Rugby - Tournoi B - Ce Français parti en Allemagne pour jouer ... au rugby

L'Equipe.fr

Harris Aounallah est un joueur de rugby français, d'origine allemande. Le rugby tricolore ne lui faisait pas de place alors il est parti jouer en Allemagne. Il était à l'arrière de la Mannschaft pour le dernier match du Tournoi des VI Nations B face à la Russie ce dimanche.On joue au rugby en Allemagne depuis bien plus longtemps qu'en France. Certes. Pourtant sur le papier, quitter La Rochelle pour aller jouer là-bas, ça fait pas rêver. Ca ferait même presque peur. Pas à Harris Aounallah (23 ans).A la sortie du centre de formation du Stade Rochelais la saison dernière, aucune proposition vraiment probante ne s'offre à lui. Après onze années passées chez les jaune et noir et un passage au pôle espoir de Tours, le jeune arrière a le choix : « Soit je jouais en Fédérale 1, où il y a beaucoup de joueurs et donc un risque de se perdre dans la masse. Soit je partais en Allemagne », se souvient celui qui a joué le dernier match du Tournoi des VI Nations B face à la Russie ce dimanche. Rencontre perdue 52-25 qui classe l'Allemagne quatrième du Tournoi.L'opportunité de s'exiler pour jouer, il la tient des origines allemandes de sa grand-mère paternelle. Au courant des belles performances du rugby à 7 allemand, le jeune homme ne sait rien du rugby à XV qui s'y joue. Il prend alors contact avec Robert Mohr, croisé à La Rochelle. L'ancien joueur et capitaine des Maritimes (2005-2012), était en charge du recrutement du club jusqu'en 2015 avant de repartir en Allemagne pour devenir directeur de l'Académie de rugby du pays, située à Heidelberg. « J'ai passé quelques test et Robert m'a envoyé un contrat par mail avec un temps de réflexion pour me décider », raconte celui qui avait commencé le rugby à Meaux, en Seine-et-Marne, sur les conseils de ses copains d'école. A La Rochelle, c'est lui qui avait encouragé son cousin, Kylan Hamdaoui, à essayer. Aujourd'hui, son cousin est arrière au Biarritz Olympique.Le contrat envoyé par Mohr indique qu'il serait employé par l'Académie en tant que « coach » et qu'il jouerait pour l'équipe nationale à 15, entraînée par le Sud-Africain Kobus Potgieter, et à 7. « Le terme de coach c'est parce qu'en plus des entraînements et des matches, les joueurs sont chargés d'animer des ateliers dans les écoles, les collèges et les lycées allemands pour initier et faire découvrir le rugby. Je galère parce que je ne parle pas encore bien la langue, du coup je m'occupe plutôt de montrer les gestes et mes potes traduisent », s'amuse le joueur qui a également des origines algériennes.Le rugby allemand est donc en pleine campagne de séduction et de recrutement. Pour Robert Mohr, il est nécessaire que chaque joueur de l'équipe nationale transmette sa connaissance et son expérience. «Si on veut que l'équipe première soit visible il faut qu'elle soit performante. Alors en plus du travail actuel sur le terrain, les joueurs vont transmettre leur passion, leur expérience et leurs savoirs aux plus jeunes pour que ça suive derrière eux et que le vivier se densifie». Le projet n'étant qu'à ses débuts, les joueurs font preuve d'envie et de dévouement. « Ils sont à l'écoute, demandeurs, curieux d'apprendre et de comprendre toutes les techniques et les stratégies pour mieux se les approprier », constate chaque jour Florian Ninard, ancien joueur de La Rochelle et Grenoble et entraîneur à Bourgoin, passé consultant en défense pour l'équipe d'Allemagne.Avec son parcours rochelais, Harris Aounallah est un parfait ambassadeur de cette stratégie et savoure ce qui lui arrive en retour. « C'est incroyable de participer à l'émergence d'un sport dans un pays et de participer aux premiers exploits. Aider à l'écriture de quelques lignes de l'histoire de ce sport ici, c'est un honneur » confie celui dont le nom signifie «l'aide de Dieu» en arabe.Pour réussir en Allemagne, le jeune Français s'est adapté. «A mon arrivée, j'ai été frappé par la culture du travail, beaucoup plus intense qu'en France. Les deux premiers mois, j'ai cru que j'allais mourir mais je suis venu pour ça, dit-il dans un sourire. J'ai aussi appris en grandissant que l'on n'a rien sans rien et que si on veut réussir, il n'y a pas de secret, il faut travailler ». Une attitude confirmée par des témoins, Rémi Talès par exemple.Le demi d'ouverture international a connu Harris à La Rochelle, lors de son passage de 2006 à 2011. «Avec des coéquipiers on passaient les diplômes d'entraîneurs. Pour réviser, on avait dégagé un horaire d'entraînements pour les cadets avec une présence basée sur le volontariat. Je ne me souviens plus combien d'entraînements on a fait, mais Harris était le seul à venir à chaque fois. Il avait du potentiel mais il voulait toujours s'améliorer » se remémore l'actuel joueur du Racing92.En Allemagne, le Français a retrouvé une certaine confiance et un épanouissement qu'il semblait avoir perdu sur les derniers mois rochelais. «J'aime le jeu, j'aime relancer, j'aime aller frotter la ligne. Ici on me laisse carte blanche, on me fait confiance, c'est dans ces positions-là que je me sens le mieux», confie avec beaucoup de recul celui qui se considère pourtant comme un «bébé» dans la vie. «Je sais qu'il ne regrette pas son départ et cet épanouissement se sent quand il me donne des nouvelles. Il a bien fait de partir, ça fait grandir et surtout il joue», commente le fameux cousin biarrot.Cette liberté liée au travail collectif payent forcément. La preuve avec les deux victoires historiques de la sélection allemande contre des nations mieux classées qu'elle au rang mondial, une première depuis soixante dix ans. Le 12 novembre dernier les Allemands s'offraient d'abord l'Uruguay (24-21) avant de battre les Roumains en ouverture du Tournoi des VI Nations B (41-38).A l'issue de la compétition, il s'agira de compter les points pour voir où en est l'Allemagne dans la course à la qualification pour la Coupe du monde 2019. Actuellement 24e au rand mondial, la 20e place qualificative paraît trop loin. Il faut essayer de finir à la deuxième place sur les deux dernières saisons de six nations pour se qualifier, la première place étant déjà occupée par la Géorgie.Si l'Allemagne terminait troisième, elle serait bonne pour les barrages. Ce sprint final devrait se jouer avec l'Espagne qui a déjà facilement battu la Belgique (30-0) samedi.En le racontant, Harris Aounallah se rend compte de la chance qu'il a su saisir de venir jouer en Allemagne. Une fois le VI Nations terminé, il prendra l'avion direction le Portugal pour une semaine de stage avec le 7. Au retour, il reprendra les entraînements avec le 15. Sur le papier ça ferait sûrement rêver nombre de jeunes joueurs français... Si Harris reviendra en France ? Il ne sait pas, Inch'Allah.

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