Rugby - Entraîneur de rugby : un poste toujours plus fragile?

L'Equipe.fr
Depuis la semaine dernière, Richard Cockerill est le troisième entraîneur toulonnais de la saison. Même si l'incertitude a toujours fait partie du métier, l'actualité des coaches de rugby cette saison pose la question d'une fragilisation du poste.

Depuis la semaine dernière, Richard Cockerill est le troisième entraîneur toulonnais de la saison. Même si l'incertitude a toujours fait partie du métier, l'actualité des coaches de rugby cette saison pose la question d'une fragilisation du poste.Ce samedi, Toulon reçoit Castres (14h45) pour la 24e et antépénultième journée de Top 14. Pour Richard Cockerill, il s'agira seulement de son deuxième match de la saison en tant qu'entraîneur du RCT, en sachant déjà que ce n'est pas lui qui occupera le siège le plus éjectable du Championnat la saison prochaine. Fabien Galthié étant attendu pour reprendre l'équipe «où tout est différent».Début mars, à Bordeaux, Raphaël Ibanez a annoncé lui-même son départ de l'UBB à la fin de la saison suite à des discussions avec les joueurs et le président. En attendant, il n'apparaît quasiment plus aux entraînements. Même topo à Grenoble. Mi-mars, par manque de résultats et de contenus, le président Eric Pillaud annonçait que Bernard Jakman ne serait plus l'entraîneur du FCG la saison prochaine mais qu'il restait à la disposition du club... L'Irlandais a préféré ne plus intervenir du tout et partir. Malgré nos sollicitations, il a souhaité rester silencieux sur sa situation.Trop d'ingérence ?La ProD2 débarque aussi ses entraîneurs et même plus que le Top 14 depuis deux saisons. Cette année, il n'y aura eu besoin que des cinq premiers matches et une place de lanterne rouge à Narbonne pour que le président Bernard Archilla se sépare de l'entraîneur des avants, Patricio Noriega, depuis consultant de la mêlée au Racing92. Fin octobre, le président de Bourgoin, Pierre-André Haffner, évinçait Serge Laïrle et Florian Ninard. Le CSBJ était avant-dernier et les méthodes d'entraînement ne plaisaient pas au président.«Aujourd'hui le mélange des genres est trop présent, il nuit à l'entraîneur. Il faudrait que chacun retrouve sa place, que les présidents président, les entraîneurs entraînent et les joueurs jouent», estime Christian Gajan (59 ans), coach de Cahors Rugby en Fédérale 2 et ancien entraîneur du Stade Toulousain, de Castres, Bayonne, Carcassonne mais aussi de clubs étrangers (Italie, Japon, République Tchèque), lui-même débarqué de Carcassonne la saison dernière.Un constat partagé par David Darricarrère (46 ans). Passé par La Rochelle, Dax, Agen et Castres, il est toujours en poste à Biarritz malgré les résultats décevants du début de saison. «Parfois les présidents aux fortes personnalités interviennent dans le sportif alors qu'à l'inverse les coaches parlent rarement de présidence. A Biarritz, vu les premiers résultats, Nicolas Brusque (le président) m'a simplement fait comprendre qu'il n'était pas content et moi non plus je ne l'étais pas. En discutant, je lui ai dit qu'on était dans une phase de travail et que ça allait payer.» Aujourd'hui, les Basques sont en course pour le titre.Malgré tout, chercher la stabilité ?Qu'ils aient survécu à la mauvaise passe, comme le coach du BO, été appelé en pompier de service pendant la trêve hivernale comme David Gérard à Béziers, ou toujours en activité mais chez les amateurs comme Christian Gajan, tous rappellent que la part de précarité fait partie intégrante du métier.«Avant, la réalité d'une saison n'était pas forcément celle de la suivante, maintenant la réalité de trois mois n'est plus celle des trois suivants. A nous aussi d'être sérieux et performant pour nos joueurs et nos clubs», analyse le coach biterrois de 39 ans.Malgré les contraintes, pour David Darricarrère il y a aussi une certaine réalité : «Regardez les premiers du Top 14, regardez Brive. On reconnaît la stabilité d'un club à la stabilité de son staff. Là où les projets sont construits sur le long terme, que trébucher est autorisé et que la confiance est mêlée au travail, on est moins sur un fil permanent.»De son côté, Christian Gajan soulève le problème à sa source, celui de la formation. De plus en plus de joueurs, tout juste le protège-dents rangé, passent de l'autre côté de la barrière. Parfois, avant même l'arrêt définitif de leur carrière. Dernier exemple en date l'ouvreur Matt Giteau, certes gêné par des blessures à répétition mais toujours joueur, qui a intégré le staff de Toulon pour s'occuper des trois quarts.Pour Gajan le métier d'entraîneur s'apprend, se transmet et il faut du temps. «Quand j'ai commencé au Stade Toulousain avec Guy Novès, on entraînait l'équipe jeune du Stade, puis les seniors et enfin les pros. Il y avait Robert Bru et Pierre Villepreux, entraîneurs avant nous, pour nous transmettre les choses importantes, se souvient le champion de France 2001. Ca a évolué mais c'est sûr que c'est pas avec six mois passés à Marcoussis et un peu de magie qu'on devient entraîneur !»Lorsque David Gérard accompagne David Aucagne à Béziers, ce sont ses compétences dans le management humain qui l'ont le plus aidé : «Quand il faut travailler pour que les mecs reprennent confiance et plaisir à jouer, c'est pas plus les connaissances tactiques et techniques que savoir échanger et écouter qu'il faut, confie l'ancien deuxième ligne international. Depuis notre arrivée, on a décidé d'être francs et honnêtes avec les mecs, pour l'instant ça marche pas trop mal.» A l'époque avant-dernier de ProD2, Béziers est actuellement 10e à trois journées de la fin. Comme quoi, être entraîneur ce n'est pas si fragile, il suffit de gagner.

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