Rugby - NZL - Dan Carter, néo retraité : « Transmettre sur l'art de gagner »

L'Equipe.fr
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À 38 ans, Daniel Carter a décidé de mettre un terme à sa carrière professionnelle. Le double champion du monde avec les All Blacks nous explique pourquoi et esquisse son avenir, dans lequel il s'imagine transmettre la science de la victoire qui en fait un des meilleurs joueurs de tous les temps.

« Ça y est, à 38 ans, vous avez décidé d'arrêter votre carrière professionnelle ?
C'est un jour que la plupart des sportifs professionnels redoutent, quand il faut annoncer sa retraite... Mais la beauté de ce moment pour moi, c'est que j'ai la chance de le décider par moi-même, ce n'est pas une blessure ou autre qui m'y propulse soudainement... J'ai eu une carrière incroyable, sur plus de dix-huit ans, dont une partie en France, avec d'excellents souvenirs. J'ai fait durer le plaisir assez longtemps, tant que j'appréciais de jouer, mais aujourd'hui c'est le bon moment d'arrêter ma carrière professionnelle.

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Qu'est-ce qui vous a fait sentir que c'était le bon moment ?
La retraite, j'y ai pensé à plusieurs occasions tout au long de ma carrière ! Quand je traversais une période de blessures en 2013-2014, il y avait eu des moments où je pensais que je devrais arrêter... Heureusement, je ne l'ai pas fait ! Parce que 2015 a été une grande année. Puis j'ai signé un contrat avec le Racing 92 en France, je voulais y atteindre quelques objectifs rugbystiques en Europe. Je pensais que ça serait mon dernier contrat, et que je pourrais m'arrêter là, mais je me suis retrouvé à m'engager pour deux saisons au Japon, par l'intermédiaire de Wayne Smith ! C'est un bon ami, et un des meilleurs entraîneurs que j'ai connus. Il m'a demandé de le rejoindre aux Kobe Steelers et j'ai appris beaucoup de choses au Japon, dans des saisons courtes. J'ai adoré me fondre dans la culture de cette équipe. Ca m'a redonné un coup de jeune, rendu de l'énergie pour continuer à jouer. Mais à cause du Covid, j'ai dû rentrer en Nouvelle-Zélande et la saison au Japon a été annulée... C'était très frustrant même si j'ai compris pourquoi, bien sûr. Une partie de moi voulait les aider à gagner deux titres de suite... En rentrant au pays, j'ai réalisé l'importance de ma famille. Et quelle chance on avait, ici, en Nouvelle-Zélande, d'avoir une vie quotidienne préservée des effets du Covid.

Pourtant, en rentrant en Nouvelle-Zélande, vous avez quand même signé un nouveau contrat...
J'ai quand même décidé de m'entraîner avec les Auckland Blues, je m'y suis investi, j'ai travaillé sur leur groupe de leaders. Mais je pratique ce sport pour essayer d'être le meilleur joueur sur le terrain... Pour ça, il faut se plonger à 100% dans la bataille. Je me suis rendu compte que je n'avais plus la même volonté que lors de mes précédentes saisons en Nouvelle-Zélande. Alors entre le moment où j'ai compris ça, et où je me suis rendu compte que je ne voulais plus voyager à cause de la pandémie, je me suis dit que c'était le bon moment d'arrêter.

En septembre dernier, vous avez quand même eu l'occasion de finir sur un dernier trophée avec Southbridge, le club de votre enfance...
Oui ! Dans une carrière professionnelle, tu n'as pas souvent l'occasion de retourner sur tes propres pas ! Il y a tellement d'incertitudes en ce moment dans le monde, avec toutes ces compétitions reportées, annulées... C'était génial de pouvoir retourner là, et de jouer avec l'équipe avec laquelle j'avais commencé à 6 ans ! J'ai pu les aider à remporter le Coleman Shield en septembre. C'était un honneur ! Du rugby plaisir, ça m'a rappelé que j'aimais ce sport. Et qui sait, j'ai peut-être encore ma place parmi les amateurs ! Mais le professionnalisme, l'investissement que réclame une saison, je sens que je ne peux plus. Je veux profiter de ma famille, avec trois jeunes enfants, et le numéro quatre en chemin... C'est aussi bien de profiter des week-ends avec la famille, récupérer mes enfants à 15 heures après l'école, et mon corps me remercie de ne plus avoir à jouer !

Comment imaginez-vous l'après rugby pour vous ?
L'année dernière, j'ai déjà pu commencer à y réfléchir. J'ai profité des miens, d'un mode de vie plus relax et j'ai eu le temps de m'organiser sur ce que serait le prochain chapitre de ma vie ! Je travaille sur plusieurs projets, dans lesquels je crois à fond, qui me passionnent, que ça soit en Nouvelle-Zélande ou à l'international. J'ai le sentiment que je peux transmettre beaucoup de mon expérience et de mes théories sur l'art de gagner. C'est quelque chose que j'ai réalisé au fil de ma carrière, qu'une culture de la gagne ça se construit et c'est quelque chose que je peux partager. »