Sébastien Bouin confirme son 9c historique : « Essayer quelque chose d'encore plus dur »

À 29 ans, le Français Sébastien Bouin assure avoir réussi fin avril un 9c, soit le plus haut niveau jamais réalisé en escalade, avec la voie appelée « DNA », dans le Verdon. Il revient sur cette ascension historique et se projette sur le niveau supérieur, inédit dans le milieu de l'escalade.

« Vous avez mis quelques jours avant d'annoncer publiquement ce 9c (le plus haut niveau au monde en escalade), pourquoi ?
J'ai pris le temps pour réfléchir sur la cotation que j'allais proposer (en escalade, les grimpeurs indiquent eux-mêmes le niveau de difficulté d'une voie). C'était vraiment une grosse décision, un grand débat. 9c, c'est la voie la plus dure du monde avec Silence (réalisée en 2017 par Adam Ondra, en Norvège), c'est un risque que j'ai pris, il m'a fallu du temps pour peser le pour et le contre.

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Donc vous avez bien décidé de proposer un 9c ?
Oui, c'est une proposition. C'est ce que je pense. Maintenant, il faut que d'autres grimpeurs viennent essayer cette voie pour confirmer ou réajuster.

À quel point ça a été dur de trancher ?
Extrêmement dur ! Il y a qu'un autre 9c dans le monde, c'est dur de comparer. J'ai comparé par rapport à ce que j'ai déjà fait, mais c'est quasi impossible d'être certain de sa cotation. Cependant, comme c'est plus dur que tout ce que j'avais fait, que l'investissement est plus grand, que c'est une falaise que je connais par coeur depuis 10/15 ans... Il y avait plein d'arguments qui vont dans ce sens. Mais ce n'est pas facile, car après tu fais la une des journaux... J'espère que je ne me suis pas planté (sourire).

Avez-vous hâte que d'autres grimpeurs viennent essayer ?
Je suis hyper impatient ! Savoir ce qu'ils en pensent... En fait, ça fait 10 ans environ que je fais des premières ascensions à La Ramirole et aucune n'a été répétée. Ça aussi, c'est un argument. Je propose des cotations serrées et personne ne les refait. Je me suis dit : il faut proposer quelque chose à sa juste valeur. J'aimerais que cette voie soit essayée et que les autres aussi à côté le soient.

Vous avez débuté sur cette voie en 2019 (250 essais et 150 jours de travail dans la voie au total). À quel point une voie peut devenir une obsession ?
C'est ça la clé : il ne faut pas que ça devienne une obsession. Sinon, la frustration va s'en mêler. Moi, c'était vraiment limite, j'ai peut-être mis trop d'investissement. À un moment donné, ça a vraiment mangé mon moral. Penser qu'à ça, être frustré, s'entraîner que pour ça... À Noël, j'étais vraiment pas loin d'y arriver, il faisait -11 le matin, c'était vraiment extrême. Je m'impliquais trop, je voulais trop la faire. Sauf qu'il faut se détacher un peu d'une voie pour y arriver, sinon, on ne pense qu'à ça. Ça ne m'a pas dégoûté, mais j'en avais un peu marre à un moment donné. Il faut vivre et laisser le temps aux choses. J'ai pris trois mois et je suis revenu, et ça a très bien marché.

Qu'est-ce que ça fait de rentrer dans l'histoire de l'escalade comme le deuxième seulement à réussir un 9c (après le Tchèque Adam Ondra) ?
Je ne sais pas... (Il fait une pause). Je fais ça par passion. Oui, je trouve ça cool, au niveau de l'égo, c'est bien. Ça fait mousser et puis, ça donne de la confiance en soi. Mais au final, ça aurait été 9b +, j'aurais été aussi content du parcours. Et même si quelqu'un vient et dit ''non, c'est un 9b + ''. Je serai content, pas déçu ! Bien sûr qu'il y a la dimension performance et réussite. C'est la deuxième voie de ce niveau, c'est super.

Mais j'ai toujours pratiqué l'escalade de manière passionnée. Et je crois que je ferais la même chose si je n'étais pas dans le haut niveau. Ça me permet de garder les pieds sur terre je crois, réfléchir et grimper pas que pour la performance. Et ça me permet de rempiler pour essayer quelque chose d'encore plus dur. Ce n'était pas une fin en soi d'être dans l'histoire de l'escalade ou de proposer 9c. La fin, c'est de réussir cette voie, quel que soit le niveau.

Vous avez envie d'aller au-delà du 9c (qui n'a jamais été fait), quelque chose d'encore plus dur ?
Oui, j'ai déjà des voies en tête, sur lesquelles j'aimerais m'investir. Il y a notamment une voie très dure que j'ai envie d'essayer vers Russan, au-dessus de Nîmes, dans le Gard, plus dur que ''DNA''.

Et essayer Silence, en Norvège (l'autre voie cotée 9c, réussie par Adam Ondra en 2017) ?
Pourquoi pas. Déjà, dans un premier temps, j'aimerais bien faire « Bibliographie » à Céüse (cotée 9b +). En 2021, j'essayais les deux en même temps, et je suis tombé à la fin plusieurs fois. Je me suis dit qu'il fallait que je choisisse l'une des deux pour la finir et faire l'autre après. Mais c'est aussi ce qui m'a permis de donner cette cotation, car ''DNA '' est bien plus dure que ''Bibliographie''. Et je vais en profiter pour faire d'autres voies. Faire toujours la même, ne penser qu'à ça, pendant six mois, tu n'as pas forcément envie de te remettre tout de suite dans ce même genre de processus. Tu ne le fais pas à la légère. C'est pas une compétition sur deux jours et tu rentres à la maison. C'est un investissement mental bien plus grand. »

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