Route du Rhum : la Région Guadeloupe perquisitionnée

L'arrivée de la route du Rhum. (B. Papon/L'Équipe)

L'hôtel de région de la Guadeloupe a été perquisitionné jeudi par la gendarmerie à la suite du naufrage d'un bateau suiveur qui avait causé deux décès en marge de l'arrivée de la Route du Rhum à Pointe-à-Pitre. La justice cherche encore à comprendre pourquoi une vedette qui n'avait pas le droit de naviguer de nuit s'est retrouvée dans le sillage de Charles Caudrelier.

Deux mois après l'arrivée nocturne et dramatique de la Route du Rhum, où deux membres de l'organisation avaient péri noyés après le retournement du Coralia, une vedette, qui suivait le sillage triomphant du Edmond de Rothschild de Charles Caudrelier, la justice cherche encore à comprendre. Une perquisition - comme l'a révélé Guadeloupe Première -, effectuée par les gendarmes de la section de recherche, a eu lieu hier au conseil général de Guadeloupe.

Une information qui nous a été confirmée de haute source judiciaire. Il s'agit de rassembler « des éléments de compréhension ». Le directeur du cabinet de la région nous avait précédemment indiqué que « tout avait été fait dans les règles de l'art », ajoutant que « tous les documents avaient été transmis à la justice. » Visiblement la juge d'instruction cherche un peu de lumière supplémentaire.

Un jeune homme de 21 ans, le pilote de la vedette avait été mis en examen quelques heures après l'accident, son navire n'étant pas habilité à naviguer de nuit. D'autres mises en examen pourraient-elles intervenir ? L'organisateur français, OC Sport - Pen Duick, filiale du groupe Télégramme de Brest avait délégué l'organisation de l'arrivée à la région selon un cahier des charges très précis. « On est très à cheval sur la sécurité et les standards » rappelait Joseph Bizard directeur d'OC Sport.

La région, qui investit de 6 à 7 millions sur l'événement, avait ouvert le 13 septembre un marché public, fermé le 10 octobre, soit un mois avant l'arrivée, pour « la mise à disposition de vedettes rapides », une quinzaine. Il apparaît sous le numéro MF 22-025. La société Atmosphère, basée à Sainte-Anne, spécialisée dans la fourniture de jet-skis aux clients des hôtels ou les fêtes apéritives sur les ilets ourlant la Guadeloupe, avait remporté une nouvelle fois l'appel d'offres. Ne disposant pas d'assez de vedettes, elle avait sous-traité une partie du marché, notamment à la toute petite société d'un jeune pilote, basé à Sainte-Rose qui venait de monter son entreprise d'excursions en marge de celle de sa famille. Le dirigeant de la société Atmosphère, Roger de Lacaze, joint fin décembre sur le tournage du film Flo - auquel il fournissait des bateaux _ « ne souhaitait pas répondre aux questions ».

Comment la vedette a pu se retrouver en mer sans toutes les garanties légales ?Les enquêteurs cherchent forcément à comprendre comment le Coralia a pu se retrouver en mer sans toutes les garanties légales. Dans la confusion de l'arrivée, à laquelle assistaient des dizaines de vedettes, le Coralia avait enfourné, s'était rempli d'eau, puis s'était retourné. Deux jeunes membres de l'organisation, pourtant particulièrement sportifs, Alex Picot et François Naveilhan, gilets de sauvetage gonflés, s'étaient retrouvés plaqués contre le fond retourné de l'embarcation. Sept passagers, dont la plupart du board du Télégramme de Brest, et les deux membres d'équipage avaient pu être rapidement repêchés. Parmi eux aussi, le président de la fédération française de voile, Jean-Luc Denéchau : « on était monté à bord sans appréhension particulière, on est habitué à ces navigations de proximité. Le pilote nous avait rappelé la possibilité de porter des gilets ce que tout le monde avait fait. Il avait un pilotage tout à fait normal. »

Comme il est d'usage, la commission des directeurs de course sera appelée à se réunir pour faire le bilan des différentes organisations : « Il n'est sans doute plus envisageable que tous ceux qui ont envie de suivre un bateau de course puissent le faire, estime Jean-Luc Denéchau, les bateaux vont de plus en plus en vite, c'est de moins en moins raisonnable. La mer doit rester un espace de liberté, le public doit pouvoir continuer à bénéficier de cette expérience in vivo, mais sûrement faudra-t-il renforcer les procédures. »

La fédération, comme la justice, devront déterminer si le drame était conjoncturel, dû à un mauvais enchaînement de circonstances, où s'il était plus structurel, résultante inéluctable, d'organisations de plus en plus compliquées, qui font parfois appel à des embarcations et/ou à des pilotes étrangers aux us et aux eaux locales. Comme le dit un organisateur d'un rendez-vous majeur : « Moi je connais tous les pilotes, je ne veux que des peaux tannées, que des habitués. »