Rugby - NZ - Billets verts pour maillot noir en Nouvelle-Zélande avant la potentielle vente d'une partie des droits des All Blacks

L'Equipe.fr
·4 min de lecture

La Fédération néo-zélandaise de rugby décidera jeudi, par un vote en assemblée générale, si elle accepte de vendre une partie de ses droits des All Blacks à un fonds d'investissement américain. Les joueurs peuvent encore opposer leur véto. La question suscite un débat passionné depuis plusieurs jours en Nouvelle-Zélande. La Fédération néo-zélandaise de rugby décidera jeudi, par un vote en assemblée générale, si elle accepte de vendre un peu de l'âme des mythiques All Blacks à un gros fonds d'investissement américain. La tendance était à un vote favorable à la proposition du fonds Silver Lake, basé en Californie : 280 millions de dollars (230 millions d'euros) pour acquérir une partie de la marque « All Blacks », celle des hommes en noir triples champions du monde, qui gagnent huit matches sur dix. lire aussi La Fédération néo-zélandaise confirme négocier avec un fonds d'investissement Silver Lake souhaite acquérir 12,5 % des droits commerciaux et le droit de négocier des accords dans le monde entier pour vendre des droits de télévision et des produits dérivés. Ce qui ferait bondir la valeur commerciale globale du rugby néo-zélandais à 2,2 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros). Leur haka d'avant-match est presque aussi célèbre qu'eux, il fait peur à certains et leur âme, jusqu'à maintenant, n'était pas à vendre. Au cours du débat de ces derniers jours, certains ont même évoqué un veto des joueurs, un peu comme quand les capitaines des clubs de la Premier League anglaise se sont opposés au projet délirant d'une Super Ligue dans le football européen. Mark Robinson, directeur général de New Zealand Rugby « Nous sommes convaincus que le jeu doit changer et que nous avons un rôle de leader à jouer pour que des opportunités se présentent » Sauf que le rugby néo-zélandais connaît de gros soucis financiers et ne peut se permettre le luxe de refuser l'apport de cash-flow proposé par Silver Lake. Les All Blacks sont à la fois un monument historique et une obsession de tous les jours en Nouvelle-Zélande, ils font partie intégrante de la vie des habitants, de leur fierté nationale, à quelques encablures des grands rivaux australiens et sud-africains. Pour le grand patron de New Zealand Rugby Mark Robinson, par ailleurs en discussion avec le groupe français Altrad pour le sponsoring maillot, cet accord permettrait de « transformer » le rugby néo-zélandais et surtout de procurer une manne inespérée aux clubs locaux, souvent dans le rouge malgré les succès des Blacks sur les pelouses de la planète. « Nous sommes convaincus que le jeu doit changer et que nous avons un rôle de leader à jouer pour que des opportunités se présentent », a dit Robinson à des journalistes locaux, dans un pays où la pandémie semble mieux maîtrisée qu'ailleurs mais où le rugby souffre quand même. Les fans pour l'instant silencieux « Les clubs ont vendu leur âme », a regretté l'un des prédécesseurs de Robinson, David Moffett, sur Radio NZ. Selon lui, Silver Lake, qui gère un portefeuille d'actifs de 79 milliards de dollars (65 milliards d'euros), va tenter de presser les All Blacks comme des citrons, quitte à leur faire jouer des matches exhibition dénués de sens aux États-Unis. « On verra les All Blacks jouer plus de matches sans intérêt, ce qui va dévaluer la plus belle marque du rugby mondial », prévoit Moffett. Des fans des All Blacks avaient déjà réagi en nombre, sur la page Facebook de la fédération, quand la société d'assurance américaine AIG avait annoncé en 2012 qu'elle apparaîtrait sur les fameux maillots noirs, longtemps vierges de tout sponsor. Sur ce dossier, les supporters sont restés silencieux, laissant le syndicat des joueurs monter en première ligne. D'autant que l'investisseur potentiel n'est pas le premier venu : Silver Lake a acquis fin 2019 une part de 10 % dans le City Football Group, propriétaire de Manchester City. lire aussi Eddie Jones sous le feu des critiques après des révélations de Beauden Barrett Selon des documents révélés avant le vote, une partie de l'investissement initial de Silver Lake, s'il est accepté jeudi, sera versée dans une Fondation destinée à préserver les intérêts du rugby néo-zélandais. Mais selon un chroniqueur sportif du site Stuff.co.nz, Mark Reason, Silver Lake veut juste gagner de l'argent « en augmentant la valeur de New Zealand Rugby sur le papier avant de revendre en encaissant une plus-value, comme ils font d'habitude ». L'association des joueurs dans laquelle siègent les leaders All Blacks tels que Sam Cane, Sam Whitelock ou encore Aaron Cruden ne souhaite pas que les chants des cultures Maori et Pasifika, y compris celui du fameux haka, fassent partie de la transaction. Ils peuvent encore opposer leur veto. Réponse jeudi.