Sakai, un Hiro très discret

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Arrivé sans faire de bruit sur la Canebière en juillet 2016, le latéral japonais est depuis parvenu à se faire une place dans le onze de Rudi Garcia et dans le cœur des Marseillais. Le fruit d’un travail irréprochable, fourni en silence mais avec le sourire. Focus sur un joueur habitué à laisser ses tripes sur le rectangle vert. Sans faire seppuku.

Voilà plus d’une heure et demi que cela dure. Une heure et demi que onze hommes en maillot blanc se dépouillent sur le terrain, portés par les cris de 62 000 bouches incandescentes. Le genre de fournaise pour tympans qui vous met une équipe en transe – et l’autre au supplice -, et dont l’écho s’invite encore, bien des années plus tard, dans la mémoire de ceux qui ont la chance de pouvoir dire : “J’y étais.”

Encore une poignée de secondes, et les arrêts de jeu seront consumés. L’OM semble enfin tenir sa qualification pour les demi-finales de la Ligue Europa, au terme d’un match fou qui aura vu passer plusieurs fois les Olympiens tout près du précipice. Dans un geste désespéré, Péter Gulàcsi, le gardien du RB Leipzig, est monté sur l’ultime corner de la rencontre. Un dernier courant d’air froid, enseveli sous des sifflets qui se transforment en rugissements lorsque sur le contre marseillais, Maxime Lopez hérite du cuir. Sakai, lancé comme un taureau dans son couloir droit, s’empresse de lui offrir une solution. La 94ème minute de jeu est à l’agonie, et le latéral japonais court encore comme si sa vie en dépendait. Récompensé de son effort par une passe du minot, il s’en va marquer son premier but sous le maillot du club phocéen dans la cage vide. Le Vélodrome chavire. Hiroki, lui, croule sous le poids de ses coéquipiers.

Une ivresse collective qui contraste avec l’anonymat dans lequel le joueur a débarqué à la Commanderie, à l’été 2016. Arrivé libre après quatre saisons passées à Hanovre, l’international japonais (18 sélections) suscitait même un certain scepticisme au sein du club. A commencer par le responsable du recrutement phocéen, Jean-Philippe Durand, qui avait alors prudemment fait valoir auprès de Vincent Labrune qu’il n’avait “aucune certitude sur son intégration.”

Moine bouddhiste et coureur kényan

Un peu moins de deux années se sont écoulées depuis, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Sakai a su dissiper les doutes qui l’escortaient à ses débuts. Ses arguments ? Une discipline quotidienne à faire passer un moine bouddhiste pour un dangereux dépravé, une endurance de coureur kényan, d’indéniables qualités offensives – illustrées cette saison par sa complicité avec Thauvin et ses quatre passes décisives -, et une réelle progression dans ses matières faibles (comme les duels). Ajoutez à cela un comportement irréprochable, mâtiné de gentillesse et de discrétion, et vous comprendrez aisément comment le Japonais est devenu un des hommes de confiance de Rudi Garcia. “Un guerrier qui fait honneur au maillot”, dixit le boss.

Résultat : cette année, le n°2 de l’OM facture 45 apparitions en dépit des blessures, dont 36 dans la peau d’un titulaire. Et s’il arrive à l’entraîneur olympien de fustiger son défenseur pour son manque d’application en cours de langue – ses lacunes en français contraignent le staff phocéen à de pesantes contorsions linguistiques -, on l’imagine mal se passer des inlassables courses du lapin Duracell maison. A fortiori lorsqu’un autre de ses hommes en forme risque de manquer à l’appel.

Blessé à l’épaule vendredi dernier à Guingamp, Bouna Sarr, jusqu’ici étincelant dans son nouveau rôle de latéral droit, est en effet incertain pour la finale de mercredi soir au Groupama Stadium face à l’Atlético. Le genre de tuile de dernière minute qui plonge d’ordinaire les coaches dans un abîme de doute. Bonne nouvelle pour Rudi Garcia : Sakai sait les balayer mieux que personne.

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