Samisoni Langi, le bon coup de poker des Bleus avant leur rencontre face aux Samoa en Coupe du monde

Samisoni Langi, lors de la victoire des Bleus face à la Grèce (34-12, le 17 octobre), pour leur premier match de la Coupe du monde. (M. Steele/Getty Images/AFP)

L'ex-international tonguien Samisoni Langi a réussi son intégration express avec l'équipe de France. Ce dimanche, lors du « huitième de finale » face aux Samoans, il aura la lourde tâche de guider les jeunes Bleus (en direct à 18 h sur le site L'Equipe Live).

En grand amateur de poker, Samisoni Langi aime surprendre ses adversaires. Fouad Yaha, qui connaît par coeur son « frère tonguien » après cinq saisons à ses côtés à gauche de l'attaque des Dragons Catalans, avoue être parfois décontenancé lorsqu'une partie se lance avec lui. « Il est très bon, varie tout le temps son jeu, il est trop difficile à lire », plaisante l'ailier, forfait la semaine dernière (ischio-jambier) et qui fait son retour ce dimanche pour le match décisif face aux Samoa (18 heures).

Lorsqu'il y a un peu plus d'un an, Mathias Pala, préparateur physique de l'équipe de France, a lancé à Langi une boutade au sujet des Bleus, il a vite compris que, cette fois, le centre (29 ans) ne bluffait pas : « Je savais qu'il allait être éligible (au bout de cinq années sur le territoire français), alors je lui ai dit sur le ton de la blague : "Ça y est, t'es français, tu peux jouer avec nous !" Et il m'a pris au sérieux ! » Le visage du natif d'Auburn, à une quinzaine de kilomètres de Sydney, s'est illuminé. Et l'envie de rejoindre les Bleus ne l'a plus quitté. « J'étais sur un nuage ! Je ne connaissais pas bien les règles d'éligibilité, donc je n'y avais pas trop pensé, mais c'était un immense honneur pour moi. »

L'information arrive aux oreilles du sélectionneur, Laurent Frayssinous, qui ne bénéficie pas d'un réservoir très large à son poste et contacte immédiatement le joueur : « On a bu un café, je suis allé voir également sa femme pour creuser un peu plus et connaître sa réelle motivation. Et je me suis rendu compte que ses cinq dernières années en France ont changé sa vie. Il voulait redonner à la France ce qu'elle a pu lui apporter. Je lui ai demandé : "Et si on t'appelle avec les Tonga ?" Il m'a dit : "Non, non, si tu me veux, l'équipe de France sera ma priorité". »

Plus sélectionné depuis 2016, l'international aux sept sélections et deux Coupes du monde avec les Tonga (2013 et 2017), le pays de ses parents, n'a pas eu de mal à tourner la page : « Ma mère m'a encouragé, le plus grand de mes frères aussi, c'était important pour moi. La France, c'est ma deuxième maison. »


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Même si le contrat de son mari aux Dragons Catalans n'a pas été renouvelé, Azai, sa femme néo-zélandaise, confirme : « Quand il a décidé de représenter la France, on était derrière lui à 100 %. Nos enfants sont nés à Perpignan. La plus grande va à l'école ici, on adore la culture. On est amis avec les joueurs. Pour nous, c'était logique. »

Les longues démarches administratives sont alors lancées par la Fédération. Et « Francis », ou « The French Man » comme l'ont surnommé ses partenaires, est officiellement devenu sélectionnable à quelques semaines de la Coupe du monde.


Son sens du combat sera essentiel face aux Samoans

Malgré son expérience, notamment aux Sydney Roosters (2013-2015), l'un des clubs les plus prestigieux au monde, et ses 107 matches de Super League sous les couleurs catalanes, le centre, qui a révisé la Marseillaise sur YouTube, admet avoir été « stressé » lors de sa première sélection sous le maillot bleu face... aux îles Tonga en match de préparation (défaite 48-12, le 8 octobre).

Mais très vite, il a pris ses repères pour s'imposer comme le papa des lignes arrière. « Dans la vie, c'est quelqu'un de simple, discret, confie Thomas Bosc, entraîneur adjoint de Perpignan. Mais sur un terrain, c'est un guerrier. Il va passer devant et prendre les sales ballons. » Contre l'Angleterre la semaine dernière, malgré le score lourd (42-18), Langi a ainsi fait partie des joueurs les plus actifs (20 ballons, 150 mètres gagnés). « Il a été très précieux, quand on était sous pression avec ses remontées de balle, il a fait un très gros travail », reprend Frayssinous. « Tout ce qu'il fait, c'est propre, renchérit Mathias Pala. Au niveau des choix défensifs, il ne va jamais s'exciter, toujours être au bon endroit, au bon moment. »

Ce dimanche après-midi, au sein d'une ligne de trois-quarts encore plus jeune que d'habitude, puisque l'expérimenté Morgan Escaré, touché aux ischio-jambiers face à l'Angleterre, n'a pas été retenu - ce qui devrait entraîner le replacement d'Arthur Mourgue à l'arrière et du jeune César Rougé, 20 ans, au poste de demi -, l'expérience et le sens du combat de Langi (1,85 m ; 106 kg) seront une nouvelle fois essentiels face à l'explosivité des Samoans. Lesquels ont étrillé les Grecs (72-4), la semaine dernière. « Je connais très bien ces mecs-là. J'ai joué avec eux en NRL, comme Joseph Paulo ou Jarome Luai qui a chanté à mon mariage, se marre Langi. Ils ont une équipe physique, il faudra répondre. Nous, on prépare l'avenir. Mais si on respecte les plans de jeu, on va s'imposer. »

En cas de victoire, les Bleus rejoindraient les quarts de finale, leur objectif initial, comme en 2013. Une année qui rappelle un précieux souvenir au nouveau venu : « Je n'oublierai jamais ma première sélection avec les Tonga, c'était justement face aux Samoa en Australie (36-14) et j'avais marqué deux essais. J'espère faire la même chose avec les Bleus. » Lorsqu'il s'agit de l'équipe de France, Samisoni Langi ne bluffe jamais.


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