Rugby - CE - Coupe d'Europe (quart de finale) : Clermont-Toulon, une histoire à rebonds

L'Equipe.fr
Bluff, outrance, actions litigieuses et exploits personnels : voilà pourquoi le quart européen de dimanche (16h15) entre Clermont et Toulon est un match si particulier.

Bluff, outrance, actions litigieuses et exploits personnels : voilà pourquoi le quart européen de dimanche (16h15) entre Clermont et Toulon est un match si particulier.L'emporter à Marcel-Michelin tenait naguère de l'exploit absolu. Ce n'est plus le cas. Battue cette saison à domicile par Montpellier en Top 14, l'ASM ne détient plus de record d'invincibilité. Lors de la visite de Toulon en janvier 2012, l'ASM restait sur une série de 36 matches sans défaite, et jamais Toulon ne s'était imposé sur la pelouse de Marcel-Michelin en compétition officielle. Depuis le 28 novembre 2015 (succès varois, 9-35), c'est chose faite.Comme reconnaître un supporteur clermontois et un fondu toulonnais ?Il faut donc sortir de la zone «statistiques» pour apprécier le contexte. La poignée de mains est froide entre présidents. Mai 2013, l'ancien président auvergnat, René Fontès, assurait : «Il n'y a pas de relation entre nous», en évoquant la sécheresse de ses échanges avec Mourad Boudjellal, son homologue varois. «On se serre la main quand on se croise mais il ne se passe rien.» Eric de Cromières, l'actuel patron de l'ASM connu pour sa discrétion, n'apprécie pas davantage Boudjellal et ses outrances.Toulon aime jouer la bête blessée, comme en 2010 (battu deux fois à domicile) ou en 2016, vaincu (18-19) par Clermont à Marseille avant son quart européen. Le week-end dernier, le RCT s'est incliné à Jean-Bouin (17-11) sans combattre quand l'ASM a fait jeu égal avec le Racing 92 à Lille, même battu sur le fil (27-24). Les bonnes recettes de Clermont-Toulon, c'est aussi le huis clos (2011) à Vichy et un plan tactique minutieux qui fait déjouer l'ASM sur son point fort, le ruck. Ce sont des joueurs qui livrent des performances dantesques.Clermont : des internationaux à point nomméAinsi côté toulonnais, les essais de Mermoz (2013) et de Gorgodze (2016), celui de Delon Armitage (2013) qui change le sort d'une finale européenne mal embouchée pour les Varois, et celui de Drew Mitchell, éliminant six défenseurs sur presque cinquante mètres pour sacrer le RCT champion d'Europe à Twickenham en 2015. Comme tous les matches au sommet, Clermont-Toulon se dessine à l'inspiration des charnières : Jonny Wilkinson décisif (2010, 2013) en faisait du 100 %, Brock James (désormais rochelais) auteur d'un drop (2010) et d'un but (2012) de dernière seconde.Profitant du déclin du Stade Toulousain et du Stade Français, le choc Clermont-Toulon est désormais LE «clasico». Depuis trois saisons, il s'applique à l'affrontement de ces deux gros budgets, rivalité engagée lors de la demi-finale de Championnat en 2010 gagnée sur le fil par Clermont, 35-29, après prolongation et quelques actions litigieuses dont l'essai de Zirakachvili entaché d'un en-avant. Les Toulonnais mettront trois ans pour en faire le deuil.«Toulon n'a pas démarré sa saison», assure Fernandez Lobbe«Ce soir, j'ai l'impression de m'appeler Jacky,» avait ironisé Boudjellal en 2010, allusion à un décision d'arbitrage de M. Berdos qui avait éliminé le Racing 92 de Jacky Lorenzetti en barrage une semaine auparavant. Deux ans plus tard, après un carton jaune infligé à David Smith et un écran sur un essai d'Aurélien Rougerie, il signalait avec l'élégance dont il est coutumier : «J'ai vécu ma première sodomie arbitrale en 2010. Ce soir, c'est ma deuxième.»L'ardoise sera effacée lors de finale de Coupe d'Europe épique en 2013 (16-15) à Dublin. Aujourd'hui, avec ses trois titres européens Toulon a pris l'ascendant sportif sur l'ASM. Mais l'écart reste mince. Ce clasico vaut aussi pour ses petites phrases qui font le gros buzz. Avant la finale européenne de 2013, Boudjellal lâche : «Michelin, c'est l'Opus Dei. Ce sont les barbus des catholiques. Je n'aime pas leur idéologie. Je n'aime pas Michelin pour ça.»Avant la finale de Coupe d'Europe à Twickenham en 2015, Boudjellal, encore lui, déclare au sujet de Clermont : «C'est une armée bien ordonnée alors que notre jeu est décousu.» De la même façon qu'il s'interroge : «Déclarer forfait coûte beaucoup d'argent mais on a quand même hésité...» Bluff éculé que le boss varois a ressorti cette semaine. Car c'est bien dans les vieux clichés qu'on fait les meilleures affiches.

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