Rugby - Top 14 - UBB - Bordeaux-Bègles, les secrets d'un grand cru

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Avant la suspension du Top 14 en raison de l'épidémie de coronavirus, l'Union Bordeaux-Bègles réalisait la meilleure saison de son histoire, au point de se hisser largement en tête du Championnat. Retour sur les raisons de cette spectaculaire réussite.C'était il y a moins d'un an, et pourtant cela semble faire une éternité. Le 25 mai dernier, l'Union Bordeaux-Bègles achevait une bien triste saison 2018-2019 à La Rochelle par une déculottée majuscule (81-12, douze essais à deux) pour terminer à une anonyme 10e place du Championnat. Mais l'exercice passé, marqué par le départ du manager Rory Teague dès le mois de novembre et l'intérim poussif de Joe Worsley, n'a pas servi à rien. Il a entraîné une révolution salvatrice qui a porté les Girondins jusqu'au sommet du rugby français.Top 14 : Comment Christophe Urios a conquis les joueurs de l'UBB« On entame un nouveau cycle, dans un nouveau cadre avec de nouvelles idées, confiait le jeune ouvreur international Matthieu Jalibert en début de saison. Christophe (Urios) a de l'expérience, il a réussi partout où il est passé, on ne peut qu'apprendre à ses côtés. Si je devais retenir une différence par rapport à la saison dernière, ce serait cette façon de réunir les gens sous un même projet, d'aller tous dans la même direction. »Conscient de l'attente autour de l'UBB, jamais qualifié en phase finale depuis sa remontée dans l'élite en 2011, Urios a mis les joueurs face à leurs responsabilités, comme il l'évoquait avant le premier match de l'année contre Toulouse : « Ils en ont marre de passer pour des bouffons, des éternels espoirs ou ambitieux, ceux qui sont toujours bien placés en cours de saison mais qui n'arrivent jamais à se qualifier à la fin. Les gars ont envie de gagner. Mais pour ça, il faut qu'ils changent. Parce que s'ils ne changent pas, on n'y arrivera pas. Il faut qu'ils soient capables de s'engager tout le temps, pas seulement sur un mois. On peut le faire, mais ça dépend d'eux. » Visiblement, le message est bien passé.Un recrutement parfaitMaligne, l'UBB a parfaitement su s'adapter à l'absence de ces internationaux pendant la Coupe du monde 2019 (du 20 septembre au 2 novembre 2019), même si l'effectif girondin n'était pas forcément le plus touché avec seulement six joueurs sélectionnés (contre treize pour Toulouse ou dix pour le Racing par exemple). Pour combler ces manques, le club a pu compter sur un recrutement judicieux.Bordeaux-Bègles s'est attaché les services de joueurs d'expérience, des internationaux français (Alexandre Flanquart, Rémi Lamerat) ou étrangers (Scott Higginbotham, Santiago Cordero) qui se sont quasiment tous illustrés pendant que les stars mondiales s'affrontaient au Japon. Ben Botica, désigné meilleur joueur du Top 14 en 2018, est mieux qu'une alternative à Matthieu Jalibert au poste d'ouvreur. Et à la mêlée, la cohabitation brillante entre le gestionnaire Maxime Lucu (8 titularisations), arrivé de Biarritz cet été, et le feu follet Yann Lesgourgues (9 titularisations), constitue l'une des plus belles réussites du management d'Urios et son staff.Un jeu décomplexéLe leader bordelais réussit grâce à son efficacité, mais séduit les foules par la virtuosité de son rugby. Un peu à l'image du champion toulousain l'an passé, les joueurs de Christophe Urios pratiquent un jeu léché, dynamique, dans lequel le ballon est constamment en vie. Matthieu Jalibert l'expliquait ainsi en février : « En début de saison, le staff nous a tout de suite placés devant nos responsabilités. ''Qu'est-ce que vous voulez mettre en place ? Comment voulez-vous jouer ?'' On a ressorti la notion de famille, qui avait un peu disparu ces dernières saisons, comme celles de joie et d'instinct. »Top 14 : l'UBB, une troisième ligne si importanteUn état d'esprit de rêveMais ce qui fait le charme de cette équipe, en plus de son jeu flamboyant, c'est l'état d'esprit qui l'accompagne, l'impression de plaisir qui se dégage d'elle. Sur le terrain, comme en dehors, les joueurs de l'UBB forment une bande de potes. Et cela se voit. Les comptes Instagram de certains comme Nans Ducuing, aussi génial pour relancer les ballons de son camp que pour poster des stories hilarantes, témoignent de l'ambiance générale. Mention spéciale à la Moga Turbo, ce petit bolide que les joueurs s'échangent et magnifient depuis septembre.Cette joie de vivre, prégnante dans plus d'un club, serait anecdotique si elle ne se transposait pas sur le terrain, pour le meilleur. Depuis sept mois qu'ils trustent les sommets du Championnat, les Girondins sont attendus partout, et ils répondent présent à chaque fois ou presque. Aucun contrecoup ne vient émailler la marche sereine et conquérante de l'équipe. Avec seulement trois défaites (à Lyon, Brive et Toulouse) en 23 rencontres, Top 14 et Challenge Européen confondus, le bilan a de quoi faire pâlir les mastodontes du rugby international.On ne sait toujours pas si la saison 2019-2020 ira à son terme, encore moins si l'UBB pourra défiler avec un trophée place de la Bourse sous le soleil d'été... « Au-delà des objectifs, le plus important pour nous, annonçait Urios en juillet, c'est de regagner le coeur de nos supporters. » Cette mission-là, au moins, est d'ores et déjà remplie.

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