dubaï. Je me suis donné une chance et c'est tout ce que je pouvais faire en début de semaine. Je vais faire de mon mieux et croiser les doigts. »

« Croiser les doigts » en effet, car il aura un autre adversaire de taille dans la partie des leaders, en la personne de Jon Rahm, un autre habitué des lieux, deux fois vainqueur comme lui sur le Earth Course (2017 et 2019). Avec une carte vierge de bogey et riche de sept birdies (65, -15 total), le Basque a mis le feu au moving day pour poser sa patte sur le leaderboard et venir jouer les trouble-fêtes. « J'aime tout simplement ce parcours, déclarait celui qui sera le meilleur allié de McIrloy dans un finish qui s'annonce royal. Visuellement il me convient parfaitement sans doute parce qu'il a été dessiné pour les frappeurs. Je l'ai bien dans l'oeil depuis le tee. C'est un parcours exigeant, la météo s'annonce semblable à aujourd'hui (samedi) ce qui peut être une bonne chose. J'ai connu de bons dimanches ici donc si je soigne mes mises en jeu, je peux réussir le tour idéal comme la veille. Je suis impatient. » Il n'est évidemment pas le seul.

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