Rugby - Fusion - Didier Bès : «Tu n'en ressors pas indemne»

L'Equipe.fr
À l'automne 1997, alors qu'ils ne sont plus payés, les joueurs de Montpellier décident de faire grève. Didier Bès, alors porte-parole du groupe, reste marqué par cette épreuve douloureuse.

À l'automne 1997, alors qu'ils ne sont plus payés, les joueurs de Montpellier décident de faire grève. Didier Bès, alors porte-parole du groupe, reste marqué par cette épreuve douloureuse. Novembre 1997. Promu dans le Top 20, le Montpellier Rugby Club, alors lanterne rouge, traverse une grave crise, sportive et financière. Sur un budget de 9,3 millions de francs, le trou est estimé à 2 millions. Les joueurs ne sont plus payés depuis deux mois. Avant de se rendre à Pau, ils décident de faire grève. Didier Bès, alors talonneur et capitaine héraultais se souvient... «Quel est ce mécanisme qui conduit à la grève ? De multiples paramètres entrent en jeu. Contrairement à ce qui se passe dans le cadre de la fusion, nous avions été préparés à l’action puisque nous n’étions plus payés depuis plus de deux mois. Les situations étaient différentes en fonction des joueurs puisque nous étions, en 1997, aux prémices du professionnalisme, mais l’inquiétude était commune à tous. Nous étions à la fois en colère et inquiets car le club pouvait exploser. Est-ce une décision difficile à prendre ? Ce sont surtout des moments difficiles à vivre. Les gens de l’école de rugby, des supporters, viennent te voir, te demandent de prendre toutes les précautions... Quelque part, tu es pris en tenaille entre tes propres intérêts, ton attachement au club, et la nécessité de le maintenir à flot. On sentait très bien que l’on pouvait très vite basculer du mauvais côté et voir le rugby disparaître du paysage montpelliérain. Ce fut l’un des moments les plus durs, les plus sombres de ma carrière. Comment la décision a-t-elle été prise ? Dans un vestiaire, à main levée. C’était en début de semaine, il n’y avait pas de match le week-end. Les jours suivants ont été compliqués. On manquait de recul, Provale (syndicat des joueurs) démarrait à peine et les conseils étaient rares. La direction a ensuite proposé de réduire nos salaires de 30 à 40 %. Certains ont accepté, d’autres sont partis. On a composé une équipe hybride pour disputer la rencontre suivante face à Pau. Quelles traces le mouvement a-t-il laissé chez vous ? Il y a de la suspicion quand tu es l’un des porte-parole, les gens se demandent quel jeu tu joues, ils peuvent penser que tu comptes préserver tes arrières. D’une façon générale, ça génère du stress, tu n’as la tête ni à t’entraîner ni encore moins à jouer. Que tu le veuilles ou non, tu n’en ressors pas indemne. Les deux situations n’ont-elles pas quelques points en commun ? Leur réaction est soudaine parce que l’annonce a été violente. Après, c’est le même problème d’argent, le même attachement des joueurs à un maillot. Comme nous, les joueurs du Stade Français protègent à la fois leur club et leur intérêt. C’est une sorte de cri. Mais je le répète, c’était il y a vingt ans et le professionnalisme voyait à peine le jour. Le Pascal Papé d’aujourd’hui est-il dans le même rôle que le Didier Bès de l’époque ? Quelque part, oui. J’étais le capitaine de l’équipe, son porte-parole, très attaché à ce club. J’échangeais avec le président, avec les dirigeants, les joueurs, j’essayais de mesurer le poids de chaque décision. »

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