Rugby - Top 14 - Top 14 : Fickou - Bastareaud, la fin des clichés

L'Equipe.fr
A priori, les centres Mathieu Bastareaud (Toulon) et Gaël Fickou (Toulouse) présentent des profils si différents qu'il est facile de les opposer. A priori... Car à y regarder de plus près, ce n'est pas aussi simple que ça. Explications avant le choc (17h00).

A priori, les centres Mathieu Bastareaud (Toulon) et Gaël Fickou (Toulouse) présentent des profils si différents qu'il est facile de les opposer. A priori... Car à y regarder de plus près, ce n'est pas aussi simple que ça. Explications avant le choc (17h00).Guy Novès, le sélectionneur du XV de France depuis deux saisons, a fait son choix. Si Mathieu Bastareaud a été appelé pour préparer des matches, il n'a pas été couché sur une feuille de match lors du dernier Tournoi. En revanche, Gaël Fickou a débuté toutes les rencontres. Dans son projet de jeu, Novès veut du mouvement, que le ballon vive de mains en mains. Il privilégie donc les appuis de Fickou à la puissance de Bastareaud et entretient, sans le vouloir, le fantasme qui voudraient que les deux hommes représentent chacun un opposé du spectre de l'activité d'un centre sur le terrain.Mais, justement, ce fantasme ne repose sur rien de solide. Bien sûr, il y a le physique. Mathieu Bastareaud est hors normes. Annoncé à 120 kg pour 1,85 m, il ne dépareillerait pas en première ligne, c'est un fait. Et la différence avec Fickou (90 kg pour 1,90 m) ne fait qu'accentuer le décalage supposé. En bref, Bastareaud est un tank qui défonce tout avant de finir au sol et Fickou un porteur de ballon qui œuvre pour la continuité du jeu. Vraiment ?Non, Mathieu Bastareaud n'est pas un coffre à ballonPremière idée reçue battue en brêche, non Mathieu Bastareaud n'est pas un coffre à ballon. Sur l'ensemble de la saison (voir graphique ci-dessus), le Toulonnais fait bien plus jouer derrière lui que le Toulousain. Et en match, il porte son total à 1,8 passe après contact contre 0,7 pour Fickou. Mais cela s'explique aussi par le fait que Bastareaud est plus régulièrement recherché par ses coéquipier dans le jeu, alors que Fickou a tendance à se fondre dans le collectif des trois-quarts.Toulon joue autour de "Bastarocket"Et si Bastareaud est recherché par les Toulonnais, c'est pour sa capacité à briser les défenses. Sa réputation de tank n'est pas usurpée. Sur un match, Bastareaud bat en moyenne 3,2 défenseurs contre 1,4 pour Gaël Fickou. Si ce dernier cherche l'évitement, les défenses du Top 14 ne lui laissent pas vraiment la possibilité de s'exprimer et ses actions sont plus vite arrêtées. En effet, si le Stade Toulousain est la première équipe en possession de balle, elle n'est que la douzième attaque du championnat. Manquant souvent de soutien lors de ses inspirations, Fickou est finalement moins impliqué dans la continuité du jeu que Bastareaud, dont les coéquipiers savent à l'avance ce qu'il va faire.Donner le ballon à Bastareaud semble être une tactique régulière à Toulon. De fait, le centre a déjà porté 134 ballons, soit 9,9 par match. Et une fois qu'il a le ballon, Bastareaud avance ! 501 mètres depuis le début de la saison. En moyenne, il parcourt 36,9 mètres balle en mains par match. Un total inférieur à celui de son adversaire toulousain qui totalise 44 mètres par matches. Mais là où Bastareaud file tout droit, Fickou emprunte parfois la rocade. Oui, le centre toulousain court beaucoup balle en main, mais il n'arrive que très rarement à destination. Bastreaud non plus (4 essais contre 3 à Fickou), mais on a vu qu'il parvenait plus à faire jouer derrière lui.Mais une palette plus large pour FickouEn revanche, là où les détracteurs de Bastareaud ont raison, c'est dans l'absence de variation dans le jeu qu'il propose. Malgré son efficacité, il faut souvent deux à trois défenseurs pour l'arrêter, Bastareaud évolue sur un registre qui peut sembler limité, le rentre-dedans. Pour plus de variation, il faut se tourner du côté du Stade Toulousain qui propose une orgie de jeu depuis le début de saison (mais sans résultat...). Ainsi, il n'est pas rare de voir Fickou utiliser le jeu au pied dans un match (1,9), ce qui est rarissime chez Bastareaud (0,4).En revanche, le physique de Bastareaud lui permet de briller dans les rucks où il n'hésite pas à aller combattre. Depuis le début de la saison, le Toulonnais a arraché 13 ballons à ses adversaires, soit un par match quand Fickou arrive péniblement à 0,1. Le problème est que Bastareaud, de par son jeu en percussion, a perdu autant de ballons depuis le début de la saison (13). Mais il coûte moins de pénalités (4 depuis le début de la saison) que Fickou (8).Si l'influence offensive des deux hommes est donc différente, ils se rejoignent sur leur capacité à défendre solidement. Avec un léger avantage à Gaël Fickou qui présente un bilan de 5,4 plaquages par matches contre 4,4 pour Bastareaud. En revanche, les deux hommes présentent le même nombre d'échec (0,8) et un pourcentage de réussite très proche (87 % pour Fickou contre 85 % pour Bastareaud).Les clichés peuvent avoir la vie dure, mais ceux qui entourent Bastareaud et Fickou sur le thème de la brute et de l'artiste ne tiennent pas vraiment l'étude précise des prestations des deux hommes. Même s'il faut reconnaître que le jeu du RCT a tendance à s'articuler autour des charges de Bastareaud, plus que le jeu toulousain ne s'appuie sur les inspirations de Fickou. Et si, plutôt que de les opposer, la solution était de les associer ?

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