Rugby - Top 14 - UBB - Laurent Marti (UBB) : « C'est quoi un titre par rapport à tous ces morts ? »

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Le président de l'UBB, leader du Top 14 avant l'arrêt définitif de la saison décidé ce jeudi, est amer mais relativise sa frustration en regard de la crise sanitaire et des drames humains qu'elle engendre. « Comme redouté, la saison de Top 14 s'est terminée pour vous, comme pour d'autres, le 1er mars...
Oui, elle est terminée.
Les conditions sanitaires ne permettent pas de la finir correctement. Dans un premier temps, il y a un mois et demi, je me suis battu pour qu'on puisse finir cette saison, si les conditions sanitaires le permettaient, en la rendant la plus équitable possible. Puis il y a eu une deuxième phase liée au rapport médical de la Ligue, qui nous disait « attention, on a des doutes sur la sécurité des joueurs dans la mesure où ce virus a une affinité pour le coeur ». À partir de là, je me dis qu'on ne va quand même pas mettre les joueurs trop rapidement à l'entraînement sans avoir de test ; c'est ce que nous disait le corps médical et on avait aucune garantie d'avoir des tests. Ça devenait trop dangereux donc on a oublié ça. Quels sentiments vous laissent cette saison désormais terminée ?
Beaucoup de gens nous disent : " vous n'avez vraiment pas de bol, une année où vous étiez si bien partis... " Oui, c'est vrai, on aurait aimé défendre nos chances jusqu'au bout. Mais d'abord, tu te dis, c'est quoi un titre par rapport à tous ces morts qu'on a connus ? On vient de perdre Jean-Marc Manducher, l'ex-président d'Oyonnax, qui était un type fantastique. Alors je suis partagé. En même temps, je me dis qu'il y a un truc qu'on ne pourra pas nous enlever, c'est qu'aux deux-tiers de la saison, jamais une équipe n'avait eu autant d'avance sur ses poursuivants. On était à 25 000 spectateurs de moyenne : jamais personne n'a fait aussi bien. On a eu des matches fabuleux, une ambiance extraordinaire au stade, dans l'équipe, dans le club. On ne pourra pas nous l'enlever. Il n'y a pas un titre qui le matérialise mais les raisons qui font que cela ne soit pas matérialisé sont bien plus graves qu'un nom gravé sur un bouclier. Laurent Marti, président de Bordeaux-Bègles « Vainqueur moral, je ne sais pas ce que cela veut dire » L'UBB est le vainqueur moral du Top 14. Vous accepteriez ce titre ?
Vainqueur moral, je ne sais pas ce que cela veut dire. On sait qu'on dominait largement ce Championnat, que ce Championnat passe par des phases finales et qu'en phases finales, tu peux perdre. Donc on reste très humble par rapport à ça. Fin mars, l'idée d'un bonus-malus a circulé pour que cette saison ne soit pas complètement blanche. C'est toujours d'actualité ?
Ça fait partie des choses qui m'ont beaucoup déçu dans cette crise. L'allure avec laquelle les présidents de Top 14 comme de Pro D2 ont balayé par un vote toutes possibilités de donner un avantage quelconque à ceux qui avaient de l'avance au classement m'a profondément écoeuré. Pour la Pro D2, c'est encore plus injuste. Ils sont à soixante-quinze pour cent des matches joués, on leur dit " vous ne montez pas " et on ne leur donne aucun avantage points. La LNR propose l'arrêt de la saison 2019-2020 Avant d'évoquer la reprise, il y a aussi la question des salaires des joueurs à gérer...
En ce qui me concerne, je n'ai pas encore parlé à mes joueurs donc je ne vais pas le faire par voie de presse. Il y a juste une généralité qui est de dire que s'il n'y a pas un effort collectif à tous les stades du club, les clubs vont mourir. C'est le point numéro un. Personnellement, j'attends qu'on ait une vision un peu plus claire de la date à laquelle on va rejouer, savoir comment les partenaires vont nous suivre, est-ce que l'État va nous aider, avant d'aller voir les joueurs à livre ouvert et leur dire " voilà les gars où on en est, voilà l'effort qu'il faut que vous fassiez sinon le club pourrait disparaître ". Vous vous voyez reprendre la saison prochaine à huis clos avant de revenir à la normale ?
On y sera peut-être contraint, mais ce serait terrible car l'économie du rugby ne supporterait pas du huis clos. On ne peut pas vivre à huis clos. 20% de nos recettes seulement émanent des droits télés, 80% émanent de tout ce que l'on fait autour du terrain. Donc on ne tiendra pas malgré une baisse des salaires des joueurs. »

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