Saïd Ennjimi, ancien arbitre : « On avait moins de pression »

Pour Saïd Ennjimi, François Letexier et ses confrères sont davantage dans le flou qu'à l'époque où lui-même officiait. (A. Mounic/L'Équipe)

Saïd Ennjimi, ex-arbitre international et consultant pour la chaîne L'Équipe, estime qu'une fin de saison est plus difficile à gérer actuellement.

« Comment viviez-vous le parfum particulier des fins de saison quand vous arbitriez (2003-2017) ?
La tension était double, d'une part par rapport à l'enjeu des matches, car on savait qu'on avait entre nos sifflets l'avenir de la compétition et des clubs, et d'autre part parce qu'on s'interrogeait tous sur notre classement de fin de saison. Vais-je perdre mon badge d'international ? Resterai-je toujours Fédéral 1 (Ligue 1) ou redeviendrai-je Fédéral 2 (L2) ? Mais je pense qu'on avait quand même assez nettement moins de pression qu'actuellement.

Pourquoi ?
D'abord parce qu'on était préparés et formés pour ça, comme les arbitres d'aujourd'hui, mais surtout parce qu'on avait déjà une vision claire de notre saison. Il y avait systématiquement un observateur, chargé de nous mettre une note après chaque match. Il venait nous voir pour donner son appréciation, puis nous envoyait un rapport ensuite. Donc sur l'ensemble de la saison, un peu à l'image des équipes, on savait où on se situait. Cela me semble moins le cas aujourd'hui, où le système de notation apparaît moins lisible.

« Sur le plan humain, je pense plutôt que le VAR rajoute de la pression ! »

La pression financière s'est-elle aussi accrue ?
Bien sûr ! C'est pour cela que la SAFE (Syndicat des arbitres du football d'élite) demande régulièrement l'extension jusqu'à trois ans des contrats existants, qui sont d'un ou deux ans, afin de limiter les risques financiers, justement. Car certains (Nicolas Rainville et Frank Schneider, voir ci-contre) ont été rétrogradés directement d'arbitre international à Fédéral 2, passant de 12 000 € mensuels à moins de 5 000 €.

Pensez-vous, a contrario, que le VAR diminue la pression sportive sur les arbitres, notamment en fin de saison ?
Non. Sur le plan humain, je pense plutôt qu'il en ajoute ! Car quand une erreur manifeste a été corrigée par le VAR, l'arbitre central sait immédiatement qu'il s'est trompé, que son erreur est mise en lumière et surtout que sa note personnelle en sera affectée. À l'image d'un gardien qui a commis une boulette, cela peut le perturber psychologiquement pour le reste de son match.

Que préconisez-vous pour diminuer à nouveau ces différentes pressions, en hausse selon vous ?
Il faut d'abord rassurer les arbitres en reprécisant leur notation et en la confiant à un corps d'observateurs professionnalisé et indépendant, composé d'ex-arbitres, mais aussi d'anciens joueurs et entraîneurs formés à l'arbitrage. Ensuite, on doit faciliter leur après-carrière, comme le fait l'UNFP pour les anciens joueurs, en leur permettant de suivre des formations spécifiques leur offrant des débouchés concrets. »

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