Running - Le plogging ne fait pas courir les Suédois

L'Equipe.fr
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Populaire un peu partout dans le monde, l'alliance du jogging et du ramassage de déchets fait un bide dans son pays d'origine.

« Plogging » : nom d'origine suédoise né de la combinaison du verbe « plocka upp » (ramasser) et « jogging » (course à pied). Pour ceux qui l'ignoraient encore, le plogging est une activité sportive et écolo qui a vu le jour en Suède donc, combinant le running et le ramassage de déchets. En décembre 2017, l'Institut des langues et de la mémoire folklorique à Stockholm avait d'ailleurs inscrit ce substantif sur la liste des « nouveaux mots » de l'année. On lui promettait alors un avenir radieux.

La plupart des Suédois n'en ont jamais entendu parler

Quatre ans plus tard, le plogging est pratiqué dans le monde entier. Ironie du sort : dans son pays d'origine, il peine à décoller. La plupart des Suédois n'en ont jamais entendu parler et rares sont ceux qui pratiquent cette activité, au grand dam de son inventeur, Erik Ahlström.

Tout a commencé quand ce représentant de la marque Salomon a quitté la station de ski d'Äre, dans les montagnes suédoises, pour venir s'installer à Stockholm : « Il y avait des déchets partout dans les rues, personne ne faisait rien, je déprimais. » Ahlström court beaucoup, dans différents groupes. Un jour, il commence à ramasser mégots et bouts de papier. D'autres l'imitent. Ils se mettent à courir ensemble.

Au début de l'année 2018, une équipe de télévision allemande cherche à réaliser un reportage sur un phénomène « typiquement suédois ». Sans que personne ne soit aujourd'hui vraiment en mesure de l'expliquer, le choix tombe sur le « plogging ». Et c'est parti : Erik Ahlström joue le jeu. La vidéo est postée sur les réseaux sociaux. Triomphe. Depuis son lancement, elle a été vue plus de 22 millions de fois. « Pendant les trois semaines qui ont suivi ce reportage télévisé, j'ai passé mon temps au téléphone, à donner des interviews à des médias étrangers », se souvient le Suédois.

L'association ne compte qu'une soixantaine de membres

Une nouvelle tendance naît, dont Erik Ahlström devient l'ambassadeur. Il monte une association, propose des formations, organise des événements. Il est invité à l'étranger, rêve d'associer le plogging aux grandes compétitions sportives internationales et d'en faire une activité hebdomadaire, le mardi, comme il y a les vendredis pour le climat, inspirés par sa concitoyenne Greta Thunberg.

Mais en Suède, rien à faire : trois ans après sa création, l'association ne compte qu'une soixantaine de membres. Elle n'a pour le moment pas réussi à décrocher de subventions publiques. Impossible dans ces conditions d'embaucher du personnel. Son fondateur est amer. « Les Suédois vivent trop bien. Ils s'attendent à ce que quelqu'un d'autre s'occupe de leurs déchets. » Lui est reparti vivre à Äre. Stockholm le stresse : « Je vois des ordures partout. »