Rugby - Top 14 - CO - Le Castrais Anthony Jelonch en a fini avec les blessures et retrouve la forme cet automne

L'Equipe.fr
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Acteur majeur du sacre castrais en 2018, le troisième-ligne castrais Anthony Jelonch était ensuite retombé dans l'anonymat, freiné par les blessures. Ses deux récents matches avec les Bleus ont rappelé son immense potentiel. Il sera l'un des atouts du CO, mardi soir, face à Brive lors du match en retard de la 4e journée du Top 14. En l'espace de deux matches contre l'Italie (36-5) et l'Angleterre (19-22, a.p.), lors de la récente Coupe d'automne des nations, la France du rugby a retrouvé Anthony Jelonch tel qu'elle l'avait laissé presque trois ans plus tôt, lors du dernier titre de champion de France du Castres Olympique : plaqueur invétéré, pénible dans les rucks, puissant, ballon en main. À 24 ans, le troisième-ligne polyvalent du CO semble être redevenu celui que Christophe Urios, l'ancien manageur du club (2015-2019), présentait à l'époque comme le « futur n°7 de l'équipe de France ». D'où cette question, légitime : mais où était donc passé ce joueur si prometteur pendant tout ce temps ? « Disons qu'avec l'euphorie et les copains, l'été qui a suivi le titre de 2018 a été un peu compliqué, confie-t-il dans un sourire. J'avais pris un peu de poids. J'étais monté à 113 ou 114 kg alors que je suis à 106 aujourd'hui. » Au-delà de ce léger laisser-aller, le Gersois a surtout été victime de blessures successives aux deux épaules qui ont considérablement ralenti sa progression. « On m'y a enlevé des bouts de cartilage, explique-t-il. Après les deux fois trois mois de convalescence nécessaires, j'ai dû parfois composer avec des douleurs, parce que la zone reste longtemps sensible. Or, quand t'es dans le défi comme moi, quand t'aimes plaquer, il vaut mieux de pas avoir mal aux épaules. Malgré ça, j'ai quand même disputé une quinzaine de matches la saison d'après-titre (2018-2019) et encore une vingtaine la saison passée (2019-2020). Je n'étais pas au niveau pour être repris en équipe de France, mais j'ai fait mes matches avec Castres. » Anthony Jelonch « À Castres, j'essaie d'entraîner les mecs derrière moi. Je veux qu'ils ressentent ce que je ressens moi-même quand Urdapilleta stoppe un gros en se jetant dans ses jambes, quand Vaipulu fait couiner un adversaire sur un plaquage ou quand Babillot gratte un ballon important en défense » Aujourd'hui, Jelonch va beaucoup mieux. À tel point que ses deux derniers matches avec les Bleus, trois ans après ses deux premières sélections contre la Nouvelle-Zélande (18-38) et l'Afrique du Sud (17-18), en novembre 2017, ont épaté jusqu'à son meilleur pote, le demi de mêlée toulousain Antoine Dupont : « J'ai sûrement été moins surpris que d'autres parce que je le connais depuis longtemps (ils ont joué ensemble à Auch, en catégories jeunes, et à Castres), observe ce dernier. L'arrêt des compétitions à cause du Covid-19 lui a permis de bien récupérer de ses blessures. Et aujourd'hui, il a retrouvé le potentiel qu'on lui connaissait. On voit que quand il est en forme, ça fait mal. » Jelonch se définit comme un « travailleur de l'ombre », à l'image de l'ex-flanker sud-africain de Toulon Juan Smith, 70 sélections avec les Boks, double champion d'Europe avec le RCT (2014 et 2015), sa référence à son poste. Il se voit aussi comme un porteur de ballons : « J'aime bien donner avant ou après contact, mais parfois, je sais que je ne pourrais pas. Alors, je mets le ballon sous le bras et j'essaie de gagner des mètres. » Il prétend avoir progressé dans ses déplacements. « J'arrive plus souvent à faire le bon choix dans l'urgence, à enchaîner des actions à haute intensité. » Mais ce qu'il préfère, c'est mettre des cartouches, faire reculer l'adversaire à l'impact. « Un plaquage net, où tu sens que t'as mis ce qu'il faut, j'aime bien, ouais. Ça marque le mec en face. » Pressenti comme capitaine contre l'Angleterre Le bonhomme s'affirme aussi de plus en plus comme un leader par l'exemple. Son nom a même circulé, comme ceux de Couilloud (finalement choisi) ou Dulin, pour prendre le capitanat face aux Anglais, il y a deux semaines. « Je ne suis pas un grand bavard, mais je pense inspirer confiance à mes partenaires, explique-t-il. Quand je dis quelque chose, je sens que tout le monde m'écoute. À Castres, j'essaie d'entraîner les mecs derrière moi. Je veux qu'ils ressentent ce que je ressens moi-même quand Urdapilleta stoppe un gros en se jetant dans ses jambes, quand Vaipulu fait couiner un adversaire sur un plaquage ou quand Babillot gratte un ballon important en défense. Ces moments où tu dis : "Waouh, il faut absolument que je fasse aussi bien qu'eux l'action d'après". » Jelonch dispute sa cinquième et dernière saison à Castres. Un club où il a retrouvé et aimé les mêmes valeurs que celles qui ont bercé le rugby de son enfance, à Vic-Fezensac (Gers). « On nous appelle les casse-couilles du Top 14, s'amuse-t-il. Franchement, ça nous va bien. C'est raccord avec l'identité du club. Ici, on ne lâche rien. » Anthony Jelonch « J'aimerais terminer mon aventure au CO de la plus belle des manières. Et s'il faut se battre jusqu'à bout pour le maintien, on le fera Ça tombe bien. Le CO jouera une partie importante de son avenir, ce soir, face à Brive, en match en retard de la 4e journée. Douzième au classement, avec un seul point d'avance sur la place de barragiste actuellement occupée par son adversaire du jour, le club tarnais aura bien besoin de son troisième-ligne pour s'éloigner de la zone dangereuse. « En fonction du résultat, et de celui du match contre Bayonne, dimanche prochain, on saura s'il faudra jouer le haut ou le bas du tableau cette saison, souffle le joueur. J'aimerais terminer mon aventure au CO de la plus belle des manières. Et s'il faut se battre jusqu'à bout pour le maintien, on le fera. Disputer des matches à la vie, à la mort, ça doit être aussi prenant que de jouer des rencontres pour la qualification en phase finale. » Plus tard, si tout va bien, Jelonch postulera le prochain Tournoi des Six Nations dans une équipe tricolore où son profil diffère de ceux des troisième-ligne titulaires actuels (Cros, Ollivon, Alldritt) et où il se régale. « Par rapport à mes premières sélections d'il y a trois ans, je sens qu'il y a quelque chose en plus, dit-il. Ça vient peut-être de la jeunesse de ce groupe, on y développe plus facilement des affinités. » Plus tard encore, à l'intersaison, il rejoindra son nouveau club, certainement le Stade Toulousain, même si le transfert n'a pas encore été officialisé. Il y retrouvera... Antoine Dupont. Pour un nouveau challenge excitant. « Jusqu'ici, on a tous les deux remporté un titre dans un club différent. Moi avec Castres (2018), lui avec Toulouse (2019). Ça serait incroyable d'en gagner un ensemble. Mais bon, je resterai quand même à jamais le premier des deux à l'avoir eu (rires) ! »