Rugby - Top 14 - Coronavirus : des supporters inquiets et solidaires

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Frustrés d'être éloignés des stades, les supporters tentent de rester au contact des clubs qu'ils soutiennent. Et se préoccupent des répercussions de la crise.Des clubs de supporters fragilisésSi tous les fans s'inquiètent légitimement pour la santé économique de leurs clubs, certains groupes de supporters se trouvent également eux-mêmes dans le rouge. C'est particulièrement le cas du Huit (360 adhérents), l'une des principales associations de supporters du Stade Toulousain, qui, ne parvenant plus à payer le loyer de son local, a mis en ligne une cagnotte pour l'aider à se sauver.« La situation devenait critique, on a des factures à régler mais plus aucune entrée d'argent, avance Jean-Marc Arnaud, son président. En général, on en rentre surtout au printemps, aux beaux jours. Les matches ont de l'enjeu, on remplit des bus sur les déplacements, on organise des repas. Cette saison, comme les internationaux n'étaient pas là au début puis en février-mars (ils étaient à la Coupe du monde puis au Tournoi), les matches attiraient moins, on a déjà dû puiser dans les caisses cet hiver. D'habitude, on peut aussi compter sur les ventes des cartes d'adhésion pour la saison suivante dès fin juin-début juillet, en même temps que les abonnements, mais cette année, ils ne vont pas entrer à cette période dans la mesure où l'on parle d'un début de saison à huis clos. »La cagnotte, qui avait dépassé les 11 000 euros en début de semaine, devrait aider le Huit. « Elle est importante, mais nous ne sommes pas sauvés pour autant, reprend Jean-Marc Arnaud. Si les prochains matches sont à huis clos et qu'on ne rentre pas de public, on pourra tenir jusqu'en octobre... »la LNR abandonne officiellement le scénario d'une reprise fin juinSi le cas du Huit apparaît (pour l'instant) relativement isolé dans le paysage des clubs de supporters de rugby, d'autres s'attendent à certaines complications. « Le problème qu'on va rencontrer, c'est que la quasi-totalité de nos soutiens financiers - une dizaine de partenaires - sont des gens qui travaillent sur des métiers de bouche. Ils risquent eux-mêmes d'être en difficulté, souligne Laurent Leplomb, président du club Agir avec le XV Rochelais. Pour 2021, j'ai déjà prévenu qu'on se serrerait la ceinture. »Solidaires avec leurs clubsNombre d'associations de supporters ont participé ou ont monté depuis le début du confinement des cagnottes ou actions, en faveur du personnel hospitalier ou des personnes précarisées par la crise. Certains groupes ont également annoncé qu'ils resteraient solidaires de leurs clubs, qu'ils savent fragilisés. Notamment au sujet de l'épineux sujet des abonnements, déjà payés par les fans pour l'ensemble d'une saison finalement amputée de quatre ou cinq matches à domicile. Le Huit a ainsi lancé une pétition pour renoncer au remboursement de l'abonnement au Stade Toulousain pour cette saison.« Mes adhérents l'ont lancé d'eux-mêmes, précise Jean-Marc Arnaud. Après avoir vu la réaction des joueurs, des dirigeants et des autres supporters au lancement de notre cagnotte et à notre possible disparition, tout le monde a été ému. Et les adhérents ont dit, à nous de soutenir le Stade Toulousain maintenant. Cet argent avait déjà été encaissé par le club, on ne va pas leur demander un avoir pour la saison prochaine. S'ils jouent à huis clos, ils auront suffisamment de difficulté comme ça. »Les groupes de supporters de l'UBB ont, eux, publié lundi un communiqué commun pour annoncer qu'ils allaient, « dans la mesure de leurs possibilités », ne pas demander non plus le remboursement de leur abonnement.« Rien n'a été encore décidé mais l'écho général du côté des clubs de supporters rochelais est de ne pas demander le remboursement des cinq matches qu'on n'aura pas vus, affirme Laurent Leplomb. Ça serait petit, vu la perte financière subie par le club. »Président de la Fédération française des supporters de rugby (FFSR), Gérard Risacher estime aussi qu'une demande de remboursement serait mal venue : « Les clubs pros sont déjà mal. Dans l'esprit, l'idée serait plus de leur dire qu'on espère qu'ils feront un petit effort sur les abonnements de la saison prochaine pour les abonnés de cette saison. »Prêts à revenir dans des stades à la fin de l'été ?Même si l'éventualité que les prochains matches de Top 14 ou de Pro D2 se disputent à huis clos devient de plus en plus crédible, rien n'a encore été décidé en ce sens. Mais après une telle crise sanitaire, les supporters se verraient-ils revenir dans les stades dès la fin de l'été s'ils étaient autorisés à le faire ? « A titre personnel je ne pense pas, pour des raisons médicales notamment, estime Laurent Leplomb. J'aurais 20 ou 30 ans de moins pourquoi pas... Chacun prendra individuellement sa responsabilité si les autorités nous le permettent. »« Si les prochains matches ne se jouent pas à huis clos, nous pensons qu'il manquerait du monde dans les stades, beaucoup de supporters auront peur d'y aller, affirme Gérard Risacher, de la FFSR. On a commencé à sonder les supporters et ce sont les retours que l'on a eus. Se retrouver d'ici quelques mois dans des stades où on est les uns contre les autres, ça ne serait pas évident. En plus, au rugby, il y a beaucoup de supporters d'un certain âge. Tous les anciens sont des gens à risque, qui ne veulent pas en prendre. »Eric de Cromières (Clermont) : « Le huis clos ? C'est intéressant pour Canal+ et c'est tout »Quant à imaginer plusieurs mois de compétition à huis clos, les supporters ont du mal à l'imaginer. « Ce serait énormément de frustration, imagine Leplomb. Pour un joueur comme pour un supporter, ça équivaudrait presque à une punition. Mais entre ça et rien du tout, peut-être que le huis clos serait mieux. »

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