La sanction de Yamaha, un "précédent dangereux" selon Ducati

Léna Buffa
·6 min de lecture

Jeudi, à la veille du 12e Grand Prix de cette saison, les commissaires de la FIM ont sanctionné Yamaha pour avoir enfreint le protocole selon lequel toute modification apportée aux moteurs homologués pour la saison aurait dû se faire avec l'approbation unanime de la MSMA (l'association des constructeurs MotoGP), et ce alors que des soupapes différentes de celle présentées lors de l'homologation ont été utilisées sur les moteurs des M1 au premier Grand Prix, celui d'Espagne.

Cette sanction prive le constructeur et ses deux équipes de gros points au championnat, mais sans impacter le classement de ses pilotes. Et dès l'annonce de cette décision, la controverse s'est ouverte, notamment alimentée par la réaction ironique et lourde de sous-entendus de Marc Márquez, qui s'étonnait que les pilotes ne soient pas sanctionnés pour une irrégularité technique portant sur des motos avec lesquelles ils ont couru.

Les constructeurs concurrents de Yamaha dans le championnat MotoGP étaient semble-t-il parvenus jeudi, lors d'une réunion de la MSMA, à la conclusion qu'ils accepteraient une sanction à l'encontre de la marque d'Iwata même si celle-ci ne s'appliquait qu'aux classements constructeurs et équipes du championnat. C'est ce qu'a révélé Paolo Ciabatti, directeur sportif de Ducati Corse, tout en estimant qu'une telle pénalité, n'impactant pas le championnat pilotes, pouvait créer un "précédent dangereux" pour l'avenir.

Lire aussi :

La sanction de Yamaha, néfaste pour la marque comme pour le MotoGP

Le responsable du constructeur italien ainsi que celui de Suzuki ont réagi vendredi matin, et fait savoir qu'ils s'attendaient à cette sanction, jugée par Ciabatti comme étant le "minimum" dont pouvait écoper Yamaha. "Une réunion de la MSMA s'est tenue hier et les constructeurs l'ont conclue en s'accordant sur le fait que le minimum serait d'infliger une pénalité pour les points obtenus par l'équipe [les deux équipes, ndlr] et le constructeur. Le panel de commissaires a finalement pris la décision d'aller dans ce sens", a expliqué le directeur sportif de Ducati Corse à Sky Italia.

"Nous l'acceptons", a-t-il poursuivi, "mais il est clair que c'est un peu étrange, car de notre point de vue le pilote, le team et le constructeur sont généralement tous sujets à une pénalité en cas d'irrégularité. Ici il a été décidé de ne pas pénaliser les pilotes, et nous pouvons en comprendre la raison."

"Je crois que les commissaires de la FIM ont estimé qu'il s'agissait d'une erreur de Yamaha et qu'ils ont pris cette décision, que nous acceptons car personne ne déposera de réclamation", a précisé Paolo Ciabatti, tout en craignant les conséquences d'un tel jugement pour l'avenir.

C'est un précédent un peu dangereux, car les pilotes, sans que ce soit de leur faute, ont couru avec des motos qui n'étaient pas conformes.

Paolo Ciabatti

"C'est un précédent un peu dangereux, car les pilotes, sans que ce soit de leur faute, ont couru avec des motos qui n'étaient pas conformes", affirme le responsable Ducati. "C'est un précédent qui pourrait être risqué pour l'avenir, car on entre ensuite dans le domaine de l'erreur commise en toute bonne foi, de manière involontaire, et dans d'autres types d'évaluations pouvant créer des problèmes à l'avenir du point de vue du règlement. Mais nous avons dit que nous aurions accepté cette décision et nous ne ferons donc pas appel."

"Nous respectons la situation", a confirmé Davide Brivio, team manager Suzuki, auprès du site officiel du MotoGP. Mais lui aussi a pointé les risques d'une décision trop floue : "C'est une situation difficile, car quoi que vous fassiez dans ces circonstances, avec ce qui s'est passé, vous mettez une sorte d'ombre sur le championnat. Si l'on pénalise les pilotes, on pourrait alors dire au sujet de celui qui va gagner, si ce n'est pas eux : 'Ah, c'est grâce à la disqualification [des pilotes Yamaha]'. Mais, malheureusement pour eux, cette sentence pourrait jeter une ombre sur leur propre championnat, parce qu'ils ont marqué beaucoup de points à la première course, alors que le moteur semble ne pas avoir été conforme. C'est donc une décision difficile."

"De notre côté, nous respectons cette décision", a ajouté le patron du pilote leader du championnat. "Nous sommes heureux de continuer à nous battre en piste, et j'aime la situation qui veut que les points des pilotes restent inchangés et que nous continuions à nous battre, parce que nous ne voulons pas qu'il y ait de zone d'ombre. Que nous gagnions ou perdions, cela se fera en piste et c'est ce que nous aimons."

Yamaha accepte la sanction et fait valoir une erreur par omission

Yamaha a pour sa part fait savoir qu'il "reconnaît, respecte et accepte la décision de la FIM" et qu'aucun appel ne serait déposé pour tenter d'alléger la sanction infligée. Faisant écho à la bonne foi qu'a soulignée Paolo Ciabatti avec inquiétude, le constructeur d'Iwata explique sa faute par "un oubli interne et une mauvaise compréhension de la réglementation actuelle" ayant conduit à "l'omission de préalablement notifier la MSMA et d'obtenir son approbation pour l'utilisation de soupapes par deux fabricants [différents]".

"Yamaha tient à préciser qu'il n'y avait aucune malveillance dans l'utilisation de soupapes en provenance de deux fournisseurs différents, ayant été fabriquées selon une spécification de conception commune", est-il ajouté dans un communiqué officiel de la marque.

Rappelons qu'après les alertes moteur connues à Jerez sur plusieurs de ses machines, Yamaha avait initialement requis auprès de la MSMA le droit d'ouvrir ses unités pour y apporter une modification, mettant alors en avant une question de sécurité comme l'y autorise le règlement. Yamaha avait ensuite retiré cette requête, sans avoir pu fournir les documents requis pour aller au bout de sa démarche, et avait fait savoir que les moteurs utilisant les soupapes posant problème ne seraient plus utilisés en course.

Le détail de l'utilisation des moteurs par chaque pilote, fourni par le championnat chaque week-end, montre que le premier moteur de l'allocation n'a plus été utilisé par Quartararo et Rossi après le GP d'Espagne. Il l'a en revanché été par Morbidelli et Viñales aux essais du GP de Styrie, ce qui de toute évidence correspond à l'un des points enlevés à Petronas au championnat par équipes, puisque l'Italien s'était classé 15e (Viñales avait, lui, abandonné).